Subir une agression lors d’une mission de coaching d’équipe est rare. En grande majorité, les expériences de coaching d’équipe sont gratifiantes, parce que les équipes que l’on accompagne prennent plaisir à se voir progresser ensemble, apprécient de travailler sur leurs difficultés pour les dépasser et mieux fonctionner collectivement. Ainsi, let le système (équipe + coach) passe généralement un bon moment partagé lors des séances de coaching d’équipe.

Toutefois il peut arriver au coach d’avoir à subir une agression (non physique a priori) de la part d’un membre d’une équipe.


Subir une agression verbale évidemment, mais aussi et surtout subir une agression d’intention et un assaut énergétique : un membre de l’équipe qui souffre personnellement d’un profond mal-être, prend le coach comme bouc émissaire de ses rancoeurs, s’imagine que ce dernier est la cause de ses difficultés, et projette sur lui sa peur, ses ressentiments et sa colère pour s’en décharger, croyant se défendre d’une agression dont il s’imagine être la victime.

C’est heureusement assez rare, mais cela arrive. En vingt ans de coaching d’équipe, cela a dû m’arriver trois ou quatre fois seulement. Comment réagir positivement, d’autant plus qu’on est sensé modéliser la bonne posture et la bonne maîtrise de la dynamique de groupe ? On est généralement amené à subir une agression de ce type en public, et tout le monde observe vos réactions, pour voir comment vous allez vous en sortir, ce qui rend la situation d’autant plus délicate et complexe.

 

Positif par vocation

De même qu’un médecin soigne pour gagner sa vie, mais aussi (et probablement surtout) pour soulager et guérir ses patients, un coach d’équipe accompagne ses clients, pour qu’ils se sentent mieux et soient plus épanouis dans leur travail en connaissant la réussite et la performance. Autrement dit, avant même de faire la connaissance de ses clients, un coach les aime déjà par principe, puisque c’est sa vocation de les aider.

D’un autre côté, les membres d’une équipe qui bénéficie d’un coaching, n’ont généralement rien demandé, et n’ont en tous cas pas spécialement la vocation d’aimer : ni leur manager, ni la direction de l’entreprise, ni les consultants, formateurs ou coachs qu’elle peut leur envoyer. Il peut même se trouver des personnes, méfiantes et hostiles par principe, qui vivant mal leur situation professionnelle, s’imaginent que le coach qu’ils ne connaissent pas encore est mandaté pour leur nuire. Ils sont donc suspicieux et potentiellement agressifs. C’est rare, mais cela arrive.

 

Subir une agression sans contre attaquer

L’impact de l’agression est fonction à la fois de la violence de l’agression verbale et énergétique, et de la sensibilité du coach. En minimiser la portée est inefficace, car l’onde de choc atteint le coach en plein ventre. La seule façon de subir l’agression positivement est d’y faire face, d’encaisser le choc, d’amortir l’onde en l’accueillant totalement.

Il faut comprendre que l’agresseur n’a pas une intention hostile personnelle contre le coach. L’agression ne se joue qu’entre lui et lui-même. Ce n’est qu’un scénario intérieur qui cherche une surface de projection pour s’actualiser. Cela n’a rien de personnel, il n’y a donc pas à le prendre personnellement. Ceci est très important, pour ne pas être tenté de se révolter ou de se soustraire à l’agression, à laquelle vous allez devoir répondre, mais sans réagir avec votre ego.

“Ce ne sont pas les coups qui font mal, mais la résistance aux coups qui est douloureuse. La première agression est dans la défense. Ce n’est pas l’ouverture qui fait mal, mais la fermeture” Eric Baret (voir enregistrement plus bas)

 

Ne pas opposer de résistance pour amortir le coup

 

Répondre sans réagir

La meilleure option consiste donc à accueillir totalement l’expression d’hostilité, en constatant qu’elle ne vous vise pas, mais qu’elle vous traverse, sans s’arrêter (si vous n’y résistez pas, si vous ne lui faites pas obstacle). C’est assez difficile, parce que vos propres émotions (vos peurs, vos colères refoulées, vos révoltes contre l’injustice, etc…), réveillées par celles de l’autre qui souffre et vous prend pour son agresseur, vont être stimulées. Et à votre tour, vous allez être tenté de réagir, de compenser par vos mécanismes personnels pour éviter d’être mis en contact avec ce qui vous fait souffrir. Un de ces évitements classiques est de vous croire agressé et d’agresser à votre tour, pensant qu’il y a quelque chose à défendre et qu’entrer dans l’antagonisme serait une bonne stratégie…

 

Accepter de subir une agression “injustifiée”

Accepter totalement de subir une agression “injuste” et admettre le fait que que cette personne s’en prenne à vous, au lieu de tenter d’esquiver ou de réprimer l’expression de sa vindicte.

Vivre cette situation “affectueusement” est votre seule liberté. Vous n’avez pas d’autre choix que d’accepter ce qui est, dans l’instant présent. Certes, vous accusez le coup, mais vous n’êtes pas obligé de vous raconter une histoire à ce propos. Vous n’avez pas à être indigné, inquiet, ou peiné par ce qui se passe. Tout cela n’a rien avoir avec vous et ne vous met pas en danger. Cela se passe en vous, parce que vous le voulez bien. Vous pouvez donc profiter de l’opportunité qui vous est ainsi offerte, pour renforcer votre capacité à rester centré, dans l’état de Présence.

Vous allez “voir” que la personne qui s’en prend à vous se trompe sur votre compte et vos intentions, mais qu’il ait de fausses croyances à votre propos, ne vous concerne en rien personnellement, finalement. Cela relève de son histoire, c’est tout. Et comme cette personne, avec cette histoire, fait partie du collectif que vous accompagnez, vous ne vous offusquez pas. Du coup, son hostilité ne vous révolte pas. Elle vous touche et vous recevez l’impact de la projection en plein ventre (mais vous l’accueillez sans bavardage, sans commentaire intérieur).

 

Même si vous ne recevez pas de coup physique, vous encaissez une boule de feu comme dans un jeu vidéo

 

Cela vous émeut, puisque cela remue des émotions en vous, mais vous restez attentif à reconnaître les processus à l’oeuvre en vous et hors de vous. Vous vous mettez en totale disponibilité. Et puis, vous répondez à la personne, qui attend de vous quelque chose. De la profondeur de votre écoute, émergeront les éléments de réponse, approximatifs peut-être, le souffle un peu court probablement. Mais quelle importance : ce n’est pas ce que vous dites qui compte, c’est ce que vous laissez résonner en vous-même, et l’intention que vous exprimez au-delà des mots que vous employez… Vous accueillez l’impact depuis un espace qui est plus vaste que le contenu de l’émotion et plus vaste aussi que le processus émotionnel lui-même. Donc, vous ETES, et vous accueillez. Et ainsi l’onde se diffuse dans tout l’être, et s’amortit, peu à peu, tandis que le calme revient. Et vous pouvez répondre…

 

 

Subir une agression de temps en temps est “normal”

Il est normal qu’il arrive de temps en temps que des personnes vous “agressent” verbalement et d’une manière énergétique. Ils se trompent de cible, c’est un épiphénomène, ce n’est pas facile à vivre sur le moment, mais pas si difficile non plus. C’est comme un exercice, cela vous exerce à devenir meilleur coach, à la fois plus impliqué et plus détaché…

Je vous souhaite d’avoir la chance de pouvoir subir une agression de temps en temps, une agression à la hauteur de votre capacité à l’absorber, parce que c’est cela aussi qui vous nourrit, vous raffermit sur vos ponts d’appui, et fait de vous un coach.

Quand cela arrivera, dîtes-vous juste que “c’est le métier qui rentre”…