Ce passage de “ma vie pour une étoile” d’Aimé Jacquet met en lumière l’importance de ces moments hors du rythme et des habitudes de la vie de l’équipe, l’importance également de la préparation de ces moments, de l’écoute de l’équipe dans son ensemble. Il illustre aussi à la fin de l’extrait l’importance de faire adhérer les leaders d’opinions.

ma vie pour une étoile

 « 12 juillet 1998. Nous sommes champions du monde. Nous sommes allés au bout de l’aventure, jusqu’à l’étoile qui orne désormais le maillot bleu, entraînant une énorme liesse dans tout le pays.

Cette conquête, j’y ai mis tout mon cœur, toute mon expérience.

Sans être toujours bien compris, ni, plus grave, respecté dans l’exercice de mon métier comme dans ma dignité d’homme. C’est pourquoi j’ai accepté de porter témoignage de tout ce qui avait été fait rigoureusement, professionnellement, de vous emmener à Tignes, à Casablanca, à Helsinki, à Clairefontaine surtout, où s’est bâti ce succès historique. Et de feuilleter avec vous mon désormais célèbre carnet noir. En un mot, de livrer ma vérité, dans ce livre “Ma vie pour une étoile”, celle d’un homme attaché à des notions simples mais fortes comme l’honnêteté, l’humilité, le respect des autres et du travail. »

Ma vie pour une étoile : un des moments clés de la victoire de 1998

« Entre ces deux victoires de l’automne 97, aux sifflets amers, et cette première grande échéance du millésime 98 survient un événement majeur pour la suite des opérations : Le stage de Noel à Tignes […]

Nous allions demander à une trentaine de joueurs, déjà continuellement éloignés de leur foyer en raison de déplacements incessants, de sacrifier la seule semaine de vacances dont ils pourraient disposer entre juillet 97 et juillet 98 […]

Donc, dans mon esprit, ça risquait de coincer. Et, si les garçons venaient à Tignes en traînant les pieds, c’était déjà perdu d’avance. Au lieu des bénéfices escomptés (sur le plan physiologique), nous aurions plutôt à faire le compte des dégâts provoqués sur l’unité et la dynamique du groupe…
Mes craintes n’étaient pas sans fondement, car je me souviens très bien des premières réactions d’un garçon comme Youri Djorkaeff, pourtant prêt à tout pour l’amour du maillot bleu : « Moi je veux bien, mais ce sera quand même la première fois, aussi loin que je me souvienne, que je ne passerai pas Noel avec mes parents, mes grands-parents, mes frères et toute la famille… »

Une fois de plus, Henri (membre du staff) a su balayer mes appréhensions : […] Tu verras, ça se passera bien. Il faut réussir à la perfection le séjour des femmes et des enfants. À partir de là, c’est gagné. Si les gars voient leurs épouses et leurs gamins entourés, chouchoutés, heureux, c’est gagné !
Et  c’est exactement ce qui s’est passé. Nous avons vécu une semaine fa-bu-leuse !

Exactement comme vous en entreprise, quand vous organisez un séminaire, il arrive souvent que cela casse les pieds à quelques membres de votre équipe, de devoir s’organiser pour faire garder les enfants, de s’éloigner un soir de plus de leur conjoint, et même : de passer du temps avec leurs collègues. Il faut donc bien soigner la logistique et l’ambiance !

[…] Le soir du réveillon de Noel fut un moment fort de ce séjour. La fête se prolongea tard dans la nuit. Pour l’occasion, le grand salon de l’hôtel avait été transformé en boîte de nuit, avec Youri dans un rôle de DJ… […] Et de quoi fut-il question en ce soir de Noel, au bar du Montana ? De l’équipe de France, bien sûr. De son évolution, des essais qui s’y poursuivaient, de son environnement, de la tiédeur du public […] Le champagne aidant, on se laisse aller, on lâche une petite réflexion de-ci de-là, qui n’a l’air de rien, mais qui, recoupée avec d’autres, met au jour un doute, un problème sous-jacent.

Ce n’était pas lia catastrophe et il n’y avait pas à proprement parler le feu dans la maison, mais quelques interrogations étaient suffisamment perceptibles pour que je décide d’une réunion des « cadres » du groupe, Deschamps, Blanc, Djorkaeff, Desailly, Thuram, Zidane, le lendemain à 18 heures, dans le bureau du directeur de l’hôtel.
Là, je poussai plus loin que jamais l’explication de mon action passée ou à venir. Je leur dis pourquoi et comment nous approchions lentement mais sûrement de la phase de consolidation.
J’insistais sur la nécessité de plus en plus impérieuse de notre langage interne, de cette complicité sans faille qui devait exister entre nous et qui nous interdisait toute attaque à l’encontre du groupe, tout propos négatif de nature à le déstabiliser. Dans ce climat de scepticisme que certains prenaient un malin plaisir à entretenir autour de la sélection, il appartenait même aux joueurs de positiver leurs discours, de dire haut et fort leur confiance.

[…] Les six joueurs conviés à ce colloque savaient qu’ils faisaient partie de mon noyau dur, que leur place n’était pas menacée, sauf circonstances imprévues ou particulières. Mais ils devaient sentir qu’autour d’eux rien n’était figé. Cela les obligeait à réfléchir.»

A ce stade le coach sportif met dans la confidence sa garde rapprochée, il donne des explications et des éclairages, y compris a posteriori pour donner du sens. Si les leaders comprennent, ils pourront relayer et entretenir le souffle…

Sans les inquiéter, il leur montre que rien n’est figé, que tout peut changer, que rien n’est acquis, que leur rôle est primordial dans la gestion du changement.

Extrait du livre d’Aimé Jacquet : « ma vie pour une étoile », partagé par Bérenger Briteau

LÂCHER PRISE SUR LE RÉSULTAT

PASSER À L’ACTION ?

AGIR DANS L’ÉNERGIE

 

Clés pour motiver une équipe

Ce n’est pas facile de motiver une équipe. Voici donc 8 “clés” pour vous aider :

  1. Osez des relations authentiques. Ne faîtes pas semblant, soyez vous-même, sans chercher à faire la danse du ventre pour plaire et être aimé, reconnu, etc… Laissez ces préoccupations à ceux qui ont du temps à perdre et concentrez-vous sur ce qui crée vraiment de la valeur pour l’équipe et les clients !
  2. Donnez-vous complètement à l’action et lâcher prise sur le résultat ! Oui vous avez bien lu : ne lâchez pas les objectifs mais ne vous occupez que de l’action, en retirant toute pression sur le résultat. Si vous êtes lucide et honnête, vous savez bien que le résultat ne dépend pas de vous. En revanche, l’action ne dépend que de soi !
  3. Valorisez votre équipe quand vous en avez l’occasion, exprimez votre fierté : félicitez, remerciez, soyez généreux en feed-back positif ! C’est votre métier, non ? C’est comme ça que vous ferez le mieux grandir vos équipiers. Cultivez fondamentalement un regard  positif : regardez les accomplissements et les réussites, ainsi que les progrès, au lieu de vous focaliser uniquement sur les problèmes et ce qu’il reste à faire…
  4. Permettez à vos collaborateurs d’être visibles, favorisez leur promotion… N’hésitez pas à céder vos meilleurs éléments, pour leur permettre de créer de la valeur ailleurs dans l’entreprise. Ce seront des alliés au sein de votre réseau, qui vous en seront reconnaissants (parfois pendant toute votre carrière). Et, peu à peu vous serez reconnu pour être un développeur de talents et un gros contributeur de la réussite de l’entreprise, non seulement par les résultats de sa propre équipe, mais aussi par tous les hauts potentiels qu’il a su détecter, former et promouvoir…
  5. Soyez également capable de dire quand cela ne va pas, capable de dire non, capable de recadrer les dérives. Il vaut mieux le faire mal que de ne pas le faire… (voir : reproche ou recadrage). Séparez vous des personnes avec qui le courant ne passe pas. Ne faites pas d’acharnement thérapeutique. Entourez-vous bien, « vous le valez bien »… Quand ce sera un honneur pour vos collègues de faire partie de votre équipe, vous saurez que vous avez réussi à motiver une équipe !
  6. Sachez décider et assumer vos responsabilités. Osez prendre des risques. Réfléchissez le temps qu’il faut avant de prendre des décisions, mais de grâce : prenez-en ! Evaluez votre « performance » au nombre de décisions que vous prenez en une journée, et à chaque réunion. Et évaluez la qualité de ces décisions, ainsi que leur bonne mise en oeuvre. Faites cela et rendez des comptes sur ce point à votre équipe (y compris de vos erreurs). N’ayez pas peur d’être vulnérable (assumez plutôt votre vulnérabilité comme l’expression de votre force intérieure),. Faisant ainsi, vous serez vraiment exemplaire !
  7. Obligez vos collègues à venir vous trouver avec des éléments de solutions. Refusez catégoriquement d’entendre parler de problèmes, si il n’y a pas en face une réflexion sur les moyens d’avancer. Vous ne payez pas vos collaborateurs pour qu’ils vous expliquent pourquoi les objectifs sont inaccessibles mais comment les rendre atteignables. Vous n’êtes pas payé pour recevoir des seaux d’eau sale sur la tête, tandis que les autres se déchargent de leurs problèmes sur vous . Vous êtes payé pour les aider à trouver leurs solutions et à réussir à les mettre en oeuvre, eux-mêmes !
  8. Organisez un séminaire pour faire participer votre équipe à la réflexion stratégique. Consultez votre équipe sur des questions clés en pensant à animer un débat transverse d’une demi-journée une fois par mois.

L’énergie de la réussite

Il y a une forme d’énergie collective qui fait que ça réussit ou pas et que tout s’harmonise plus naturellement ou non (…) Cette énergie, qui résulte en partie de « l’alignement des étoiles », provoque souvent ce rebond favorable.

Par exemple, je peux dire aujourd’hui que le rebond favorable du ballon n’est pas dû au hasard. C’est difficile à expliquer mais pour autant, c’est bien réel.

Quand je disais que ce métier apprenait l’humilité c’est aussi parce que parfois, malgré tous nos efforts, nos compétences et nos expériences, cette énergie ne se produit pas, et j’ai appris à ne pas vouloir la chercher ou la produire absolument. Elle n’est pas là, ok, il faut continuer à travailler, à manager du mieux possible le rationnel, être présent et rassurer (voir à ce sujet : comment lâcher prise sur le résultat ?“)

Le danger, c’est de focaliser sur le manque de cette énergie positive, car tout le monde le ressent, et si l’équipe focalise sur ce qui lui manque, elle va avoir tendance à en chercher les causes et bien souvent les coupables… or, dans ces moments, il est préférable de se focaliser sur tes points d’appuis et sur les choses sur lesquels tu peux agir, il faut juste tenir, travailler sur tes organisations qui vont faire que la performance minimale sera quand même assurée. Il faut accepter la situation, et ce n’est pas se résigner, bien au contraire. Après petit à petit, quand vient le temps, tu peux faire des choix qui favorisent l’expression de chacun. Extrait d’une interview de Fabien Galthié réalisée par Bérenger Briteau 

Viser les étoiles, partager une vision

ma vie pour une étoile

1- Cadrer le périmètre  

Ex : “Quelle sera notre offre dans trois ans ?” Ou bien : “Comment fonctionnerons- nous ensemble dans trois ans, sur un site dont les effectifs auront doublé ?”, ou encore “Quel sera notre business model dans trois ans, après avoir réussi la fusion avec le Société X…?” Selon la question posée, l’orientation n’est pas la même et les résultats n’auront rien à voir les uns avec les autes. D’où l’importance de bien cadrer la question, de bien « poser l’équation »…

2- Visualisez la ligne d’arrivée

Comme dans “ma vie pour une étoile”, faîtes comme Aimé jacquet et imaginez le futur que vous vous choisissez, en partant de vos rêves et de vos désirs les plus forts :

“on se projette dans trois ans et on imagine qu’on ait réalisé des rêves bien alignés avec notre mission, accompli des performances dont on soit vraiment fier parce qu’ils ont un rapport étroit avec notre raison d’être… Décrivons ce que nous voyons, ce qui a changé, ce que nous sommes devenus.”

Réunissez votre équipe, et faîtes leur bâtir la vision qui les attire. Proposez-leur de partir de ce qui leur plaît le plus dans le présent et de le projeter dans l’avenir ! De cette façon, à ce stade de cette réflexion sur vos désirs, vous vous affranchirez des contraintes de moyens, qui risquent de censurer et d’amoindrir la vision (voir : “méthodes de créativité“)

Placez-vous tout de suite sur la ligne d’arrivée, et décrivez ce que vous voyez dans les différents domaines qui ont été cadrés au départ. Pour être bien sûr de ne pas se limiter dans cette projection décisive, 3 approches complémentaires sont intéressantes :

  • Approche « expert » : benchmark des idées de la concurrence + rapport d’étonnement positif
  • Approche « plaisir et fiertés » : partir de ce que nous serions fiers d’avoir accompli, et ce qui nous aura procuré le plus de plaisir
  • Approche « réussites et points forts » : partir de ce que nous savons réussir le mieux et extrapolons comment ce serait si nous réussissions tout de la même manière

Dans une grande équipe, il serait possible de confier ces approches à trois sous-commissions, puis de rapprocher leurs conclusions, afin de bâtir une convergence, prenant en compte la diversité des ces trois points de vue.
Dans une équipe plus réduite, mais en s’y prenant un peu à l’avance, on pourrait choisir de traiter ces trois approches consécutivement, en commençant par les réussites et les points forts actuels, puis en se projetant sur les fiertés et le plaisir possible dans un monde meilleur, et enfin de challenger cette dernière contribution par l’apport d’expériences extérieures.

Un groupe aura toujours bénéfice à illustrer sa projection, en ayant recours aux métaphores.
Exemples :

  • Racontez l’histoire d’un animal ou d’un personnage chimérique, qui illustrerait notre vocation et notre vision
  • Choisissez des photos de magazines qui illustrent les valeurs qui sous- tendent notre vision
  • Imaginez et écrivez l’article valorisant que le Comité de rédaction d’un journal de presse spécialisé dans votre métier rédigerait pour faire partager à ses lecteurs l’enthousiasme qui se dégage de votre vision

Dans tous les cas de figure, on s’attachera à concrétiser la vision partagée, en écrivant un texte de quelques lignes, pour pouvoir en garder une trace et la communiquer. Un travail minutieux de reformulation sera nécessaire pour ne retenir que les formules les plus « pures », c’est-à-dire dont l’impact ne sera entaché d’aucun message parasite.

3- Anticipez les pas suivants

Vous n’obtiendrez pas des résultats en rupture si vous continuez à faire comme précédemment.
Si donc, vous choisissiez de vous bâtir un futur très ambitieux, il faut vous prévoir deux sortes de changements :

  • Changements d’attitudes (donc de croyances collectives)
  • Changements de comportements (donc de façons de faire et de process)

(lire cet article sur préparer un changement)

Comme toujours, plus ce travail sera fait en groupe, plus il favorisera une véritable vision partagée, et aura d’effet d’entraînement.

Ensuite, il faudra assortir cette projection, d’une recherche d’ambitions chiffrées permettant de se choisir des cibles bien nettes à viser.

Exemple : Quelles sont les objectifs à atteindre d’ici 3 ans, pour pouvoir se dire qu’on aura bien avancé vers notre vision ? Quelles sont les réalisations intermédiaires nécessaires pour se mettre en ligne avec les résultats attendus ?

Enfin il y sera temps d’envisager le plan stratégique des moyens qu’on va se donner et des chemins que l’on choisit de tracer pour atteindre nos ambitions.

Entourez-vous des conditions de réussite

  • Se donner du temps et de l’espace : Se mettre au vert ne serait pas une mauvaise formule, consacrant deux jours à ce travail sur un rythme détendu qui favorise la profondeur, dans un cadre en rupture avec l’environnement professionnel habituel
  • Le manager pourra aussi prolonger le travail en équipe par un travail personnel de réalignement de son propre plan de management

ETRE DANS L’INSTANT PRÉSENT…

Tout est mouvement et changement.

Ainsi, pourquoi se faire du souci pour le résultat, alors que la seule chose sur laquelle vous ayez une prise c’est l’action ? Prenez un peu de temps pour projeter une vision partagée, mais ensuite, focalisez-vous sur l’action, à chaque pas (voir : 10 règles  kaizen)

  • Au lieu de vous disperser avec des préoccupations inutiles à propos du résultat sur lequel vous n’avez pas de prise, brûlez donc toute votre énergie dans l’action, sans vous retourner en arrière ni vous projeter sans cesse en avant.
  • Simplement, être là, et faire ce qu’il y a à faire, maintenant.
  • Bien entendu, de temps en temps, on fait une pause et on mesure l’avancement, on se repose la question de la ligne de mire, de la trajectoire, du rythme, et on corrige le tir si nécessaire.
  • Et puis on retourne à l’action, à laquelle on se donne complètement, si bien qu’alors il n’y a aucune place pour une hésitation ou un doute, parce qu’il n’y a pas de pensée à propos de l’action pendant l’action. La pensée c’est avant ou après, mais pas pendant.

Je ne parle pas ici d’une pensée “fonctionnelle”, qui consisterait par exemple à communiquer quand nécessaire au sein même de l’action. Mais vous voyez bien qu’il s’agit là d’une pensée “technique”, une sorte de pensée-action, qui n’a rien à voir avec  des pensées parasites, des rêvasseries, qui procèdent d’un dysfonctionnement mental. Par exemple, on se met à craindre et à ressasser un scénario d’échec, ou bien on s’imagine une dispute et on envisage les réponses que l’on ferait à l’autre, etc… Cela c’est vraiment de l’énergie dispersée en vain.

La vie n’est pas compliquée. C’est nous qui la rendons compliquée à partir de nos interprétations et de nos réactions émotionnelles intempestives et conditionnées par notre passé..

Certes, l’incroyable richesse de la vie nous présente toujours dans chaque situation une infinité de paramètres en jeu. Mais il y a un lien logique et sensible entre tous :

  • C’est le lien de l’instant présent, puisqu’ils s’inscrivent tous “maintenant” dans votre conscience (voir à ce sujet : “S’enraciner dans le présent“)
  • Et puisqu’il s’agit de votre conscience, il s’agit de vous. Et vous êtes donc également vous-même ce lien entre ces éléments épars.

Dès lors, il n’y a plus rien de compliqué. L’unité de la situation c’est “vous-maintenant”. Et il n’y a qu’une seule chose à faire : être présent, totalement vrai, sans intention, sans projet, être là d’une manière naturelle et pleine. C’est tout !