Comment se libérer d’une pensée qui fait souffrir ?

Les pensées provoquent des réactions corporelles, qu’on appelle des émotions (voir nos articles : “ressentir les émotions” et “alignement personnel” :

  • La joie , la joie d’être (la joie de travailler), est une émotion positive, qui fait du bien au corps.
  • La peur, la colère, la tristesse (et toutes les émotions dérivées de ces trois fondamentales) sont aussi des réactions naturelles et saines. Mais à la longue, elles finissent par fatiguer le corps et le rendre malade, surtout quand elles deviennent chroniques et décorellées de la situation présente.

Nous verrons dans cet article comment aider un client à s’émanciper de pensées toxiques, identifiées comme causes de souffrances, psychologiques d’abord, physiologiques ensuite (voir : “les deux sortes de souffrance“).

technique de coaching pour éviter l'évitement
A quoi bon fuir en avant ? Pour aller où ?

Voir le mécanisme de fuite en avant

Prenons le cas d’une personne qui compense une souffrance psychologique par une addiction quelconque.

Au premier niveau, voici le mécanisme :

  • Il y a une situation extérieure et objective, qui fait résonner un refus intérieur, lequel provoque des émotions et sensations associées désagréables (sentiment d’être injustement traité, méfiance, peur, colère, etc…).
  • A ce stade, il « suffirait » de rester dans le corps et de donner son attention à ce qui s’y passe, pour que l’émotion se diffuse et soit “digérée” par le corps. (voir : “retrouver la santé“)
  • Mais comme la sensation est désagréable, on quitte la sensation du corps pour se réfugier dans les pensées et la tête, en superposant à la réalité une histoire psychologique à propos de la situation (par exemple : « ce n’est pas juste que cela m’arrive à MOI… »)
  • Du coup, on souffre non seulement de la situation objective (puisque la douleur ne peut pas être naturellement digérée par le corps), mais aussi des émotions psychologiques qui se rajoutent à l’affaire (mécanisme de la « souffrance qui se superpose à la douleur », voir à ce sujet : “les deux sortes de souffrance“)

Ainsi, comme nous venons de le voir, au deuxième niveau, un autre mécanisme se met donc en place :

  • Une voix intérieure, rajoute une couche de pensée supplémentaire à la première. Au 1er niveau de pensée évoqué plus haut (“je souffre d’une injustice et je réagis” – colère, dépît, dépression, jalousie, rancune, peu importe) s’ajoute un second niveau de pensées (« ce n’est pas bien de se mettre en colère, je devrais savoir me contrôler, cela ne sert à rien de manger du chocolat pour compenser, je suis vraiment un pauvre type, etc…), qui vient empêcher l’expression du premier niveau d’émotions.
  • Mais ces nouvelles pensées provoquent à leur tour des émotions associées, qui sont elles-mêmes désagréables à ressentir dans le corps, et on s’en coupe à nouveau pour penser encore (« De toutes façons, je me vengerai », ou bien  « la prochaine fois je me méfierai » ou encore « la vie est dure », etc…) et le processus de fuite en avant et d’escalade de la pensée se poursuit pour fuir la sensation liée aux émotions déclenchées par les pensées !

On le voit bien, la première douleur, objective, liée à une perte quelconque est rapidement reléguée en arrière plan derrière des souffrances bien plus grandes, issues de pensées, auxquelles on pourrait très bien ne pas croire… mais cela demande du travail sur soi-même pour se libérer du mécanisme ci-dessus. Comment en sortir ?

Sortir de la spirale négative

Pour sortir de cette spirale, largement inconsciente et gravement toxique, une technique de coaching peut consister à :

  • Aider le client à voir en lui ce mécanisme
  • L’aider à repérer ses pensées, en apprenant à ne pas partir avec (ne pas “croire” au contenu des pensées).

Pour cela, il faut apprendre à voir les pensées comme des processus, au lieu de suivre leur contenu :

  • Reconnaître que des pensées émergent, toutes seules, et non pas « voici ce que je pense ». Autrement dit ne pas s’identifier au contenu du mental.
  • Rester avec le corps et oser absorber (par exemple) l’amertume d’une frustration, en la vivant complètement au niveau des sensations corporelles. Cela est assez difficile à faire quand on est seul face soi-même, parce que les mécanismes psychologiques de résistance sont profondément enracinés dans l’inconscient. En revanche, avec l’aide d’un tiers, cela se fait beaucoup plus sûrement et facilement.

Voilà ce qui est doublement difficile, même si c’est “naturel”, on a appris de façon artificielle à se couper de notre nature, par tout le jeu de compensations psychologiques décrit plus haut.

 

Ouvrir une brèche

technique de coaching : ouvrir une brèche
Ouvrir ensemble une brèche dans le système de résistance inconsciente…

… Et pour permettre cela, une question impertinente de coach peut aider :

  • Coach : « Si vous n’aviez pas ce problème, là maintenant, comment vous sentiriez-vous ? »
  • Client : « Bien évidemment, normal, mais justement j’ai ce problème qui m’empêche de me sentir bien »
  • Coach :  « Mais là, tout de suite, avec moi, vous n’êtes pas si mal… Je veux dire, le problème n’est activé que si vous y pensez ! Et que si vous croyez à cette pensée… Mais si vous n’aviez pas cette pensée ? Autrement dit, si vous n’aviez pas ce « problème » que feriez vous de gratifiant en ce moment, au lieu de souffrir ? »
  • Client : « … (peu importe la réponse)…»
  • Coach : « Comment pourriez-vous donc décider maintenant de ne plus investir cette pensée, qui vous empêche de faire tout ce que vous venez de décrire, encore plus que le « problème » lui-même ? (et montrer au client que être tombé de cheval n’empêche pas d’y remonter . Seule la pensée, « je n’en suis pas capable » empêche de revivre l’expérience de monter sen selle, au profit d’une croyance d’impuissance et d’échec)

Cette prise de conscience, si le client est prêt à la vivre, ne suffit pas en soi, à guérir de l’addiction. Mais elle peut enclencher un processus “vertueux”, créer le début d’un écart que le coaching contribuera à accompagner dans la durée, à travers les séances suivantes.

 

Technique de coaching

Donc voici la technique de coaching, qui permet au client de sortir de cette fuite en avant des pensées en ricochets, pour revenir à l’instant présent, dans son corps, naturellement :

technique de coaching
Sortir du jeu de ricochets
  1. écouter les faits objectifs et les consigner par écrit avec le client
  2. noter aussi les ressentis physiques associés
  3. noter les pensées qui provoquent ces ressentis (et tout le petit circuit d’escalade émotionnelle)
  4. regarder ce qui serait vécu et possible sans cette pensée (le visualiser aussi par écrit, si possible au paper board)
  5. envisager ensemble comment débrancher cette pensée, véritable cause de la souffrance, tout en acceptant de vivre pleinement la douleur liée à la situation objective…
  6. s’exercer dans les séances suivantes à détecter et démasquer ce mécanisme de résistance à l’instant présent, que représentent les pensées. Travailler à chaque fois sur plusieurs exemples, et apprécier les premières victoires pour ancrer des boucles de réussite

 

Conditions de réussite

Pour oser accompagner une telle démarche, le coach doit savoir pratiquer cela lui-même, afin d’offrir un miroir modélisant au client (voir à ce sujet : “Technique de coaching : incarner le comportement cible“, et “le secret du coaching“)

Le coach doit lui-même être là, lui-même, dans l’instant avec le client, depuis son propre corps (sans s’agiter à chercher la prochaine question…)

Apprendre à « faire » cela suppose :

  • d’avoir vu le mécanisme pour soi-même,
  • et de vivre au moins de temps en temps l’expérience d’ « être » tranquille, émancipé de son emprise.

Du coup, il faut s’entraîner à pratiquer cela en séance, pendant que le client galère avec sa douleur (et que par empathie, vous êtes vous aussi en contact avec cette douleur en vous-même), apprendre à rester enraciné dans le corps tout en menant la conversation de coaching.

Ce n’est évidemment pas facile, c’est pour cela que le coaching est un métier, et que non seulement cela s’apprend, mais qu’il faut beaucoup s’entraîner en séance ET pratiquer pour soi-même ! La supervision individuelle est là pour cela, pour vous aider à progresser, en continu.

Dans nos formations au coaching, nous invitons les coachs à se perfectionner à cette manière d’être coach et de pratiquer cette technique de coaching, parmi de nombreuses autres méthodes… En voici une autre, très simple et très efficace, quoi que plus superficielle

 

Une autre technique de coaching

Voici une autre technique de coaching qui sert à recadrer une croyance limitante. Une croyance limitante, c’est une pensée que l’on croit vraie et qui limite le champ de vos possibilités. Prenons un exemple :

Supposons que vous pensiez être incapable de quitter votre partenaire de vie actuel qui ne vous plaît pas, parce que vous avez peur de la solitude et peur de ne pas retrouver quelqu’un de mieux après avoir quitté celui ou celle-là.

En coaching, vous pourriez identifier que cette croyance “j’ai peur de la solitude” est une cause de compromission et de renoncement à une expérience meilleure, une vie qui correspondrait mieux à nos aspirations profondes. Cette croyance est donc lourde de conséquences, et il y aurait grand bénéfice à s’en émanciper. Des fois, quand on laisse se faire les choses, cela prend plusieurs années ! En coaching, nous envisageons d’aller un peu plus vite, si c’est le bon moment pour vous d’accélérer un peu le processus de vie.

Notez de 1 à 10 combien cette croyance vous empêche de vivre la vie désirée : supposons 8 sur 10 (donc dans cet exemple, vous accorderiez à cette croyance une forte influence sur votre situation d’empêchement de quitter votre partenaire)

Trouvez alors une autre pensée qui serait plus positive et que vous pourriez affirmer, pour compenser la première et qui aurait un impact positif sur le fait d’oser vous lancer à l’assaut de la vie que vous aimeriez virement vivre. Supposons celle-ci : “Je sais qu’il existe des personnes qui me conviendraient mieux que celle-ci” Notez l’influence positive de cette autre croyance que vous avez. Supposons que vous inscriviez la note de 7.

Allons plus loin avec cette autre affirmation : “je sais que je pourrai trouver sans peine quelqu’un de mieux” Et notez encore l’impact de cette croyance. Supposons 8

Allez plus loin encore : “Je vais trouver quelqu’un qui me respectera et qui m’aimera pour ce que je suis”. Notez. Imaginons que vous estimons que cette croyance aurait une très forte influence sur votre pouvoir de changer de vie : 9.

A ce stade, on est très proche d’une croyance qui permettrait de recadrer la croyance limitante du départ. Allez encore un petit effort, on y est presque…

“Je mérite de trouver une personne avec qui je serai plus heureuse/heureux” : 10

Alors, vous pouvez mettre en relation ces deux croyances, la croyance limitante et la croyance puissante :

  • “Je n’ose pas me séparer de X, parce que j’ai peur de la solitude”
  • “je sais que je pourrai trouver sans peine quelqu’un de mieux, qui me respectera et qui m’aimera pour ce que je suis. Je mérite de trouver cette personne avec qui je serai plus heureuse/heureux”

Le cheminement qui a permis de passer de l’une à l’autre vous aura déjà fait bouger intérieurement. Vous aurez par cet exercice mental, assoupli vos rigidités et ouvert votre espace des possibles.

Après vous pourriez utiliser la technique des affirmations positives pour planter en vous cette croyance puissante et par là même, créer la possibilités que des opportunités s’offrent à vous, sans effort de recherche active de votre part.