Belle rencontre
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L’autre jour, j’ai fait une belle rencontre. Allant en voiture à un rendez-vous, je tombe en panne d’essence. Je ne suis pas habitué à cette nouvelle voiture et je me suis laissé surprendre. Par chance j’ai pu m’arrêter sur le bas côté de la nationale : juste au moment où j’en ai eu besoin, il y avait une place prévue à cet effet sur le bas côté.

En descendant, j’aperçois un autochtone, qui s’affaire près de sa propre voiture dans un parking d’entreprise, à une trentaine de mètres au loin de l’autre côté d’un grillage. Faisant mine de m’approcher, je hèle cette personne, lui demandant si elle sait où se trouverait une station essence…

« Vous avez de la chance, me répond le brave homme, il y en a un supermarché à 3 minutes à pied, vous y trouverez à la fois un jerry can et de l’essence »

Sur ce j’engage la marche imprévue, tout en prévenant mon rendez-vous que je serai sérieusement en retard. Mon interlocuteur en profite pour me dire que de toutes façons il avait une contrainte de dernière minute et n’aurait eu que 45′ pour déjeuner avec moi… (Cool, moi qui faisais 2 heures de route aller et pareil au retour pour lui faire plaisir).  Le mieux serait de remettre le rendez-vous me propose-t-il. J’en conviens et lui promet bien de lui proposer une nouvelle date dès que possible, tout en pensant en mon for intérieur qu’à ce sujet rien ne presse, puisque 45 minutes lui suffisaient, c’est qu’on n’avait apparemment pas grand chose de bien capital à partager lors de ce déjeuner… Et je vais gaillardement à la station essence que j’aperçois, réalisant que cet incident m’a peut-être finalement fait gagner du temps !

Je trouve un bidon rouge au super marché, qui n’était pas encore fermé, je le remplis consciencieusement du sang de notre planète (le pétrole !  Il n’y en a presque plus… « après nous le déluge ! »), lorsque je vois arriver le monsieur qui m’avait renseigné, lequel venait me rejoindre avec des bidons vides qu’entre temps il avait collectés pour moi à son bureau. Le gars, sympa, me propose de me raccompagner à ma voiture plutôt que de me laisser repartir à pied, les bidons pleins à chaque bras. Chemin faisant, je me montre donc aimable et reconnaissant par un brin de conversation (j’ai horreur de cela d’ordinaire, mais là je me sens tout de même un peu obligé de faire une exception).

  • « C’est sympa de votre part d’être venu à mon secours avec ces bidons, à quelques minutes près, le super marché aurait pu être fermé. Et puis vous me faites gagner de précieuses minutes en me raccompagnant… »
  • « J’essaie de faire aux autres, ce que j’aimerais qu’ils fassent pour moi dans un cas comme celui-là, c’est tout »
  • « Ah ? Et vous êtes toujours comme ça, ou cela tient à des convictions religieuses ? C’est sympa en tous cas. Merci »
  • « Oh vous savez, nous vivons dans un monde très dur. Alors si je peux à ma mesure, le rendre un peu plus agréable… « 
  • « Dans ce cas, je vous remercie doublement : d’abord pour le service, et d’autre part pour le témoignage de votre engagement, qui me touche… Vous travaillez par ici apparemment ? »
  • « Oui je suis commercial et je vends des machines agricoles. »
  •  » Ce doit être intéressant. Quelles satisfactions y trouvez-vous ? » (je commence à faire mon coach…)
  • « Oh ça se vend tout seul, et puis j’aime bien conseiller les gens. Vous savez j’aime tellement le contact, que le week-end je vends des poissons sur les marchés, en plus de mon boulot de la semaine »
  • « Ah bon ? Mais qu’est-ce qui vous motive à faire ça : votre père tient un stand de poissonnerie ?… »
  • « (Rires) non, mais j’adore vendre sur les marchés. Cela me rend heureux. « 
  • « Moi aussi j’aime mon travail, mais de là à m’en remettre une couche le week-end… ! »
  • « Au lieu de me fatiguer, travailler me fait plaisir ! Je le fais parce que cela me recharge d’énergie après la semaine de boulot… »
  • … (suite de la conversation, rapide puisque nous n’avions que quelques instants de trajet)

L’homme m’a déposé à la voiture, vérifié qu’elle redémarrait après remplissage du réservoir, se tenant prêt à m’aider à réamorcer la pompe du circuit d’alimentation le cas échéant. Puis il est reparti, après que je lui ai remis ma carte, lui offrant pour le remercier de me rappeler s’il avait un jour besoin de prendre une décision difficile ou de réfléchir aux meilleures façons d’atteindre rapidement un objectif ambitieux.

Moralité mineure : Fais plus attention aux détails logistiques. Et en particulier, n’oublie pas de mettre de l’essence dans ta voiture !

Moralité plus intéressante : Même quand je suis distrait et m’expose par voie de conséquences à certaines déconvenues, j’ai encore de la chance :

  • J’économise un déjeuner qui n’en valait probablement pas la peine cette fois-ci, étant donné le créneau trop étroit qui m’attendait.
  • Je trouve une bonne âme pour me secourir, même quand je commets une erreur d’attention.
  • On croit parfois que le monde est rempli de malveillants dont il faut se méfier. Mais j’ai plutôt fait l’expérience qu’il existe des types bien qui guettent dans l’ombre pour jaillir au moment où on ne s’y attend pas pour nous porter assistance !
  • La conversation avec un inconnu m’a intéressée (moi qui suis plutôt « sauvage » et préfère mes propres pensées aux conversations avec mes voisins). Et le témoignage m’a plu : « en voila un qui aime le poisson ! » Euh, non, je me suis trompé : « En voilà un qui aime son travail au point de se recharger en travaillant »… Et moi, comment l’exercice de ma profession pourrait-il me recharger ?
  • Le témoignage positif de cet homme et son exemple m’ont certainement fait plus de bien que s’il m’avait raconté tout ses malheurs (qu’il a certainement comme tout le monde, par ailleurs).
Cette belle rencontre qui témoigne de l’état d’esprit positif d’un inconnu généreux, m’inspire aussi une méditation sur la chance :
Parfois, la chance tourne et on se retrouve dans une mauvaise passe (microscopique en l’occurrence) : Pas la peine de se lamenter ou pire : de se culpabiliser en s’attribuant une trop grande part de responsabilité dans les évènements. Il est bien préférable de se concentrer sur le positif du négatif, c’est-à-dire les bons côtés de la mésaventure. On peut aussi voir de quoi la mésaventure est pet-être une opportunité…