Posture de coach : Accompagner n’est pas guider
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A propos de la posture de coach, voyons ensemble l’enchainement de 3 éléments clés :

  • l’être coach, son état d’esprit
  • la posture de coach, qui est comme une articulation entre “l’être” et le “faire” du coaching
  • enfin: le “faire du coaching”, qui est la partie visible de l’extérieur, mais qui n’a d’existence que grâce aux deux éléments précédents

L’ “être coach” se traduit en “faire du coaching”, au travers de la posture de coach, qui est très spécifique :

posture de coach
La posture de coach est la rotule entre l’attitude intérieure du coach et ce qu’il donne à voir à l’extérieur à son client

 

Tendre le miroir pour que le client se voie, là où il ne regarde pas d’ordinaire, en profite pour modifier l’équation de son problème, pense des solutions out of the box, et s’engage résolument dans une dynamique de progrès qui contribue à transformer son système (et lui avec) !

4 aspects de la posture de coach :

  • regard délibérément positif, focalisé sur les potentiels, les points d’appuis, les leviers
  • attention accordée de façon systémique au cadre de référence du client
  • questionnement orienté solutions
  • centration résultats et attitude de challenger

 

Cette vidéo explique la différence qu’il y a entre la posture d’expert (qui guide) et la posture de coach (qui accompagne) :

Posture de coach et position miroir

Le coach tend le miroir. Il n’est pas là pour regarder ce que voit le client dans le miroir. Ses questions ne visent pas à obtenir des réponses mais à déclencher une réflexion chez le client et une dynamique de changement. Le coach n’a pas besoin de comprendre le problème, il cherche à faire repérer au client des éléments de solutions là où il ne pensait pas à regarder…

Son métier consiste à savoir incliner le miroir, à l’orienter pour que le client découvre de nouvelles perspectives sur la situation et ses propres modes de fonctionnement.

 

posture de coach
position miroir pour faire apprécier d’abord le côté positif

Posture de coach et position basse

La posture de coach en position de candide, par définition, “ne sait pas” : où on va, par où on passe, ni à quel rythme on y va…

Il ne peut effectivement pas savoir tout ça, puisque c’est le client qui sait, ou qui va le savoir, justement grâce au coaching !

Il y a pourtant une chose que sait le coach (et que parfois le client, justement, ne sait pas) : c’est que le client va y arriver !

Si une chose est certaine, c’est que le client va réussir à se transformer grâce au coaching. Ca, le coach le sait parce qu’il a déjà accompagné beaucoup “d’accouchements”, et qu’il est devenu un spécialiste de ce cheminement : il sait ce que vivent ses clients, et par quels états intérieurs ils passent quand ils se remettent en question pour progresser. C’est cet unique savoir, ou plutôt cette unique connaissance, qui permet au coach d’accompagner des personnes qui passent par des chemins qui lui sont inconnus pour se rendre vers des destinations qui lui sont étrangères. Etre passé lui-même par les chemins de la remise en question en direction de la profondeur de soi, est justement ce qui permet au coach de pouvoir accompagner, sans avoir aucune compétence, ni aucune légitimité…C’est cette incompétence réelle, qui le rive à la position basse, et laisse tout l’espace disponible de la séance à la compétence du client !

Conte zen

Le rapport entre ce conte zen et l’importance de la posture de coach est assez éloquent pour qu’il n’y ait pas besoin de le commenter : les questions de posture et d’attitude y sont évoquées d’une façon savoureuse. Je vous laisse tout de suite en compagnie du récit et nous nous retrouvons juste après pour conclure cet article avec une ou deux questions de coach :-) ….

“Un jour, Kozo Tajima, remarquable maître du Thé, fut provoqué en duel par un samouraï. Ne pouvant se désister, le pauvre homme accepta de mourir honorablement. Il rendit visite à un véritable maître de Ken-jitsu (sabre) et lui demanda de le préparer à bien mourir :

“Votre but est louable, lui dit-il, et je serais heureux de vous aider, mais veuillez auparavant me servir une coupe de thé, je vous prie…”. Tajima fut très honoré de pouvoir, sans doute pour la dernière fois, pratiquer son art. C’est ainsi qu’oubliant la suite des événements, il se concentra totalement à la cérémonie du thé, avec application et sérénité. Le maître d’arme en fut étonné, surtout en pareille circonstance, à un moment aussi grave et lui dit :

“Point n’est besoin que je vous apprenne à bien mourir. Votre concentration d’esprit est si grande que vous pouvez vous permettre de rencontrer n’importe quel expert du sabre. Lorsque vous aurez en face de vous le samouraï, pensez d’abord très fort que vous allez servir le thé à votre hôte; saluez-le courtoisement, enlevez votre habit de dessus et pliez-le soigneusement, exactement comme vous venez de le faire et placez votre éventail dessus. Tirez ensuite votre Katana et levez-le au-dessus de la tête, dans une posture très ferme et déterminée, prêt à abattre votre sabre lorsque l’adversaire s’élancera sur vous. Et ne vous concentrez que sur ce geste…”

Tajima le remercia humblement et se rendit sur le lieu de la rencontre. il se conforma strictement à l’enseignement reçu de l’expert et s’imprégna tout entier de la pensée qu’il allait servir le thé à un ami. Lorsqu’il leva le sabre au-dessus de sa tête, le samouraï sentit qu’il avait en face de lui une personnalité toute différente et ne vit aucune ouverture pour attaquer. Frappé par cette attitude, il jeta son sabre, se prosterna devant Tajima et lui demanda humblement pardon pour sa conduite inqualifiable.”
Extrait du “Guide initiatique des arts martiaux”

Posture de coach et qualité de présence

Cette métaphore nous chante les vertus d’une totale Présence à soi-même, en étant complètement absorbé dans l’instant présent, qui est souveraine sur les difficultés, même insurmontables en apparence. Vous imaginez-vous accueillir les participants d’une réunion ou d’une formation, comme pour une cérémonie du thé, mobilisant toutes vos capacités d’accueil, comme si vous receviez des invités de marque ? Ou bien comme s’il s’agissait de votre dernière animation avant de mourir ? Depuis quelle posture de coach vous engageriez-vous dans la prochaine séance, s’il s’agissait de réussir votre ultime prestation de coach ?…

Posture de coach et questionnement impertinent

Complètement néophyte, le coach ne se risque pas à donner un avis sur le problème, l’objectif ou la stratégie du client. Il ne fait qu’offrir son extériorité et son incompétence (comme nous l’avons dit), en proposant des questions out-of-the-box, qui décentrent le client. Il est payé pour provoquer du progrès, donc pour produire de l’étonnement et de la nouveauté  !

Et ce n’est certainement pas en aidant le client à faire plus de ce qu’il fait déjà, que ce dernier connaîtra des résultats différents de ceux qu’il obtient déjà. Pour produire des résultats de performance en rupture, pour faire un grand saut en avant, il faut un changement significatif, que seul un certain type de questionnement parvient à provoquer… (voir l’art de la question en coaching)

 

La posture de coach n’est fondamentalement pas spontanée. Notre culture favorise plutôt des postures telles que : posture de conseil, posture d’expert, posture de formateur. La posture de coach est une position de non sachant, de candide, qui propose le miroir par des questions puissantes.

 

A force de travailler sur leur posture de coach avec rigueur, certains Coachs finissent parfois par se couper de la simple “Présence attentive à l’autre”, et se concentrent sur les « bonnes » questions à poser (les fameuses questions puissantes qui ouvrent des perspectives nouvelles au client), au détriment parfois de la fluidité de la relation, de l’intuition et de l’inspiration...

Quand un Coach se réfugie dans sa tête pour penser intensément, comme pour créer de la valeur à tout prix dans la relation, il se passe un phénomène étrange : plus le Coach pose des questions et plus le client donne de l’information en réponse à la question suivante, sans vraiment prendre en main lui-même la responsabilité de sa séance… de telle sorte que  :

  • plus le coach est actif, plus le client est finalement passif…. 
  • et plus le Coach « cherche », moins le client « trouve » !

 

La posture de coach est activement passive et passivement active…

Un coach s’évertue à être authentique, présent à l’instant présent, vous offrant sa confiance  (sans chercher à vous changer), étant attentif à vous accompagner sans vous porter, sans être « collé », vous offrant un espace d’élaboration sans le remplir lui-même par trop d’empressement…

Il y a là une posture de coach, délicate et subtile à trouver (chacun avec son style), et à adapter à chaque séance selon ses propres humeurs, la relation que vous instaurez et les cas que vous évoquez !

Il faut que le coach soit à la fois :

  • actif de l’intérieur sans trop faire grand chose à l’extérieur
  • et parfois au contraire (ou en même temps) : plutôt actif extérieurement (montrer sa Présence dans l’instant), tout en étant dans un état de réceptivité intérieure profonde, en se contentant d’accueillir et d’accepter ce qui est…
L’effet coaching a effectivement quelque chose de mystérieux et de magique, qui échappe au coach lui-même…
une posture de coach

 

En dehors du silence et des questions puissantes, il y  d’autres interventions en posture de coach qui peuvent créer de la valeur dans une séance de coaching.

Interventions possibles en posture de coach

Evidemment, cette liste est loin d’être exhaustive…

 

  • Proposer une synthèse, ou un résumé, pour rassembler les idées et aller au-delà
  • Répéter le dernier mot ou un mot clé, ou une idée clé pour inviter à développer
  • Reformuler pour interrompre le mode narratif et recentrer sur le sujet et sur l’action (« Donc, OK : tu as cette difficulté qui a ces trois conséquences pénalisantes pour toi. Alors, que veux-tu faire de complètement différent et beaucoup plus positif pour toi ? »)
  • Valider (« Oui en effet, je vous comprends »), encourager, féliciter (« Bravo », « Oui, je te vois bien faire ça », « C’est un bon début ça, non ? »)
  • Exprimer un sentiment personnel (« je suis très ému par ce que tu viens de dire… », « je suis impressionné par ton courage envers toi-même »)
  • Recourir à l’humour (l’humour c’est quand le client rit. En revanche quand il ne rit pas, c’est de la disqualification). L’humour est un contre pied qui amène l’énergie ailleurs…
  • Proposer un commentaire sur la relation présente entre vous dans l’instant présent (« Il me semble que la confiance est mieux établie entre nous, non ? Comment pourrait-elle s’établir aussi bien avec la personne dont tu me parles ?»)
  • Evoquer le processus systémique, qui se répète aussi dans la relation (méta communication) : « Je me sens confus. J’ai l’impression que c’est en reflet à la situation, quelle est l’étape suivante pour toi ? », « je sens comme de la colère monter en moi. Pourtant tu n’en as pas exprimé toi-même…qu’est-ce que tu ressens, toi ?… », « Je crois que nous sommes dans une impasse, dans cette séquence : aucune de mes propositions ne semble vous convenir, un peu comme dans le cas que vous décrivez d’ailleurs… Quel genre d’autres propositions de ma part vous conviendraient peut-être mieux ? »
  • Suggérer une métaphore (« ce que tu dis me fait penser à l’histoire de… » – Rester très court et repasser la balle).
  • Recentrer : « Et vous, dans tout ça ? »
  • Recadrer : « Des tas de gens aimeraient peut-être avoir ce genre de problèmes, qui présupposent que soyez déjà arrivé là où vous êtes et qui est très enviable aux yeux de beaucoup… »
  • Proposer au client de « dessiner » la situation, ou de la mettre en scène au travers d’un jeu de rôle, ou de positionner des petits personnages pour symboliser les protagonistes de sa situation, ou de se déplacer lui-même dans l’espace pour explorer les différentes facettes de la question, en les positionnant quelque part dans la pièce ???
  • Etc…

 

Vous offrirez donc bien plus que du silence et quelques questions à vos clients.