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L’enracinement du coach pendant ses séances de coaching avec ses clients est une chose essentielle pour la réussite du coaching.

Pourquoi ?

Parce que la profondeur de l’écoute et la qualité de présence du coach sont fonction de son enracinement.

Enracinement du coach en deux points d’appui :

  • son propre corps
  • la relation

Dans cet article, écrit à chaud d’une séance de supervision de coach, nous allons partager quelques points d’attention pour favoriser l’enracinement du coach, à la fois dans son corps et Das la relation au client.

Enracinement du coach dans son propre corps

Le coach qui me sollicite sur ce sujet me dit qu’il a écouté plusieurs fois une vidéo que j’ai enregistrée sur ce sujet dans un support vidéo de notre formation digitale au coaching individuel. Et qu’à chaque fois, il en a été bouleversé. Qu’une émotion lui est venue, réalisant qu’il ne parvenait pas à s’enraciner comme j’en parle dans cet exposé.

Pourquoi une telle émotion ? On ne s’est pas tellement arrêté sur ce point, parce que ce n’était pas le sujet de la supervision, qui était plutôt orientée solutions.

« Je voudrais parvenir à m’enraciner davantage dans mes séances de coaching, pour accéder à un plus grand niveau de profondeur de la relation. Je suis parfois en difficulté à cause de cela. Comme si, pour me protéger, je n’osais pas me poser dans la relation. Pour les mêmes raisons peut-être, je reste trop mental, et je ne m’investis pas assez dans mon corps. En t’écoutant et en te voyant pratiquer, j’ai pris conscience » du potentiel à côté duquel je passe, tant pour moi-même que pour mes clients… »

De la pratique d’abord

J’aurais pu demander à ce coach de partir d’un exemple de client avec lequel il a eu du mal à s’enraciner, et commencer à décortiquer comment y parvenir mieux.

Mais au lieu de cela, j’ai proposé que nous commencions tout de suite à pratiquer l’enracinement (par téléphone), ensemble et dans l’instant présent.

Invitant mon client à rassembler son attention dans ses pieds, il m’a répondu qu’il avait du mal à ressentir cette sensation dans les pieds. Et que c’est d’ailleurs ce qui avait déclenché son émotion en écoutant la vidéo.

En parlant un peu, il me dit aussi qu’en pratiquant la méditation avec une appli smartphone, il est parvenu récemment à se poser. Etait-il debout ? Non, il était assis en tailleur. Donc pas eu besoin de ses pieds pour s’enraciner. Du coup, en riant, nous partageons qu’il a peut-être un problème de … pieds ! Plus sérieusement, il me précise que c’est comme si un porte était blindée, ou verrouillée plutôt. Et de nouveau en disant cela, une émotion lui monte aux yeux…

Là encore, nous aurions pu explorer le contenu ou le déclencheur de l’émotion. Mais avec légèreté nous avons glissé vers la pratique.

Pourquoi passer par l’expérimentation ?

Déjà parce que c’est la demande du client dans ce cas précis.

Ensuite, parce que dans un cas comme celui-là, parler de l’émotion nous propulserait dans le mental, où nous irions perdre du temps à intellectualiser, à « comprendre »… Mais cela ne résoudrait rien.

Et puis, mon client veut s’enraciner, il ne me demande pas de comprendre. Il me dit qu’il a peur de rester figé s’il se pose, comme prise au piège. Il suppose qu’il préfère rester en mouvement pour pouvoir s’échapper si besoin…

D’une part, on n’est pas ici en psychothérapie. Et d’autre part, nous pouvons prendre un formidable raccourci. Je trouve intéressant de mettre des mots sur le vécu intérieur, tandis qu’on est précisément en train d’expérimenter

Donc nous pratiquons :

  • Debout, pour bien sentir tout le poids du corps en appui sur les pieds.
  • Léger mouvement du basin d’avant en arrière, pour sentir comment le poids étale le pied d l’avant pied au talon.
  • Idem de droite à gauche.
  • Puis en marchant, tout doucement, en se synchronisant sur la respiration, comme une marche Kin-Hin : tout le poids du corps sur pied droit, vider le pied gauche, le soulever sur une inspiration, puis l’avancer jusqu’à ce que le talon gauche se pose au sol à la hauteur des orteils du pied droit. Puis pousser sur le pied arrière, pour dérouler toute la plante du pied gauche en expirant tout doucement. Nous faisons cela quelques minutes, ensemble bien que chacun chez soi, décrivant par téléphone les actions à poser.
  • On observe ainsi comment se poser, à chaque pas, sans s’arrêter. En fluidité, mais avec une grande présence.
  • Je propose au client de refaire cet exercice tout seul trois fois aujourd’hui. En cessant de se projeter sur la ligne d’arrivée, considérant que le chemin est aussi important que la destination. Appréciant la joie d’avoir les pieds sur terre, instant après instant, pas à pas.

S’enraciner dans le bas ventre, grâce à la respiration

  • Puis, nous nous rasseyons, et nous explorons comment le ventre se remplit à l’inspiration. Et aussi comment il continue à se dilater pendant une ou deux secondes à poumons pleins. Ensuite, nous relâchons la pression du ballon, observant l’air chaud ressortir par les narines. Faisant ainsi plusieurs fois, c’est comme si on repeignait l’intérieur de l’abdomen avec l’énergie du ballon d’oxygène.
  • Comme précédemment avec les pieds lors de la marche, cela nous donne encore l’occasion de constater que se poser dans le basin est bon. Que cette chaleur est douce et sécurisante. Et surtout, on vit ensemble l’expérience de ne pas y rester bloqué. C’est fluide, on peut visiter cet espace, l’investir sans s’y retrouver piégé. On s’y installe et on le quitte librement.
  • Comment sent-il ses pieds, maintenant ? Très bien. Les pieds ne sont pas enracinés, mais ils sont posés, ce qui est déjà un grade satisfaction.

Cela dit, une séance de supervision de coaching n’est pas qu’une séance de thérapie corporelle, même pointue et sur mesure. C’est un travail sur la posture d’enracinement dans le cache du coaching. Donc je propose de s’enraciner dans la relation, maintenant. Et puisque c’est moi qui suis là : s’enraciner dans la relation avec moi, maintenant ! En toute sécurité, puisqu’il n’y a pas d’enjeu à notre relation, qu’on se connaît, qu’on se fait confiance… il n’ya donc pas de risque à se poser, comme avec les pieds sur le sol, mais cette fois-ci avec le ventre, dans la relation.

Enracinement du coach dans la relation

J’invite mon client à se relever et à m’écouter tandis qu’il place le poids de son corps sur ses talons, comme en arrière de lui-même. Puis je lui demande de me dire quelque chose tout en déplaçant son bassin vers l’avant pour déplacer le poids du corps sur les avants pieds. Et là, de faire comme si il pouvait en quelque sorte « appuyer » sur moi tout en parlant, d’une façon imaginaire. Comme s’il venait appuyer son nombril devant lui, comme pour me toucher à distance.

Vous comprenez bien qu’il s’agit d’un travail énergétique, permettant à mon client un peu coupé des sensations (et qui cherche peut-être aussi à se prémunir de ses émotions) d’oser, dans ce cadre sécuriser, se projeter et s’engager dans la relation avec moi. Je suggère alors l’image du schéma de l’intersection entre deux ensembles mathématiques. Comme s’il pouvait ainsi, investir sa parole « en venant au contact ». Je vous rappelle qu’on est au téléphone. Mais si on était dans la même pièce, cela n’aurait rien changé. Je module tout de même le choix des mots en fonction du type de relation qu’est la nôtre, et en particulier s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, bien sûr.

Je l’invite à reproduire plusieurs fois le passage de l’avant (en me parlant) à l’arrière (en m’écoutant), et de bien ressentir à chaque fois la qualité du lien, par l’ombilic en quelque sorte. Observer qu’il n’y a pas de danger. Qu’il y a là une qualité de présence, une intimité même, amicale et rassurante. Sans danger, sans ambiguïté.

Précautions à prendre

Exercice à ne pas faire avec un particulier, que vous ne connaissez pas, dont vous ne savez pas de quel traumatisme il ou elle a pu être victime dans son enfance. le corps est la mémoire du passé, et le disque dur où sont stockées toutes les émotions. Attention tout de même à ne pas jouer aux apprentis sorcier avec le coaching par le corps.

Certes, j’ai affaire ici à quelqu’un dont je ne sais évidemment rien de son passé. Mais je constate tout de même des évidences :

  • la structure solide de son individualité, à travers l’authenticité de sa demande,
  • l’honnêteté et la lucidité de ses réponses,
  • la qualité de son écoute,
  • la texture du lien.

Autant de signes qui me font oser m’avancer dans cette voie avec cette personne. Et, puis on peut procéder par essais-erreurs et rectifications. Je tente, je vois ce que ça donne, je m’ajuste.

Et « tant que je gagne je joue » :-) Donc j’avance !

Si je sens une résistance, évidemment je m’arrête. Et éventuellement je change d’orientation dans la séance.

Trêve de ces avertissements et précautions nécessaires, reprenons le fil de notre séance.

Inverser les polarités pour apprendre l’enracinement du coach

Je lui propose aussi d’explorer le fait de me parler depuis l’arrière des talons, et de m’écouter depuis les avants-pieds. Et là, évidemment, c’est moins naturel. Donc moins facile. Je lui fais remarquer qu’en essayant tout de même, il me parle d’une voix plus aiguë, et en passant par le mental (il m’explique pourquoi c’est difficile, et se réfugie dans du descriptif et des concepts. Typiquement le refuge dans le mental, auquel il faisait allusion en début de séance, quand il disait les raisons de vouloir travailler « l’enracinement du coach »). Nous observons cela, avec un sourire partagé.

Et de nouveau il y a l’émotion qui survient. Car il voit à cette occasion : comment il se réfugie dans le mental, au lieu de descendre dans le corps.

Je fais remarquer que ce n’est pas qu’une tactique de fuite et d’évitement. C’est aussi une compétence très utile pour pouvoir se dégager, et soulager le client ou soi-même en cas de trop forte pression. tout est une question de dosage. Mais qu’il est également intéressant de repérer le chemin, pour pouvoir le faire dans l’autre sens, quand on veut s’engager.  Nous convenons que le job d’un coach est justement de montrer au client comme s’engager de façon saine, en en faisant la démonstration soi-même. C’est d’ailleurs cette qualité de lien qui « soigne » le client parfois, et qui lui permet en tous cas de se confier, et de se sentir suffisamment en sécurité pour envisager les remises en question dont il a besoin.

S’enraciner dans le corps et dans la relation, au service du client

C’est ainsi qu’en passant par le corps, nous avons pu explorer la qualité de notre lien à nous, en tant qu’échantillon témoin du principe de toute relation. Ensuite, ce coach pourra reproduire des expériences avec d’autres, et goûter, sans risque de fusion, à la qualité de la relation intime avec ses clients.

J’ai eu l’occasion de lui faire sentir, comment quand je lui parlais, j’investissais mes mots, mes pensés, mes intentions, dans une attitude d’ouverture, qui oser aller au contact, sans crainte,. Mais sans insistance non plus. Sans lourdeur, sans indiscrétion, en respectant nos pudeurs et nos seuils respectifs. C’est modélisant de faire un arrêt sur image et de constater, de ressentir, pour bien saisir et différencier les choses subtiles dans sa propre expérience.

Je lui ai dit aussi, que parfois, je ne sentais pas sa présence en retour. Je lui montrais donc, très concrètement dans notre relation, la différence de ressenti en lui quand il m’écoutait avec sa tête ou quand il m’écoutait avec son coeur, depuis son corps.

En finissant cette séance d’une heure, mon client ressentait une chaude sensation dans le ventre, amicale, apaisante, bienveillante. Il parlait de ce qu’il sentait de lui-même !

Il nous a semblé qu’il s’était engagé à la fois dans le corps et dans la relation. Nous étions tous deux contents de cette séance d’enracinement du coach, chacun de son côté et ensemble.

La suite de la séance de supervision sur l’ancrage

Certes, il va falloir qu’il continue de travailler sur cette thématique. Comme nous tous. Mais, au moins, il a amorcé la pompe, concrètement par une « première expérience » d’enracinement de coach au sein d’une relation professionnelle de coaching (de supervision, mais c’est pareil !).

Il a apprécié que c’était bon, et que ce n’était pas dangereux.

Nous avons ensuite évoqué le genre de choses qu’il ne voulait pas ressentir. Et les moyens de s’exonérer de l’emprise de telles sensations intérieures : quand le client est intrusif, quand c’est « collant », quand soi-même on peut être indiscret parfois sans le vouloir, etc… Et nous avons vu comment repasser par le mental dans ces cas là, pouvait représenter un excellent recours pour reprendre de la distance, sans bouger de sa chaise.

En Qi Gong, on apprend et on expérimente que la légèreté des mouvements des bras, ne peuvent survenir que depuis un fort enracinement dans les jambes et dans le bassin. (voir cet article sur la posture de l’arbre et cet autre sur les grands principes du Qi Gong)

Voir : nos tarifs de supervision de coach

Un autre exemple de séance de supervision ?

Perte de sens