Cet extrait de séance de supervision par téléphone, aborde le thème de la confrontation en coaching. Vous verrez que ce thème se prête très bien à une confrontation en coaching, justement.

D’ailleurs, par principe d’alignement sur le résultat visé, n’est-il pas logique de modéliser en séance les comportements que cherche à acquérir le client ? Comme vous le verrez, le coach-client pose une question au superviseur, à laquelle ce dernier répond immédiatement par une confrontation en coaching… :-)

(Les commentaires de la séance, que nous partageons en off pour la décortiquer ensemble, sont proposés en italique)

confrontation en coaching
La confrontation n’est pas une agression…

Coach-client : “Je n’avais pas de sujet à travailler aujourd’hui, mais comme nous avions pris rendez-vous j’ai préféré maintenir la séance et j’ai trouvé un sujet qui m’intéresse : J’aimerais dédier cette séance à la confrontation en coaching ! Je sais confronter dans ma vie personnelle, mais j’aimerais savoir aussi maîtriser la confrontation en coaching. Je ne le fais pas volontiers, je ne me sens pas à l’aise. D’ailleurs le faut-il vraiment ? Quelle est la place de la confrontation en coaching ? Comment confronter sans blesser l’autre ? (silence du coach-client après cette question, qui s’attend probablement à une réponse du superviseur…)

 

Exemple de confrontation en coaching

Silence du superviseur en “écho” au silence du client : (…)

Coach-client : Eh oh ? Vous êtes toujours au téléphone ?

Superviseur : Oui bien sûr, j’ai entendu votre THEME (la confrontation en coaching), et je pensais que vous alliez poursuivre en exprimant votre objectif de séance… j’attendais que vous précisiez le résultat que vous voulez atteindre PAR VOUS-MEME dans cette séance…

(Voici la première confrontation en coaching de cette séance… le superviseur pousse le client dans ses retranchements, exprime une exigence et maintient le cadre du coaching, en insistant pour que le client n’en reste pas à une question qui n’appelle qu’une réponse du superviseur, qui permettrait au client de ne pas travailler sur lui-même…)

Coach : Ah le résultat ? Eh bien… : avoir des réponses à ma question ?

Superviseur : C’est votre objectif de séance de coaching : que je vous donne des réponses ?

Coach : Oui…

Superviseur : Dans quelles postures mettez-vous notre relation aujourd’hui avec cette demande ?

Coach : Une position d’élève et de prof ?

Superviseur : Et comment allez-vous pouvoir vivre votre séance de COACHING, en tant qu’élève face à un prof ? Où se trouve la “parité” (si précieuse dans le coaching) dans cette situation ? Qu’êtes-vous en train de faire avec votre coaching, quand en quelque sorte vous venez  au guichet chercher une réponse (une réponse mentale à une question mentale) ? Ces questions et réponses ne sont que des pensées, des “choses” finalement : vous n’irez pas bien loin avec ces objets inanimés, pour améliorer votre expérience et votre pratique du coaching… Ce n’est pas avec des “réponses” qu’on vous donnerait mais avec des questions que vous creusez vous-même, que vous saurez mieux pratiquer la confrontation en coaching…

(deuxième confrontation sous forme de question… puis sous forme d’affirmation explicative, utilisant la métaphore du guichet, pour montrer ce que le client tente lui-même de faire de son coaching ce jour-là… Comme le client peut s’en rendre compte, c’est assez doux… et en fait : cela répond précisément à sa demande, mais d’une manière expérientielle, pas par une “réponse”, mais par une illustration à vivre ici et maintenant)

Client : Mais c’est vous, qui dîtes que la supervision c’est un coaching de coach… Pour moi c’est aussi un espace pour poser des questions à un mentor…

(Là on voit comment ce client se défend, et évite la confrontation en coaching, en tentant de remettre encore la responsabilité de la séance “dans le camp” du superviseur…En fait d’une manière déguisée, il y a beaucoup d’appel à la confrontation -voire peut-être même une invitation à l’affrontement- dans cette invitation à rejouer la relation élève FACE à un prof…)

Superviseur : Oui, pourquoi pas en effet, même si c’est moins aligné avec votre objectif : vous me direz si je me trompe, mais j’imagine que derrière cette question, vous souhaitez probablement apprendre à mieux confronter en coaching, en vivre l’expérience, vous l’approprier pour pouvoir le faire, plutôt que d’en rester à une approche seulement intellectuelle (sinon vous auriez été à une conférence ou acheté un bouquin)… C’est pourquoi je vous propose de privilégier entre nous une “réponse” en mode coaching qui ouvrirait votre appétit à réfléchir par vous-même et à expérimenter, plutôt qu’une réponse en mode prof (qui étancherait votre soif et couperait l’herbe sous le pied à votre questionnement)…

Alors, pour “répondre” à votre question : qu’est-ce que je viens de faire avec vous au lieu de vous répondre directement ?

(Nouvelle confrontation légère du coach, puisqu’il continue à ne pas répondre. Le client voit ainsi comment ne pas lâcher son cadre lui-même, dans une situation comparable, il voit comment terminer ses gestes au lieu de lâcher le cadre dès que le client tente d’en sortir…)

Coach : Vous m’avez confrontée avec le fait que j’attendais une réponse de votre part au lieu de prendre en mains ma séance et travailler de manière active ?

Superviseur : Oui, on dirait bien… Et comment l’avez-vous vécu, en tant que client ?

coach-client : Oh plutôt bien, je ne me sens pas agressée. Je vous sens respectueux, mais en effet vous ne lâchez pas votre cadre et ne répondez pas à ma question tout en répondant à ma demande quand même…

Etc…

Et ainsi se poursuit la séance : le client reprend peu à peu sa position centrale et active, qui travaille sur lui-même, assumant ainsi sa responsabilité de sujet et auteur de sa séance au lieu de déléguer cette responsabilité au superviseur. 

La technique employée ici a été de modéliser tout de suite le comportement cible. Si le client avait posé une question portant sur un autre thème que la confrontation, le superviseur n’aurait pas forcément confronté. Par exemple si le client avait demandé “A quoi sert de toujours travailler sur du concret en coaching ?”, le coach n’aurait pas confronté mais serait probablement plutôt resté aligné avec le thème en répondant peut-être :” prenez un exemple concret s’il vous plaît, pour que vous puissiez comparer l’approche par le concret et une approche plus abstraite”… Là encore, le coach vise à modéliser pour et avec le client, pendant la séance, ce que cherche à comprendre le client.

confrontation en coaching
La confrontation n’est pas un affrontement

 

  • Affrontement : Front contre front dans une intention d’antagonisme et de victoire de l’un sur l’autre
  • Confrontation en coaching : Front avec front, dans une perspective bienveillante et constructive

 

Approfondissons la confrontation en coaching

Un peu plus tard, le superviseur a demandé au coach-client comment il vivait les différentes confrontations qu’avait proposées le superviseur. Le client s’en disant satisfait et se sentant confortable, le superviseur lui a demandé s’il souhaitait expérimenter une confrontation plus profonde, et la séance s’est poursuivie sur ce mode expérimental, tout en décodant ensuite pas à pas, à la fois la forme de confrontation proposée et le vécu du point de vue du client, ainsi que les réponses de ce dernier et l’impact ressenti par le superviseur dans son propre vécu de relation au cours de cette séance…

Pour aborder plus en profondeur le thème de la confrontation en coaching, nous pouvons nous interroger ce qui est délicat, difficile, ce qui met mal à l’aise avec la confrontation en coaching :

  • Niveau 1 : Je ne suis pas à l’aise avec la confrontation en coaching, parce que j’ai peur que le client le prenne mal, parce que j’ai peur que cela nuise à notre relation de confiance,  que cela nuise finalement à l’atteinte des objectifs…
  • Niveau 2 : J’ai peur que le client se méprenne sur ma confrontation et ne le prenne pour une agression. Dans ce cas, il va peut-être m’agresser pour se défendre…
  • Niveau 3 : S’il m’agressait, je risquerais de me défendre et de l’agresser aussi, mais pas de façon positive cette fois, mais en lâchant la posture de coach bienveillant et constructif…

Que ressentez-vous quand vous êtes en train de vous défendre et d’agresser ? C’est une sensation très désagréable à éprouver. La colère peut être ressentie dans le corps comme noire et visqueuse. On n’a pas envie d’éprouver en soi cette énergie de vouloir faire du mal, même si on y est entraîné par des mécanismes, non encore mis à jour…

La confrontation en coaching pourrait déboucher sur un affrontement, dont on n’a légitimement pas envie (on n’est pas venu pour ça) : On n’a évidemment pas envie : ni d’être agressé ni d’agresser à son tour.

Cependant, pour être de plus en plus à l’aise avec la confrontation en coaching (et d’une manière générale), il nous faut aller au fond de ce qui nous met mal à l’aise, le voir, l’accepter et le laisser se dissoudre (au lieu d’éviter de le voir, de le refuser et de se maintenir sous son emprise). Si on veut accompagner des clients dans l’exploration de leur profondeur pour y puiser des ressources, il va bien falloir aller aussi dans sa propre profondeur (ne serait-ce que pour connaître le chemin, vivre l’expérience du voyage, et pour pouvoir supporter l’effet de résonance systémique pendant la séance !)

Oui, il y a en moi de l’agression, dans les deux sens (agresseur et agressé). Mais je ne suis pas ces agressions, elles sont en moi, mais elles ne sont pas moi. Je les vois, je les accueille depuis un espace de conscience plus vaste, dans lequel elles peuvent s’installer en sécurité. Je les observe avec amitié, ces peurs et ces colères, inconsistantes finalement, beaucoup d’agitation pour rien dans le fond… mais reconnaissons d’abord, qu’avant d’arriver au fond où il n’en reste plus de trace, elles sont bien là, comme des monstres hideux qui font très peur…

 

confrontation en coaching
Monstre pas si méchant, “vilain garnement” tout au plus… on peut le regarder, on peut l’accueillir, ce n’est pas si terrible !

 

La confrontation demande du tact, mais elle exige du courage, le courage de se confronter soi-même, c’est-à-dire : de se voir pleinement, sans jugement, sans étiquette, sans commentaire, juste voir, accueillir, accepter, accompagner.

Dans une perspective systémique, accompagner l’autre, c’est d’abord s’accompagner soi-même, sinon ce n’est qu’un jeu de rôle où on fait semblant mais où personne n’accompagne personne finalement.