Une naissance sans violence, un accouchement dans la douceur et sans la douleur, accompagnée par un coach accoucheur, tout le monde en rêve peut-être…

 

Accompagner et pas guider

 

Quand l’équipe accouche d’elle-même…

Toutefois, dans la vie, cela se passe parfois autrement. La réalité est peut-être même fondamentalement différente par nature :

  • même si la mère bénéficie d’une péridurale, qui amoindrit l’intensité des sensations, le processus physiologique est tout de même là dans toute l’intensité qui caractérise la vie,
  • même si on l’accueille avec tendresse, le bébé passe tout de même brutalement en 1 seconde d’un état dépendant et protégé (durant toute la durée de sa gestation) au statut d’individu, fragile, exposé, lancé sur les chemins de l’autonomie.

Trêve de cette métaphore d’accouchement et de naissance, l’accompagnement d’une équipe demande du tact, du savoir faire, et les nerfs bien accrochés.

Quand l’équipe accouche d’elle-même au travers par exemple d’une prise de conscience nouvelle, de l’élaboration d’un plan stratégique ou d’une vision à 3 ans (et quand on parle d’accouchement de soi-même, on ne parle pas d’un exercice intellectuel consistant à pondre des slides pour dire qu’on a dorénavant une vision ou des valeurs, que l’on affiche mais que l’on ne pratique pas), ce qu’elle invente est aussi fort et fragile que peut l’être un bébé. Et l’équipe est aussi fatiguée, éprouvée et heureuse que l’est une jeune maman…

 

Prendre soin de l’équipe qui accouche d’elle-même

 

Parfois, cela se passe bien, et tout le monde est très heureux. Et puis des fois, il faut s’y reprendre à plusieurs fois (l’équipe a des contractions ?). Et puis il y a aussi des fausses couches… Bref, la vie du coach accoucheur n’est pas tout-à-fait cool, même si elle est vivifiante et fondamentalement positive.

Une équipe, est un être vivant

L’équipe est une matrice qui crée en permanence, et ce qu’elle crée en permanence : c’est elle-même ! Les individus soutiennent le groupe, qui à son tour porte les individus. L’équipe est changeante par nature, même si elle est parfois très résistante à certains changements. Elle met du temps à trouver un équilibre, par de savants réglages qui s’opèrent inconsciemment. Et puis soudain, l’environnement change et il faut s’y adapter. Là commencent les difficultés : parce que si la tête a décidé qu’il fallait changer, le coeur et le corps ne sont pas forcément d’accord, ou pas prêts tout de suite.

L’intelligence collective qui s’est développée en inventant un équilibre stable, va maintenant résister à la remise en question de ce même équilibre qui dorénavant la fonde. Le système est tiraillé entre sa tête et ses jambes (qui ne représentent pas forcément le manager et les équipiers, mais plutôt : sa bonne intention et son inertie naturelle). La stabilité a été construite, elle est en soi un résultat, une victoire. Mais quand il faut bouger, cette bonne stabilité peut se transformer en inertie.

Il faut alors changer de logiciel pendant que la machine tourne. Pas facile… En fait, c’est même pire que ça : le logiciel central (l’OS) doit se changer lui-même ! Pas évident…

Même pour des petites choses, c’est très difficile.

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Conduire une formule 1 ou  un autobus ?

Déjà quand vous êtes tout seul à décider, un changement n’est pas toujours simple. Alors, quand on est plusieurs, les décisions sont encore plus laborieuses. Tout seul vous conduisez une formule 1, à plusieurs, vous conduisez un autobus ! On ne négocie pas les virages à la même vitesse… Et parfois les individus au sein de l’équipe, et tout particulièrement le manager, s’impatientent du temps que prend l’équipe à se transformer. Le coach accoucheur aussi voudrait bien que les choses aillent vite, mais il y a des temps incompressibles : une simple prise de conscience ou décision n’est pas suffisante. Pour qu’il y ait adhésion, il faut un engagement émotionnel suivi d’une mise en mouvement. Et, cela prend… un certain temps. Il faut réunir certaines conditions, y apporter du soin.

Ensuite, quand l’équipe est lancée, il faut du rythme, des encouragements, des victoires rapides, des pauses, des évaluations intermédiaires, des réglages au fil de l’eau, du management de proximité. Et tôt ou tard surviennent des petites crises, qui nécessitent des ajustements, des recadrages, des régulations, etc… C’est toute une aventure,  qu’un coach accoucheur accompagne dans la durée.

Ce rapport au temps et au rythme est essentiel dans le coaching d’équipe. Prenons un exemple…

 

Doubles contraintes inconscientes

 

Pas facile d’échapper à la double contrainte

 

Une équipe ressent le besoin de faire une pause pour souffler un peu. Elle sort d’un travail sur elle-même de 2 ans, et avant de se lancer dans une nouvelle phase de son développement, elle aspire légitimement et naturellement à un temps de respiration, pour mieux se retrouver, se rassembler.

Parfait.

Son manager indique donc qu’il souhaite organiser une journée “fun” en groupe, sans objectifs, qui serait précédée par une journée accompagnée par un consultant, pour consolider en groupe une sorte de photo à date, un arrêt sur image, pour faire une sorte de bilan tous ensemble du chemin parcouru. Mais il ne souhaite pas qu’on se projette trop vite sur l’avenir. C’est une respiration et il ne faut pas brusquer les choses, il souhaite juste qu’on se pose un instant, avant de reprendre la route.

Parfait.

Globalement, le séminaire se passe bien, l’équipe a vécu un bilan de fonctionnement très riche le matin, faisant émerger une dizaine de points d’amélioration possibles. L’après-midi a été consacrée à un jeu sympathique, suivi d’un atelier world café qui a donné lieu à des débats de fond utiles et appréciés, puis a débouché sur des axes de progrès unaniment reconnus comme nécessaires. Et là, en fin de journée, quand on en vient à se répartir quelques actions pour les transformer en décisions, l’équipe se met au point mort, personne ne se décide, personne ne se propose comme chef de projet pour prendre en mains les actions… Embarras. Pourtant la situation ne semble pas trop géner le groupe, qui vit le reste de son séminaire sans problème. C’est le manager qui devra obtenir des noms de chefs de projet, un peu aux forceps, indiquant fermement son cadre : “nous ne quitterons pas ce séminaire avant que des volontaires parmi nous prennent en charge les actions”. Du coup, la situation se dégrippe un peu plus tard, quand il repose la question avec insistance : des personnes finissent par se désigner. Ouf !…

Selon le client, la journée a été réussie. Mais il trouve cependant que les débats ont parfois manqué de profondeur, et qu’on est resté sur certains non-dits. De plus, il aimerait comprendre ce qui s’est passé lors du tour de table où personne ne proposait sa candidature pour porter des points pourtant choisis librement par le groupe. Il aimerait évidemment optimiser cet aspect du fonctionnement d’équipe, qui traduit bien quelque chose à améliorer.

Serait-il possible déjà que cela confirme le besoin d’un bilan de focntionnement plus régulier ? Serait-il possible aussi que cette équipe ne puisse pas (pour le moment) prendre le temps de respirer tout en se dépêchant de se projeter en avant ? Aurait-elle profit à s’interroger sur ses rythmes, avant même de se reprocher d’être lente à se décider ?

Coaching d’équipe et respiration collective

Selon le coach accoucheur, la journée de respiration a d’abord servi à respirer. Elle n’était pas sensée produire un plan d’actions ! Mais en jouant volontiers le jeu de respirer, l’équipe s’est donnée la permission de mettre en évidence un phénomène qu’elle vit au quotidien (je n’ose pas dire : un symptôme, parce que cette équipe est plutôt en bonne santé) : on a du mal à décider ensemble, et ensuite on a du mal à mettre en oeuvre les décisions d’une manière alignée.

Voici un exemple d’une équipe qui veut provisoirement assumer une étape de stabilité, pour mieux prendre son élan et aller ensuite de l’avant, mais qui se piège elle-même en voulant se projeter trop tôt dans un plan d’actions, même modeste. Prise dans la double contrainte, elle se fige aussitôt. Et elle souffre de se voir au miroir dans une situation d’inertie, qui lui rappelle d’autres situations du quotidien.

C’est là que s’arrête la journée d’animation et que peut commencer le coaching d’équipe (lequel a déjà commencé en fait… Cf. “le coaching commence toujours avant le coaching”). La prochaine étape pourrait être de s’interroger sur des notions telles que : sérieux, sécurité, prudence, perplexité, inertie, résistance passive, rebellion silencieuse (et involontaire ?). Mais pour l’aborder de façon positive et non culpabilisante, on pourrait formuler la question suivante : “Quand vous êtes à l’arrêt, ayant de la peine à vous engager individuellement, déjà bien chargés que vous êtes tous, que se passe-t-il chez chacun d’entre vous ? Que pourrait-il se produire de très positif et qui permettrait que vous puissiez vous mettre  spontanément en mouvement ? Qu’est-ce que cela rendrait possible pour vous, si chacun d’entre vous disait d’emblée :”je ne suis peut-être pas le mieux qualifié pour prendre cette action, mais je positionne déjà que si personne ne se propose, je serai volontaire par défaut” ? etc…

Laissons au coach accoucheur le soin de co-inventer ces bonnes questions avec son client collectif.

Et soyons bien certains qu’il y a sûrement plusieurs chemins possibles pour aller de l’avant dans cette situation…

 

06.10.56.14.96 Plusieurs chemins pour sortir de la double contrainte ?