Responsable de soi-même : un art de vivre le management
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Se tenir responsable de soi-même est la première des 8 qualités d’être d’un manager (et a fortiori d’un leader), qui occupe la fonction du patron qui décide.

Par principe de cohérence et d’alignement personnel, il faut qu’il sache déjà décider pour lui-même, en étant l’auteur de sa propre vie. C’est là une possibilité, qui s’offre à chacun et relève d’une décision individuelle.

Ainsi : liberté, responsabilité et décision sont-ils les 3 éléments d’un triptyque indissociable.

(On ne peut pas être responsable si on n’a pas de marge de manoeuvre, c’est-à-dire une part de liberté. Et on n’est pas libre si on ne peut pas décider).

Dans cet article, nous évoquerons liberté, responsabilité et décision dans le management, ainsi que leur application à la notion d’instant présent.

Se tenir responsable de soi-même

Si l’on souhaite être libre, ne serait-il pas logique d’assumer d’abord la responsabilité de soi-même, plutôt que de se placer soi-même en dépendance par rapport aux autres et aux évènements extérieurs, par peur de ne pas être à la hauteur et de ne pas y arriver seul ?

  • On ne se sent pas libre, quand on se croit vide à l’intérieur et qu’on croit avoir besoin du plein qui serait à l’extérieur, pour se remplir à l’intérieur. Dans ce cas, depuis cette croyance erronée, une forme de dépendance structurelle et métaphysique va surdéterminer tous nos actes de management.
  • A l’inverse, si on est en contact intime avec le plein intérieur (et il s’agit là d’une expérience et non pas d’une autre croyance), ce plein rayonne vers l’extérieur et peut éventuellement nourrir les autres, sans que cela devienne un objectif. Ce serait plutôt un effet constaté, (et pourquoi pas : apprécié) mais non recherché. Voyez l’image du soleil, il brille parce que c’est sa nature. Il ne le fait pas POUR faire plaisir aux gens qui ont mis sur leur peau de l’huile pour bronzer ! S’il n’y a personne sur les plages ou quand il y a des nuages ou quand c’est la nuit, le soleil brille toujours. C’est un symbole immense d’une joie de vivre qui explose en permanence et bombarde tout le système solaire de photons, sans attente de retour, sans projet, sans  intention même.

 

responsable de sa liberté

Compter avec…

L’idée ici est donc de compter d’abord sur soi, pour compter encore mieux avec les autres. La nuance est très importante entre « compter sur » et « compter avec » :

  • « Compter sur » est l’expression d’une dépendance, d’une subordination, d’une attente, d’un espoir. Cette posture ne peut qu’entrainer tôt ou tard la déception, la frustration, le reproche et la plainte…
  • « Compter avec » est l’expression d’une inter-dépendance, d’une alliance, d’une parité dans la relation. Cela repose sur une autonomie des deux parties, et d’une gratuité de l’échange, sans attente et sans reproche.

Ainsi, avant de compter avec les autres, un manager responsable de sa liberté comptera d’abord sur lui-même, justement pour entrainer les autres dans la danse de l’excellence, à partir de son propre engagement. Il donnera ainsi le bon exemple. Capitalisant sur l’effet de modélisation, il montrera aux autres ce qu’il ‘apprécierait chez eux : qu’ils en fassent autant, qu’ils se prennent en charge eux-mêmes, qu’ils prennent des initiatives concertées, qu’ils soient un peu audacieux, entreprenants, qu’ils aient quelques idées et le minimum d’énergie en eux mêmes pour puiser l’élan de commencer à les mettre en oeuvre par eux-mêmes…

A l’inverse, si un manager compte d’abord sur les autres, il induira auprès de ses collaborateurs qu’ils fassent de même. Chacun espérera alors se faire un peu porter par le groupe, et tous s’exposeront certainement à être bien déçus au final !

Tout en déléguant et en s’entourant des meilleures compétences, le manager se tiendra surtout responsable de sa liberté, de sa propre responsabilité. Si le manager compte d’abord sur lui-même, il s’appuiera sur son propre centre, sa « marque de fabrique » (ce qui mobilisera spontanément ses ressources, internes et externes) pour « rayonner » à l’extérieur, et incitera par là même les autres à faire la même chose à ses côtés. Les autres ne vont pas le faire « derrière lui » à sa suite comme pour l’imiter. Ils le feront parce que c’est aussi leur nature. Ils le font parce que c’est également leur vocation, ils le font pour la joie d’être, par amour du métier, sans attente de reconnaissance. Ou alors ce sont des enfants à qui il faut remonter la clé dans le dos périodiquement, qu’il faut disputer quand ils lâchent l’affaire avant l’heure de la récréation, et à qui il faut donner un bon point quand ils ont été sages, c’est-à-dire soumis… Quelle horreur ! Quelle caricature ! Qui a envie de ça ? Si c’est ça le management, autant être « instituteur » avec des enfants. Au moins cette posture sera-t-elle justifiée par le contexte et le poids de l’institution.

Utopie ?

On dira peut-être qu’il s’agit là d’une utopie. Mais si cela fait plaisir aux gens de s’enliser dans un système pervers de dépendance, où on porte les autres, tout en les disputant de ne pas se prendre en charge, leur fixant des objectifs et leur reprochant de ne pas les atteindre… qu’ils s’adonnent donc toute leur vie de malheur à cette utopie là : ils en reviendront parce que cela ne marche pas !

On peut aussi discuter toute la vie de ce qui est pourtant évident, et qui fait ses preuves partout où les choses se passent bien, en le qualifiant d’utopie. Moi cela ne m’intéresse pas de « discuter ». Je vous propose un principe, vous y réfléchissez si vous voulez, et si cela vous inspire, tant mieux pour vous. Si, en revanche, cette proposition ne vous convient pas et vous lui préférez une autre vision de la vie, c’est OK (du moins pour moi).

Discuter est parfaitement improductif. Discuter, signifie étymologiquement; prendre de l’écart en frappant (dis = écart, et cutere = frapper). A quoi bon frapper et à quoi bon rester à l’écart, quand une proposition d’ouverture et de changement se présente ? Ne serait-il pas intéressant de la considérer et de voir en quoi elle apporte du nouveau, plutôt que de se concentrer sur ce en quoi elle n’est pas conforme au précédent cadre de référence ? C’est peut-être là une chance qui se présente de s’ouvrir à une perspective infiniment plus vaste, qui permet de vivre plus léger, en étant à la fois beaucoup plus responsable et beaucoup plus engagé dans des relations authentiques

Je vais donc poursuivre mon propos, en vous souhaitant d’y prendre autant d’intérêt et de plaisir, que j’en ai à disposer ces idées devant vous…

 

Responsable de sa liberté est une posture non duelle

  • Au lieu de se croire séparé des autres et de « lutter contre », se tenir pour responsable de sa liberté, c’est opter pour une compréhension globale et systémique de la vie et de l’équipe, grâce à laquelle on peut influencer de l’intérieur son environnement de façon pérenne et profonde. En se reconnaissant comme une partie de ce tout indivisible, on commence par se transformer soi-même en s’alignant sur le résultat visé, pour déclencher le mouvement naturel de la dynamique collective
  • Tout en veillant à sélectionner et nettoyer ses propres filtres, un leader authentique s’applique à aider son équipe à ne cultiver que les boucles de croyances les plus pertinentes, au lieu de se laisser porter par le poids des habitudes…
  • Sans se soucier du regard des autres, une des qualités d’être d’un manager est d’oser prendre des risques, prendre des décisions, et en assumer les conséquences. Ne pas attendre que les autres approuvent, ou donnent leur assentiment pour amorcer le mouvement. Ce sera la meilleure des démonstrations qui entraînera les autres à la suite, si c’est probant. Dans le cas inverse, il suffira de reconnaître l’erreur et changer d’orientation. Un bon leader tente de nouvelles choses, pour progresser et faire progresser. Il ne stagne pas dans la routine. La vie est alors toujours nouvelle, toujours passionnante, même la routine est renouvelée à chaque instant.

Grâce à un tel management, responsable de sa liberté, chacun sera donc entraîné dans un mouvement collectif de coopération où tous prendront d’abord leurs responsabilités individuelles. Chacun apportera sa contribution en étant soi-même, naturellement, et pas pour faire plaisir à un grand papou, avec des galons sur les épaules et des plumes sur la tête.

 

responsable de sa liberté

Finalement, être responsable de soi-même revient à « voyager léger », sans attente vis-à-vis d’autrui. C’est à cette condition que l’on peut être vraiment disponible pour le chemin à parcourir, pleinement engagé dans l’action, et que l’on obtiendra les meilleurs effets sur la dynamique d’équipe.

Oser remettre en question ses boucles de croyances

La lecture de notre environnement se fait à partir de nos paradigmes, qui sélectionnent et filtrent nos perceptions du monde qui nous entoure, afin de construire une réalité connue, dans laquelle la mémoire sait se repérer. Fonctionnant comme une paire de lunettes entre notre cerveau et nos yeux, ces paradigmes sont forgés par tout notre héritage : notre culture, les courants politiques ou philosophiques de notre époque, notre éducation, notre religion, nos expériences, nos systèmes de valeurs et de règles…

Tout cet ensemble de croyances relatives définissent notre « cadre de référence », dont nous ne sommes pas conscients et que nous prenons à tort pour le réel lui-même.

Un manager, qui souhaite être responsable de sa liberté, gagnera beaucoup à comprendre cela, afin de bien nettoyer ses propres « lunettes » et pouvoir ensuite aider son équipe à sélectionner parmi ses boucles de croyances celles qu’il faut privilégier, parce qu’elles participent à la réussite, et celles qu’il faut remiser, parce qu’elles inhibent les élans créatifs et les initiatives.

Au-delà des contraintes externes, qu’on ne peut pas toujours repousser, cette démarche de discrimination sélective au sein de nos croyances internes procède d’une liberté intérieure, sans laquelle nous risquons fort de stagner, de « tourner en rond » et de ne « voir » dans le réel que ce qui nous permet de nous auto-confirmer dans nos points de départ.

 

Exemple d’application pratique

Alignement personnel et exemplarité.

Un manager commencera toujours par s’aligner lui-même intérieurement avec ce qu’il souhaite obtenir de l’extérieur, pour influencer son environnement dans le sens de son désir.

C’est ainsi qu’il s’appliquera à donner l’exemple des comportements qu’il souhaite encourager, en modélisant le résultat visé au sein même de ses relations avec les autres.

Par exemple, au lieu d’expliquer à une personne stressée, qu’elle doit se détendre, un manager efficace commencera par se détendre lui-même, dans l’ici et maintenant, veillant à respirer profondément avant même de prononcer une éventuelle parole. De la même façon, sa réaction face à une personne méfiante ne sera pas de se méfier à son tour (ce qui encouragerait cette dernière à faire encore plus de la même chose), mais au contraire de donner davantage sa confiance.

Face à une personne qui a peur, un manager cohérent ne cherchera pas d’abord à la rassurer, mais se connectera surtout avec sa confiance propre, sachant qu’elle touchera l’interlocuteur plus profondément que des paroles ou des actes.

 

Questions pour vous aider

… Si vous souhaitez aider un collaborateur à enrichir son point de vue, à ouvrir son cadre de référence, et élargir sa vision d’un problème :

  • Et si, plutôt que d’être déçu par les autres, tu n’avais en fait besoin de personne : avec quelles autres personnes autonomes et positives comme toi, aimerais-tu partager ce qu’il y a de meilleur en toi, sans rien attendre en échange ?
  • A quelle nouvelle expérience aimerais-tu t’ouvrir ? Comment pourrais-tu créer cela dans ta vie actuelle ?
  • Si vous ne disiez pas : « est-ce possible, oui ou non », mais « comment l’envisager pour le rendre possible », quels débuts de réponse vous viendraient à l’esprit tout de suite ?
  • Pour gagner plus dès maintenant, que devrais-tu accepter peut-être de lâcher tout de suite ? Que pourrais-tu laisser de côté pour te concentrer sur ce qui compte le plus à tes yeux ?
  • Plutôt que de savoir qui a raison ou tort dans cette affaire, que t’apporterait de chercher honnêtement en quoi cette personne a raison, et comment cela enrichit ta propre vérité ?
  • Que pourrais-tu changer toi-même, pour modéliser dans cette relation le principe que tu souhaites encourager ?

 

Tout se joue toujours : ici et maintenant !

On ne sera jamais présent que : « maintenant ».

Par construction, reporter à plus tard le bonheur simple d’ « être en vie maintenant » est à chaque fois une nouvelle défaite, puisque lorsque « plus tard » arrivera, il sera encore vécu comme « un autre maintenant », sujet à un nouveau report …
Etre heureux est donc une décision qui se prend toujours : maintenant.

Et c’est donc toujours maintenant le meilleur moment pour apprécier l’instant présent.

Abordons le rapport que chacun d’entre nous entretient avec le temps, en proposant une façon de s’ancrer et de se gérer soi-même dans le présent (plutôt que de chercher à « gérer son temps »), pour y puiser le plaisir, la vitalité, l’énergie et la disponibilité indispensables au manager d’équipe.

Voir ces articles au sujet de l’énergie, et de la disponibilité :

Si vous avez poursuivi votre lecture jusqu’ici, c’est que vous avez déjà compris que le jeu est de partager des angles de vue différents qui ouvrent de nouvelles perspectives.

Une fois encore, amusons-nous, en envisageant quelques points de vue de bon sens, susceptibles de renverser utilement les habitudes :

  • Apprécier tout de suite ce qui est présent, plutôt que de courir en avant, chercher tout là-bas ce qui est sous nos pieds…
  • Chaque instant est toujours le meilleur moment… par exemple pour faire levier sur l’équipe et son contexte
  • Et cet instant présent est le siège d’une vitalité étonnante
  • Ne faire qu’une chose à la fois, fait gagner beaucoup plus de temps que de tout faire simultanément
  • Une bonne manière de gérer son temps est de se laisser gérer par ce qui se présente (si, si… nous osons aller jusque là !)

L’instant présent est toujours le meilleur moment…

« Ne reporte pas au lendemain ce que tu peux faire aujourd’hui » … Nous nous rappelons tous de ce fameux adage plein de bon sens.

Et soyons honnêtes avec nous-mêmes, ce que nous reportons est souvent ce qui nous pèse, ce qui est compliqué, ce que nous n’osons pas faire par peur d’une conséquence néfaste, …

Nous faisons alors le vœu pieu que la situation se simplifiera, se résoudra d’elle-même. C’est faire un pari risqué sur l’avenir…

Combien de fois avons-nous expérimenté que le plus difficile, le plus pesant et finalement le plus consommateur d’énergie est la période pendant laquelle nous reportons sans cesse cette discussion qu’il faudrait avoir, ce rapport qu’il faudrait rédiger, ce livre qu’il faudrait lire, ce bureau qu’il faudrait ranger, …

Il en est de même avec l’équipe. Il est souvent plus « économique » de traiter les évènements relativement à chaud, après un minimum de recul. Ce serait ainsi toujours le meilleur moment pour faire levier sur elle et tout son contexte.

Certes, comme il y a des saisons plus propices à certaines actions, certains actes ont plus de portée s’ils sont conduits à certains instants. Toutefois, comme tout est disponible dans le présent, il est possible, à partir d’ici et maintenant, d’utiliser le passé et d’influencer l’avenir positivement  :

  • on peut éclairer le présent en tirant (positivement) les leçons du passé et ainsi lui donner du sens, en peaufinant nos actions et en conscientisant maintenant ce qui était inconscient précédemment.
  • on peut également préparer l’avenir, et l’orienter positivement par les actes, les paroles et la pensée actuels. Il s’agirait en quelque sorte de charger l’avenir positivement, en concentrant une projection favorable, dès maintenant.

Vu comme cela, depuis un état d’esprit positif, il n’y a donc pas d’instants mineurs, puisque chacun d’entre eux est le centre de l’expérience à vivre, maintenant. Cette perception confère à chaque instant un pouvoir considérable (illimité même, diraient les idéalistes). Il n’est donc jamais trop tard, il n’y a donc jamais à renoncer, et il n’est pas pertinent de laisser le découragement nous gagner. Toutefois, de façon pragmatique, on peut toujours choisir quelle action privilégier en comprenant ce à quoi chaque situation nous invite en priorité. On peut aussi « raisonnablement » planifier une action sensible au moment où nous serons moins confus ou plus en forme pour la conduire… Etre responsable de sa liberté, c’est accepter que les choses se présentent comme elles viennent, et de faire avec, plutôt que de vouloir faire « sans » ou « contre ». Il ne s’agit pas là de résignation et de fatalisme, mais de pragmatisme. en acceptant que les choses soient ce qu’elles sont, on a l’opportunité d’entrer en relation, et donc d’influence, et de faire changer, par effet de vases communicants, par effet de capillarité.

L’instant présent est le siège de la vitalité

Dans la lignée de ce qui précède, nous pensons également que c’est toujours le meilleur moment pour éprouver la vitalité qui nous traverse. Se concentrer sur les sensations de vie qui parcourent notre corps, est un recours toujours possible, qui donne de l’élan vital, en nous reliant à nos racines énergétiques. C’est cela qui nous donne envie de croquer dans la pomme à pleines dents, avec un dynamisme communicatif.

La force de vie se puise dans l’instant présent, en étant simplement présent à la vie (laquelle est toujours présente).

Même au travers de la fatigue, de la maladie et à l’approche de la mort, la vie est là, et sa force est présente, à condition qu’on ne lui tourne pas le dos, par négligence ou par défaitisme.

Mais la vie fait parfois peur, peut-être parce que ses changements permanents font remonter à la surface ce que nous avions enfoui au fond. Il arrive alors que nous préférions nous réfugier très haut dans notre tête, pour éviter le présent à force de penser au passé et à l’avenir…

Une bonne discipline énergétique pour être toujours en prise avec la source de la vitalité serait donc de ne cultiver aucune anticipation par rapport à l’avenir, et pas non plus de regret par rapport au passé : être simplement concentré dans ce qu’on fait … maintenant ! Cela suppose de se recentrer plutôt dans les sensations corporelles, pour habiter cet espace, au lieu de « ressasser des pensées toxiques ».

Si on souhaite être responsable de sa liberté, c’est dans le présent quelle se trouve, pas dans la tête, mais dans le corps, au sein même de la limite et de la contrainte.

Reconnaissons que la vie n’est pas avare de paradoxes et d’humour !

Une seule chose à la fois, pleinement

Si nous sommes concentrés sur ce que nous faisons dans l’instant et sur ce qui émane de notre « présence » au travers de cette activité, il n’y a plus de place dans notre tête pour nous projeter dans le futur ou dans le passé, et nous stresser à cause de l’illusion de manque de temps ! Il nous arrive d’ailleurs à tous de vivre parfois des situations, où nous sommes tellement pris par ce que nous faisons, que nous en perdons la notion du temps. Dans ce cas, peu importe la fatigue et le reste du monde, nous sommes à la fois absorbés et nourris par ce que nous faisons.

A l’inverse, il nous arrive de passer des journées à toucher à tout, sans rien mener à son terme, et de finir ces journées avec un sentiment de frustration.

Finalement, serait-ce tellement utopiste de se dire que tout ce qu’il y a à faire pour résoudre les « impressions » de manque de temps, c’est de s’engager, complètement, dans la concentration sur l’instant présent ?

Mobiliser toute son attention sur la tâche actuelle, la faire complètement, et quand c’est fini : ne plus avoir à y revenir (même si le résultat n’est pas « parfait », c’est ce que j’y ai exprimé et cela suffit)… A chaque pas, laisser le passé en arrière et le futur en avant, ne se concentrant que sur le présent… Se concentrer sur des petits pas, faciles à réaliser, en y mettant toute son attention, au point qu’il n’y ait presque plus de place pour autre chose.

Sous prétexte qu’il faut toujours être joignable, on laisse toujours son portable allumé, parce qu’il faut se tenir informé, on écoute très souvent « les informations », parce qu’on n’a plus l’habitude de rester tranquille en silence, on met la radio, on feuillette des magazines, on bavarde pour ne rien dire… Tout cela est très bien sans doute, mais il n’est pas mal non plus de savoir s’accorder des pauses, sans dispersion, des vides pleins de soi. Qu’il s’agisse de jardiner, de peindre, de jouer d’un instrument, de marcher en silence, de courir en s’intériorisant dans le souffle, ou de méditer : de nombreuses activités permettent de se recentrer dans une seule chose à la fois.

Même des petites choses comme prendre sa douche, se laver les dents ou faire la vaisselle, peuvent être des occasions de se concentrer sur l’instant. Au lieu de les « faire » machinalement, en pensant à autre chose, il est intéressant d’y « être » présent, totalement. A la fois dans son corps, dans ses sensations, dans l’action, aussi minime soit-elle. En étant ainsi intériorisé, l’impression qu’il n’existe qu’un seul instant qui s’étire, au lieu d’une succession d’instants séparés les uns des autres. Plus de stress, plus de hâte, tout se joue, maintenant. Et après ? Après, on verra… pour l’instant, nous sommes maintenant. Et quand viendra « après », on le vivra aussi comme : « maintenant »…

Essayez, vous verrez : c’est très reposant, et bien plus efficace !

 

Exemple d’application pratique :

Un de nos clients a choisi un jour de réfléchir aux moyens de réduire son temps de travail par deux : comment pourrait-il s’y prendre pour manager sa Business Unit en moitié moins de temps, et que ferait-il de son mi-temps de libre ? 

En laissant délibérément de côté certaines des choses qu’il faisait précédemment lui-même, pour se consacrer à des actions à plus grande valeur ajoutée et davantage génératrices de plaisir, il fut amené à transformer son management, et trouva rapidement le moyen de déléguer beaucoup plus de tâches que prévu. Se maintenir lui-même dans ces activités qui l’engorgeaient et embolisaient tout le fonctionnement de son organisation, avaient aussi le double inconvénient de le retenir en arrière dans des sujets qui ne l’amusaient plus (mais le rassuraient peut-être), et empêchait ses équipes de prendre tout leur pouvoir. L’ensemble du système se maintenait dans un fonctionnement insatisfaisant et infantilisant, dans lequel chacun faisait le travail de ceux du dessous dans la hiérarchie. Cet exercice personnel de délégation systématique, mené dans le cadre d’un Coaching de quelques mois, permit à ce dirigeant de franchir un cap de sa vie professionnelle, qui se transforma radicalement.

Et si à chaque instant, le présent était comme un cadeau (un “présent”), si c’était toujours le meilleur moment pour être vraiment « présent » … qu’est-ce que cela changerait de positif à notre management et à notre perception de la réalité ?

Quelques questions miroir pour finir ?

  • Si tu avais enfin plus de temps, quelles activités à valeur ajoutée pourrais-tu enfin accomplir ? Et si tu faisais en priorité ces activités-là, que devrais-tu laisser de côté ?
  • Combien gagnerais-tu sur l’opérationnel, si tu te donnais les moyens d’y passer moins de temps pour consacrer plus d’énergie à la politique et la stratégie ?
  • Et prenant davantage de recul qu’il n’est souvent possible de le faire dans un entretien professionnel :
    • S’il n’existait que l’instant présent (il n’y aurait plus ni d’avant, ni d’après), que ferais-tu différemment, tout de suite ?
    • Si tu parvenais à ne pas oublier à chaque instant que ta vie est éphémère, que ferais-tu différemment ?