Dans cette séance de supervision systémique, vous allez pouvoir repérer de nombreux liens systémiques et/ou échos systémiques. Nous verrons comment les utiliser en coaching systémique. La supervision systémique de coaching est une supervision de coach comme les autres, à ceci près qu’elle est tout particulièrement attentive à la synchronicité, aux reflets systémiques, et au transfert. La supervision systémique est très vivante, pas du tout “intello” (à “cérébraliser” les clins d’oeils de la vie, qui doivent au contraire rester pétillants et frais, et surtout ne pas être manipulés dans tous les sens pour en faire une “chose” intellectuelle de plus, indigeste par nature !)

Supervision systémique : début de séance

  • Client-coach : Aujourd’hui, je voudrais travailler 4 sujets différents :
    • D’abord, comment conclure une mission de coaching lors de la dernière séance;
    • Ensuite le cas de cette cliente qui vit une constante fuite en avant et manque d’enracinement;
    • Et puis comment gérer le cas de cette personne qui change d’objectifs en cours de coaching (elle est soudainement tombée amoureuse et cela bouscule ses priorités);
    • Enfin, l’université me demande un mémoire à rendre sur le thème de la place des émotions dans le coaching, et je voudrais consacrer un peu de temps de cette séance aussi à ce dernier point, s’il en reste encore un peu…
  • Superviseur : Avant de commencer à travailler les points de cette liste, puis-je me permettre de vous offrir deux questions, auxquelles vous pourriez “réfléchir”, mais sans y répondre tout de suite, juste les laisser infuser tout au long de cette séance, un peu comme une pastille sous la langue qui diffuse son arôme, sans qu’on ait besoin de s’en occuper directement ?
  • Client : Volontiers…

 

supervision systémique : une pastille sous la langue
L’arôme d’une supervision systémique se diffuse doucement, comme une pastille…

 

  • Superviseur : Vous me les avez inspirées instantanément, donc je vous les “rends” puisqu’elles vous appartiennent… Elles ont peut-être un lien avec le contenu des cas que vous avez choisi de travailler aujourd’hui, je ne sais pas, c’est vous qui me le direz peut-être…
    1.  Quel sont les éventuels points communs entre ces 4 sujets parfaitement différents ?
    2. En quoi ces sujets qui portent sur des questions extérieures à vous, parlent aussi de l’intérieur de vous aujourd’hui ?

Commentaire off :

  • Les 4 sujets semblent être en rapport avec le temps :
    • dernière séance, quand le coaching s’arrête (fin du temps imparti),
    • fuite en avant de ce client qui n’habite pas l’instant présent, comme s’il manquait d’enracinement
    • irruption du présent dans la vie de cet autre client, qui propose de changer ses objectifs de coaching pour mieux s’adapter à son actualité, parce qu’il est tombé amoureux…,
    • et enfin “mémoire” de fin d’études, qui consiste à garder la trace du passé pour le futur…

Entendant spontanément cette thématique du temps, “comme le coup de pied saute aux fesses”, mon premier réflexe est de m’installer (m’enraciner ?) dans l’instant présent (tout en étant attentif à la “gestion du temps” de la séance d’1 heure, qui comporte 4 sujets, potentiellement très riches…

  • Les 4 sujets semblent évoquer des choses extérieures au client. Ce sont des préoccupations d’ordre technique, relevant de situations extérieures au sujet qui s’entretient avec moi au téléphone (cette supervision systémique de coach se fait par téléphone avec cette personne). Dans mon élan systémique de proposer tout de suite un coup d’oeil out of the box, avant même de commencer, je lui fais la blague de lui offrir la seconde question, dont il fera ce qu’il voudra. De mon côté, je suis attentif à être bien centré sur ce que JE ressens, ici et maintenant, pendant cette séance de supervision systémique, où nous allons parler “des autres” (donc de l’extérieur de soi).
  • En effet, je suis convaincu que c’est en modélisant lui-même les comportements cibles que cherche à s’approprier le client, que le coach accompagne le mieux ce dernier. C’est donc, en ce qui me concerne dans cette supervision systémique, en étant conscient que la séance de supervision systémique parle de “moi”, que mon client se rendra le mieux compte que c’est sur “lui-même” qu’il travaille quand il parle des ses propres clients… Vous le voyez le lien systémique là ? Ce que vivent les clients de mon client, qui est transféré dans la relation avec lui, est également transféré dans notre séance de supervision systémique, et m’impactent en bout de chaîne. Je me centre donc en moi-même, pour influencer positivement en retour cette chaîne systémique (et atteindre par la même, non seulement mon client, mais ses propres clients aussi par ricochet)…

 

supervision systémique
Ricochet systémique : c’est rigolo ! “Faire” du coaching sans se prendre au sérieux ?

 

  • Les deux thèmes sous-jacents de mes questions systémiques (le temps et l’intérieur) convergent pour évoquer “l’instant présent que je suis”, qui fait irruption dans cette séance, instantanément (évidemment :-). C’est cet instant présent, avec la qualité de présence à laquelle nous allons être tous deux invités, qui va contaminer positivement le système du client et ceux de ses clients. Nous allons faire un acte magique ensemble, sans le dire…

 

la magie de la supervision systémique
S’influencer positivement entre systèmes… C’est cela la magie du coaching systémique !

 

Supervision systémique : Comment terminer un coaching ?

  • Superviseur : Votre premier point est une question que vous posez. A qui voulez-vous la poser : à vous ou à moi ?
  • Client : Je vous la pose à vous, en même temps que j’ai mon idée que j’aimerais pouvoir confronter à votre réponse.
  • Superviseur : Comment voulez-vous procéder : Je vous réponds d’abord et vous confrontez ma réponse avec vos idées après, ou bien préférez-vous élaborer vos idées d’abord et les confronter ensuite avec ma réponse que je vous donne après ?

Commentaire off :

  • C’est amusant, au passage, que le client commence sa supervision systémique avec le thème “comment terminer un coaching” ? Je le vis comme une incitation à m’engager sur la voie systémique : l’inconscient de cette personne m’invite par ses formulations à entrer dans la dimension systémique (“commençons la supervision systémique par la fin du coaching…” : comme si le début et la fin se rejoignaient, comme si la durée de cette séance de supervision systémique allait se rassembler en un seul point, comme si la séance allait s’épanouir du début à la fin comme une seule unité, malgré la juxtaposition des 4 thèmes apparemment disjoints)
  • Etonnant aussi, que pour une séance de supervision systémique, qui est un coaching de coach, le client choisisse de poser une question au superviseur, comme s’il était un enseignant et non un coach. Cette posture d’élève dans laquelle se met le client, parle peut-être de la façon dont il se met en position haute vis-à-vis de ses propres clients : s’il prenait en charge la séance de coaching de ses clients, nous n’en serions pas surpris ! D’autant moins, en ce qui me concerne, que c’était précisément le thème de notre séance précédente. Du coup, je ne peux rater ce nouvel écho systémique. D’où ma précaution. Je ne veux pas refuser de lui répondre, mais je souhaite m’assurer que le client constate le processus qu’il induit, la posture dans laquelle il nous met… qui ne me gêne pas, mais qui serait limitante si c’était la seule, ou si nous n’en étions pas conscients tous les deux…

 

supervision systémique
Parité et coaching : position haute/position basse

 

  • Superviseur : Je vous invite à considérer la dernière séance comme si c’était la première, avec étonnement, avec fraîcheur, sans a priori… (et pourquoi ne pas considérer aussi la première comme si c’était la dernière !). Vous le savez, dans une perspective systémique : de même que le coaching commence toujours avant le coaching, il se finit aussi après sa fin… Selon vous, qu’est-ce qui serait logique de faire pour conclure un coaching ?
  • Client : D’en faire un bilan et d’envisager les nouvelles perspectives qui s’ouvrent pour le client…
  • Superviseur : Oui certainement. en tous cas, dans de nombreux cas, vous avez raison. Et dans tous les autres cas ?
  • Client : ça dépend…
  • Superviseur : Excellente réponse. Oui, le coaching, ça dépend ! Des fois le client souhaite faire un bilan lors de sa dernière séance (ce serait logique), mais des fois, il l’a fait avant, ou bien il n’en éprouve pas le besoin. Des fois par exemple, il est tombé amoureux de quelqu’un depuis la précédente séance, et il préfèrerait parler de ce nouvel objectif… :-)
  • Client : Ah vous faites le lien avec mon autre cas, dont on n’a pas encore parlé…
  • Superviseur : C’est peut-être un peu le même d’ailleurs… Qu’en pensez-vous ? (Silence du client qui réfléchit)… Pour en revenir à la dernière séance, si vous faisiez comme à la première, que feriez-vous ?
  • Client : Je lui demanderais ce qu’il veut faire de cette dernière séance. Autrement dit, comment il souhaite conclure son coaching, comment il compte utiliser sa dernière séance…
  • Superviseur : Oui, et il choisira peut-être de faire un bilan, ou de vous remercier, ou pas, et…peu importe : c’est son coaching, il en fait ce qu’il en veut. Il conclut ou pas, comme il veut, non ? Ce qui est sûr c’est qu’il n’y aura pas d’autre séance après celle-ci. D’ailleurs, dans votre formulation, vous le lui signifiez gentiment (rappel du cadre) sans induire pour autant le contenu de la séance comme devant forcément être un bilan ou la préparation de l’éventuel entretien tripartite (si c’est un coaching prescrit). Cela vous semble bien aligné avec l’esprit du coaching ?
  • Client : Oui, c’est une bonne idée de faire comme ça. En fait, je lâche mes idées préconçues sur ce que doit contenir la dernière séance, et je l’accompagne jusqu’au bout, en étant présent et en l’invitant à choisir, à se déterminer lui-même… C’est un peu ça d’ailleurs le miracle du coaching : ne pas savoir, accompagner et se rejoindre dans une solution, qui semble émerger d’elle-même. Ce client a d’ailleurs mis du temps à planifier cette dernière séance, comme s’il peinait à interrompre ce processus, dans lequel il met une certaine magie.
  • Superviseur : Et vous, quelle magie y mettez-vous ?
supervision systémique et "magie"
De quelle magie parlons-nous ?
  • Client : Moi ? Je mets de la confiance, c’est tout. Rien que de la confiance, de la croyance que tout est possible, rien d’autre !
  • Superviseur : Qu’y a-t-il de magique dans cette “confiance-c’est-tout-et-rien-d’autre” ?
  • Client : Il y a de la joie, de la créativité à envisager la nouveauté, du plaisir à tester de nouvelles options, du renforcement de ce qui est bon, de l’alliance avec les autres, de la foi en soi et en la vie, de l’amour aussi, de la vie quoi !
  • Superviseur : Votre “confiance-c’est-tout”, me paraît en effet bien pleine de tout ! Et votre “magie” en est d’autant plus puissante…

Commentaire off : 

  • Comme je vous le disais, cette séance se tient de bout en bout sur le même thème de l’unité, unité du temps rassemblée dans l’instant présent, unité de soi et de l’autre, unité de l’effet coaching qui fait feu de tout bois : confiance, joie, plaisir, créativité, amour et j’en passe !
  • Ce client prend conscience de son pouvoir de coach, en n’osant pas tout-à-fait l’assumer et le reconnaître. Plutôt que de lui faire un discours sur ce sujet, qui ne le convaincrait qu’à moitié, la question miroir entre la magie que met le client dans son coaching et la magie qu’y met le coach l’aide à voir encore l’unité du processus systémique entre eux. D’ailleurs, le client m’explique que son propre client vit une expérience extraordinaire en ce moment, une formidable progression, mais qu’il n’y est pour rien, que c’est la vie qui fait ça… Devant sa modestie, je me risque à taquiner sa pudeur, en suggérant avec le sourire, que son “mauvais coaching” au moins n’empêche pas son client de réussir… Le client sourit à son tour au téléphone et affirme : vous avez raison,  je fais un bon coaching avec ce client !

Je vous raconterais volontiers la suite de cette séance de supervision systémique, mais comme il faut à peu près deux heures pour en décrire et commenter le premier quart d’heure, vous me pardonnerez d’interrompre là cette séance de décorticage entre nous :-) J’espère que vous aurez pu apprécier ce que nous appelons des échos systémiques, des reflets systémiques, des clins d’oeils systémiques, la manière de les utiliser et ce que cela ouvre comme puissants insights au client…

Ce client a conclu pour sa part que cette manière de lâcher la rampe de l’escalier (la méthode), pour entrer dans “l’espace du coaching” ou ‘l’instant du coaching’ l’inspirait beaucoup : comment se mettre à l’écoute des résonances en soi, comment l’autre est un miroir de soi et comment ce qu’on lui propose en retour est aussi un miroir pour lui…