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Voici une demande de coaching sur un problème de procrastination, qui est exprimée de façon très complète.

Cette histoire particulière n’est pas unique. Je sais que beaucoup d’entre vous se reconnaîtront à un paragraphe ou à un autre. C’est donc pour vous que j’écris, pour « mettre à jour », et introduire de la conscience, là où la souffrance se tapit dans les ténèbres…

Chaque parcours de coaching étant spécifique, nous ne décrirons pas celui-ci. Mais nous décrirons la demande et l’analyse qui en est faite succinctement, afin que des personnes dans le même cas, puissent déjà se reconnaître et se sentir moins seules avec ce syndrome.

Reprenez espoir, il y a des solutions. Et ces solutions viendront à vous quand vous serez prêts, comme c’est le cas de la personne, dans notre exemple ci-dessous :

La demande liée au problème de procrastination

  • « J’ai des élans et des envies de tous ordres, comme tout le monde…mais je me disperse et finalement je ne fais souvent pas ce que je décide. Par exemple, je m’achète des livres qui m’intéressent mais je ne prends finalement pas le temps de les lire. Je m’inscris à des séminaires, mais au retour je ne trouve plus l’élan de mettre en pratique ce que j’y ai appris. Cela m’a pourtant plu et je sais que cela me ferait du bien. Mais je suis pris d’une sorte d’inertie passive…

  • « Mon problème de procrastination, ce n’est pas que je ne travaille pas ou que je reporte, par paresse ou manque de volonté. Parce que je sais me discipliner et m’obliger à travailler. S’il le faut, pour m’astreindre au travail, je peux m’interdire de sortir (et du coup je renonce à rencontrer des amis, ce qui me procurerait du plaisir et me ferait du bien. Mais je ne veux pas lâcher, parce qu’après je sais que je risque de ne jamais m’y remettre…). donc, je m’oblige à m’asseoir à ma table de travail. Vous voyez, je suis très discipliné. Mais le temps passe et rien ne vient. C’est donc inutile, et je me retrouve à devoir faire face à l’impuissance. C’est un sentiment et une sensation fort désagréable !

  • « Quand il s’agit de créer quelque chose, j’ai des idées… Mais je doute. Par exemple, des fois, je me mets devant mon ordinateur pour écrire mes idées…Et là : le vide, le blanc ! Rien ne vient… Alors je vais sur internet voir ce que font les autres. Et je me perds dans une collecte d’informations, qui va de plus en plus profond. Il y a mille détails, qui finissent pas me noyer et me perdre. Après j’ai du mal à revenir à une synthèse, à trouver le message essentiel, à me concentrer sur quelques messages principaux et à construire sur des grandes lignes simples. Quand ensuite, je vois faire les autres avec facilité, j’admire sincèrement, et en même temps cela m’accable. C’est comme un renforcement de mon sentiment de nullité. Je m’en veux, je ne m’aime pas comme ça.

Ce que dit le client de son problème de procrastination

  • J’ai parfois du mal à vivre avec moi-même, je ne m’aime pas, je me sens nul, j’ai honte, je me sens coupable de ne pas parvenir à faire des choses pourtant simples.
  • Je ne sens pas dans mon corps ce que d’autres personnes ressentent, comme si j’étais vide à l’intérieur, comme si je ne parvenais pas à me remplir de moi-même…
  • Je suis admiratif de ces gens qui sentent des tas de choses, qui ont l’air de vivre des choses profondes, alors que je me sens vide et ne sens pas ce qu’ils disent ressentir.
  • C’est peut-être une sorte d’auto sabotage ! Comme si je voulais me prouver que je ne suis pas capable, que je ne mérite pas… Peut-être pour pouvoir enfin tout lâcher (par désespoir), et me départir de ce poids permanent sur mes épaules et mon estomac.
  • J’ai déjà consulté plusieurs spécialistes : thérapeutes, des énergéticiens, des guérisseurs, des psys, des coachs… Cela ne marche pas, je ne sens pas d’effets. En fait, au bout d’un moment, je vois leurs techniques, leurs ficelles. Et, là, c’est moi qui les tire…

Des effets aggravants

  • Quand je vois faire les autres, tout a l’air simple pour eux. Cela me paraît facile et je me sens d’autant plus idiot (et coupable) de ne pas parvenir à faire la même chose, alors que je sais le faire !
  • Mais il y a quelque chose qui me bloque, je doute toujours. Et souvent, je ne me sens pas légitime, comme si j’étais un imposteur…
  • En plus, je suis perfectionniste. J’aime bien que ce soit parfait, bien présenté, propre, cohérent, complet, détaillé, bien pensé, etc… La quadrature du cercle, quoi !
  • A cause de cela, j’ai vécu des périodes où je mangeais pour compenser, je mangeais mal, trop et sans plaisir. Ce n’était même pas pour me faire plaisir, mais juste pour « bouffer ». En quelque sorte pour m’anesthésier…entre une punition, et un petit suicide. Même pas pour un réconfort.
  • Là, j’ai réussi à perdre du poids et à me tenir depuis un an à une meilleure hygiène de vie. Cela va nettement mieux. Je n’ai plus honte d’être nul. Je me sens mieux, et des choses bougent positivement dans ma vie.
  • Et justement, je sens que c’est le moment et que vous pouvez vraiment m’aider. Je voudrais profiter de cet élan et de votre accompagnement pour vraiment en finir avec ce problème de procrastination. Il me fait souffrir et m’handicape dans tous les domaines de ma vie

Risques du « développement personnel »

On le voit cette personne est très lucide sur son cas. Elle a déjà entrepris un travail sur elle-même, depuis bien longtemps. Elle se connaît bien. C’est une personne qui souffre réellement, tout en étant « bien développée », comme on dit. Elle est très intelligente, lucide, perspicace dans son introspection. Et honnête vis-à-vis d’elle-même. Elle est consciente de ses mécanismes.

Presque trop, d’ailleurs ! Elle a probablement tendance à trop s’observer et s’analyser.

On s’aperçoit qu’elle a même commencé à « s’interpréter ». Ce qui ne l’a pas tellement éclairé, mais enfoncé plus loin dans sa mésestime de soi.

Nota :

  • L’interprétation va plus loin que la simple déduction logique. Il s’y glisse souvent du jugement.
  • Derrière l’idée d’auto-sabotage par exemple, il y a l’idée que je pourrais me faire du mal « volontairement », même si c’est inconscient. Et du coup : que penser de soi-même, personnage si peu cohérent et fiable, qu’il pourrait me faire du tort à moi-même ? C’est révoltant ! On se déteste d’être si peu fiable et si sadique. J’ai connu quelqu’un que cela rendait profondément triste, de croire qu’elle ne pouvait compter sur personne, même pas sur elle-même. Là, le doute la rongeait jusqu’à l’os !
  • Ces littératures qui parlent sans cesse d’auto-sabotage, ont probablement raison de le faire, d’un point de vue pédagogique. Mais en s’emparant de ces notions, on risque d’en profiter pour se juger soi-même encore plus durement. Ce qui ne fait aucun bien, à ceux qui justement se croient auto-saboteurs d’eux-mêmes ! C’est pourquoi, tout en la comprenant, je n’aime pas cette notion. Je vois que ceux qui en sont « victimes » peuvent des fois s’en gargariser, au lieu de s’en défaire, en cessant simplement de s’entortiller avec.
  • En fait, comme ils ne trouvent pas le point d’appui fixe en eux, pour faire bouger ce « mobile », ils cristallisent sur ce « mobile » qu’ils fixent ainsi malgré eux. Et cela est très préjudiciable, parce que cela renforce le biais cognitif pervers. Ils finissent par se prendre pour leur propre bourreau.
  • Mais tout cela ne sont que des inventions du mental, qui renforcent l’ego. A la base, l’auto-sabotage est un premier mécanisme de défense et de renforcement de l’ego. Mais quand par dessus, on manipule intellectuellement ces notions, et qu’il en résulte de nouvelles émotions, tout devient encore plus compliqué, et difficile à démêler. Pauvres coachs après, qui doivent laborieusement tout redéplier, pour y refaire circuler l’énergie 🙂

Le problème de procrastination n’est qu’un symptôme

Revenons au problème de procrastination. Dans ce cas, n’est pas une question de mauvaise organisation personnelle, ou de manque de volonté. On le voit, il ne s’agit pas non plus de manque d’inspiration ou d’idées, mais bien plutôt de manque de confiance en soi.

La procrastination n’est qu’une résultante de tout cela. Mais on s’en rend bien compte, il y a là :

  • Une souffrance réelle et intense, qui dure dans le temps.
  • Une vraie décision de s’en sortir.
  • Beaucoup de volonté, malgré la difficulté à lutter contre l’enfoncement dans les sables mouvants de l’inertie et de la procrastination.
  • Des progrès en cours, encourageants, sur lesquels s’appuyer pour construire une dynamique positive.

Analyse par les 4 énergies

En fait, il y a 4 aspects du problème de procrastination.

Si on veut bien le décomposer avec le modèle symbolique des 4 énergies, que nous utilisons en coaching de l’énergie, voici ce que cela donne :

  • Feu : manque de décision et de passage à l’acte, à cause d’un ressenti d’impuissance.
  • Air : dispersion, manque de synthèse et de vision globale.
  • Eau : manque de confiance en soi et d’estime de soi, honte, dégoût de soi, repli sur soi-même.
  • Terre : perte de moyens, inertie, passages à vide, manque de vitalité, déprime.

Stratégie des 4 énergies

Le coaching va devoir aller au coeur du problème pour y adresser 4 aspects, distincts et complémentaires, en travaillant avec les 4 énergies :

  • TERRE : il faut s’enraciner dans une bonne Terre, mettre en place de bonnes habitudes d’hygiène de santé (ce qui est déjà en partie fait quand la cliente me rencontre). Faire l’inventaire des points d’appui, et reconnaître ses talents (qui sont nombreux). Cesser de se dévaloriser.
  • EAU : il faut apprendre à couler un amour pour soi-même, et à se considérer soi-même avec affection, se pardonner. A défaut de rencontrer une personne à aimer, on peut déjà aimer la vie, aimer la nature, aimer les autres, et puis s’aimer soi-même. Si la personne aspire à cela, cet amour ne devrait pas tarder à s’épanouir à la suite d’une rencontre, quand le réalignement sera suffisamment réalisé.
  • AIR : il faut cesser de papillonner, et partir de soi-même, et n’aller à la référence des autres qu’après. Voir le processus de dispersion et ne pas partir avec.
  • Feu, il faut cesser de se disqualifier soi-même et repérer le processus de doute. Alors, quand il survient, il faut l’étiqueter et là encore : ne pas partir avec. Bien sûr, ce n’est pas facile. Mais on a déjà fait un grand pas quand on a compris le phénomène et qu’on sait ce qu’il faut faire avec lui. Par exemple, au lieu de se laisser dépasser et ravager par la colère contre soi, on voit que cette émotion n’est pas pertinente, qu’elle est motivée par des prémisses qui sont faux, et on peu choisir de décider autre chose.

Conditions de réussite

C’est un travail courageux, qui nécessite de bons appuis, et une volonté forte.

Il y faudra notamment :

  • FEU : de la lucidité, et la décision radicale de s’en sortir par le haut. Des petits pas, assortis d’encouragments au quotidien. Prendre soin de célébrer chaque petite victoire.
  • AIR : une vision global du problème, qui se présente comme une hydre à Sept têtes, comme dans la mythologie grecque antique. Le problème se présente sous différentes formes, visqueuses, et changeantes. Pour vaincre ce démon intérieur, il nous faut une stratégie simple mais claire. Et il faudra s’y tenir, tout en restant créatifs…

problème de procrastination

  • EAU : de la douceur et de la gentillesse envers soi-même, de la patience. Reconnaître que ce parcours, certes ingrat et difficile, en vaut bien un autre. Et cesser d’entretenir la boucles de renforcement négatif. On doit agir en systémiciens, et créer des boucles vertueuses de réussite, pour rétablir l’estime de soi.
  • TERRE : de la rigueur, de la méthode, de la discipline même et de la persévérance !

Un peu trop facile

C’est facile, de l’extérieur, d’analyser et de décomposer comme je le fais d’une manière pédagogique. Je le fais, en coulisse et dans l’après coup, pour vous. Mais dans la vraie vie, ça passe trop vite. Et heureusement, on ne peut pas penser tout cela. On ne peut que le ressentir.

C’est facile aussi de dire ce qu’il faudrait faire.

Mais on n’est pas à la place de la personne qui souffre ainsi intensément.

D’ailleurs, par échos systémiques, il y a de grandes chances, qu’après quelques séances (très peu, pour ne pas dire : tout de suite), le transfert se mette en place. Je veux parler du transfert du sentiment d’impuissance.

Ce qu’on va mettre en place dans le coaching aura beau être juste, intéressant, intelligent (comme les analyses que le client s’est faites de lui-même), le client risque fort de ne pas le mettre en oeuvre, évidemment ! Comme d’habitude… J’ai compris, j’ai envie, mais quelque chose m’empêche de passer à l’acte. Ceci venant étayer et renforcer la thèse personnelle de « personne ne peut m’aider, je suis foutu, je suis nul… Et dans le fond : les autres aussi ! »

Il va falloir que le coach, identifie, admette, reconnaisse, et dise sa propre impuissance, transférée par le client : de son cas, à la relation de coaching.

Un outil d’analyse transactionnelle

Comme toujours, derrière du – / +, il y a en fait du – / – !

Expliquons-nous.

  • On voit bien, il y a un abord (- / +) : « Je suis incapable (-), le « grand autre (+) » va me sauver ! ». (Espoir, séduction).
  • Dessous, il y a évidemment du (+ / -) : « On verra bien si tu es si fort que ça. Je (+) m’en suis déjà fait d’autres, avant toi (-) ! ». (Embuscade, rage).
  • Et encore en dessous, malheureusement, il y a du (- / -) : « Je n’y arrive pas (-), mais les autres non plus (-). C’est la vie qui est dure (-), je n’en peux plus, cela ne vaut pas le coup (-), etc.. ». (Abattement, dépression).

La bonne nouvelle, c’est que sous le (- / -) , il y a toujours du (+ / +) !

Accompagner avec le coeur

Et ça c’est la conviction du coach, qu’il doit avoir suffisamment expérimentée, à la fois en lui-même et avec ses clients, pour ne plus avoir à y « croire ». Il doit être en quelque sorte devenu lui-même ce (+ / +) fondamental, dont il ne peut ainsi plus douter ! Il doit avoir fait la découverte du (+ / +) en lui-même, et l’avoir suffisamment intégrée pour la faire rayonner, sans intentionnalité. Juste parce que c’est sa nature.

Alors, dans ce cas, il n’y a pas de résistance dans le coach, qui lui rendrait difficile de voir l’impuissance à l’avant-plan de soi-même. Pas de problème non plus à le reconnaître, depuis un espace en soi, à l’arrière plan de la conscience, où l’impuissance n’a pas entrée. Cet espace intérieur n’est pas un refuge », c’est plutôt un lieu de rayonnement et d’expansion.

Alors, que faire avec un client comme ça, dans un cas comme ça ?

  • Mais rien, justement.
  • « Faire rien », ET ne pas abandonner : n’abandonner ni le client ni le coaching !
  • Et accepter de laisser du temps au temps (nous en parlons au paragraphe après le suivant).

Un métier d’amour

Demeurer « avec » et « dedans ». Au lieu de rester pudiquement à l’extérieur.

Oser s’emparer de l’impuissance. « Même pas peur ! » 🙂 :

  • Pas s’emparer de l’impuissance du client. Celle-là, elle lui appartient. Qu’il se la garde après tout, c’est sa création mentale, il a le droit de s’y accrocher pour survivre…
  • Non : s’emparer de sa propre impuissance, au premier plan. Son propre cancer, son propre SIDA, sa propre jalousie maladive, son propre problème de procrastination, son propre refus du Réel, qui fait tant souffrir. Même si on est en bonne santé, physique, énergétique et spirituelle. se sentir vibrer avec et dedans. « Sans peur et sans reproche ! », comme on le disait du chevalier Bayard 🙂

Sinon, si on est réfractaire à entrer en contact intime, en résonance profonde, parce qu’on a peur ou qu’on est dégouté, il faut changer de métier. C’est un métier d’amitié, de fraternité et de contact ! Il se pratique à coeur ouvert et à mains nues. Pas avec des petits gants de latex au bout des doigts.

La force de l’empathie

On ne peut pas ne pas être touché à coeur par la souffrance d’autrui, qui nous met par empathie, en contact avec la nôtre. Même la nôtre potentielle, dans les cas où on ne l’a pas déjà vécu (les souffrances se ressemblent toutes dans leur essence, même si elles diffèrent dans leurs manifestations).

Mais, car il y a un « mais, il faut reconnaître que l’impuissance dont s’affuble le client est son droit, sa liberté en même temps que le fruit de ses conditionnements, de ses refus. Tout cela lui appartient. Le respect au sommet de l’individu, et de sa dimension spirituelle souveraine, nous oblige à la patience et à la non ingérence.

Le client est obligé, déterminé à rencontrer et  traverser ses bobos (comme nous-même). Mais il est libre d’en sortir également. Presque à chaque instant.

Cela dit, il y a peut-être une sorte d’horloge qui fait qu’à un moment ce n’est pas encore prêt, tandis qu’ensuite, ça y est, c’est le moment. Le temps, qui n’est qu’une projection du mental, ne dépend donc que du mental du client. C’est son affaire. Le coach peut demeurer présent, occupé à maintenir le maintenant (appréciez les différents sens du jeu de mots :-).

Le temps est notre allié

Quand un problème a mis toute une vie à se construire, on peut parfois le mettre à jour assez vite dans ses mécanismes. Mais il faut quand même un peu de temps pour le déplier jusqu’au bout et s’assurer qu’il ne profite pas d’une période de stress ou d’un moment d’inattention pour se réenrouler tout d’un coup.

Après les prises de conscience qui vont assez vite, il y a une redescende de la tête jusqu’au corps, en passant par le coeur. Là c’est subtil et délicat. Il y faut de la douceur et le sens de la nuance pour travailler en dentelles.

Si on parle de faire un vrai travail sur soi, c’est le travail de toute une vie. Et le coaching peut donner un petit coup, de pouce ponctuel à un moment charnière. Mais si les miracles arrivaient à chaque fois, ce ne seraient plus vraiment des miracles 🙂

Donc il faut travailler. Mais c’est ça la vie, et c’est passionnant.

Traumatismes d’enfance…

A l’aplomb de ce dysfonctionnement il peut y avoir chez certaines personnes des traumatismes vécus en enfance et confirmés diversement à l’âge adulte.

Mais, pour notre client, ce n’est pas le cas apparemment.

Ici, comme chez beaucoup de monde heureusement, il n’y a eu ni violence, ni abus caractérisé.

A la place, il y a eu un regard porté sur soi par les parents et la fratrie, qui n’a pas permis de prendre normalement confiance en soi. C’est déjà beaucoup pour certains êtres très sensibles et profondément créatifs, disponibles, ouverts, et tendres. Un peu sans défense, ils prennent de plein fouet la violence d’un non regard, d’un évitement, d’une marque de tendresse qui leur serait refusée, d’une admiration ou d’un soutien accordés à d’autres plutôt qu’à soi. Ce genre de choses répétées, et déclinées de mille manières, finissent goutte à goutte par faire souffrir atrocement les êtres intelligents et sensibles, qui sont de ce fait plus vulnérables que des peaux plus dures et résistantes.

Le problème de la procrastination et de l’analyse

Certes, un coach compétent va aider à mettre à jour rapidement le mécanisme (un peu comme on vient de le faire dans ce résumé). Mais ce n’est pas cela qui soigne et qui répare.

Cela, ça crée l’alliance, ça rassure, ça permet de comprendre, ça intéresse. Cela permet quand même de se rendre compte qu’on est écouté, compris et accueilli sans mépris. Et ça, c’est bien. Mais cela nourrit aussi une partie de soi, qui se désinvestit du jeu pour observer et analyser. Et c’est justement cette partie de soi qui juge, et qui se retire, alors qu’il faudrait au contraire s’engager sans juger.

Dans notre cas, ce qui est à montrer au client, ce n’est pas ce qu’on en a déjà dit (rappelé ci-après) :

  • perte de moyens, inertie, passages à vide, manque de vitalité, déprîme
  • manque de confiance en soi et d’estime de soi, honte, dégoût de soi, repli sur soi-même
  • dispersion, manque de synthèse et de vision globale
  • manque de décision et de passage à l’acte, à cause d’un ressenti d’impuissance

Tout cela, ce client l’a déjà vu. Cela ne lui apporte pas grand chose de le lui rappeler. Au contraire même, cela risquerait d’intensifier sa souffrance de le faire se sentir impuissant à en sortir.

Non, ce qu’il faut montrer à cette personne, c’est que son problème de procrastination commence justement avec le processus d’analyse dans lequel elle se réfugie.

Ne pas en faire une histoire de plus…

Il serait intéressant qu’elle puisse voir grâce au coaching, que justement : Elle se retire pour analyser (et se juger de surcroît), au lieu de se maintenir au contact, dans l’action, pour vivre joyeusement, envers et contre tout.

Le problème de cette personne très douée, c’est justement qu’elle s’est retirée pour analyser, au lieu d’avancer pour transformer l’essai, malgré le manque de soutien et de considération dont elle était l’objet de la part de ses proches à ces moments-là.

L’amour des autres pour soi, ne parle que d’eux, pas de soi. Mais ça, on met du temps à le réaliser.

C’est difficile (pratiquement impossible) pour une petite fille ou un petit garçon de comprendre cela, quand justement elle ou il n’est pas accompagné. Et après toute une longue tranche de vie, où le réflexe d’analyser pour se défendre de la vie s’est enkysté, il faut du temps aussi pour revenir en arrière.

Heureusement, cela demande moins de temps de réparer que de blesser. Mais il en faut tout de même un peu.

  • D’abord pour bien voir.
  • Et ensuite pour ne pas en faire toute une histoire… (ne pas interpréter, ne pas manipuler, ne pas triturer le « bobo ». Ce qui ne provoque que davantage d’inflammation et d’infection).

Alors que peut faire un accompagnateur, coach ou thérapeute ?… pas grand chose en fait ! Une toute petite chose, qui a une immense valeur. Après l’effet dépendra de ce que la personne saura prête à en faire. Voyons ensemble de quoi il s’agit.

La valeur ajoutée d’un coaching

Alors, au-delà de cette mise en évidence des fonctionnements inconscients, le coach va porter sur le client un regard valorisant, et non jugeant. Il va apporter du soutien et inviter la personne à s’engager dans la relation, et à descendre dans son corps.

Comment cela va-t-il se matérialiser ? Le coach proposera des exercices pour que le client voit son retrait et puisse décider de son engagement.

L’exemple d’un protocole simple

A une dame, j’ai ainsi un jour osé proposer qu’elle mette un instant ses mains dans les miennes, après lui avoir demandé si elle me faisait suffisamment confiance pour cela. Elle a accepté volontiers, sans aucune hésitation, parce que notre relation de confiance le permettait.

Mais d’un autre côté, cela m’a paru presque « suspect ». Malgré notre bonne relation : il manquait peut-être la petite seconde de retenue et d’hésitation, naturelles et « normales », dans cette situation de surprise. Pour ma part, par exemple, je n’étais pas trop sûr de moi, j’hésitais un peu, je ne voulais pas créer de confusion…

J’ai alors tout de suite constaté qu’elle me confiait ses mains, mais un peu comme on pose sa veste sur une chaise. Je tenais donc dans mes mains : des mains vides. Elle s’en était préalablement retirée. On comprend mieux en quoi ce n’était donc absolument pas un problème pour elle. Mettre ses mains dans les miennes ne l’engageait pas. Elle se soumettait volontiers (avec la pseudo « confiance ») à cette proposition saugrenue, puisqu’elle n’était pas dans ses propres mains. Comme dans d’autres circonstances de sa vie, elle n’était donc pas impliquée. Et c’est exactement de cela dont elle souffrait, et dont elle me demandait de l’aider à s’en départir.

Anesthésie défensive

D’ailleurs les mains étaient froides (ce qui arrive souvent à beaucoup de monde, selon leur terrain et l’intensité de leur circulation, sanguine notamment). Donc, après les avoir réchauffées en les frottant un peu, je l’ai invitée à se rendre compte qu’elle n’était pas là, mais qu’elle se protégeait, loin de ses propres mains (et des miennes du coup !).

Elle en a convenu, m’expliquant que c’est en effet comme ça qu’elle faisait : se retirer pour ne pas ressentir. Evidemment, elle ne le faisait pas exprès, et pas consciemment. Mais là : elle s’en rendait bien compte.

Où était-elle donc ? Elle ne pensait pas non plus à quelque chose. Elle était là sans être là, elle était « nulle part », dans un moment de torpeur globale, de vide, d’anesthésie… C’est ce désengagement de fond qui provoque peut-être le problème de procrastination et d’inertie.

Alors, c’est là que l’exercice devient intéressant.

Je lui ai demandé d’inverser la démarche et de volontairement renter dans ses mains de l’intérieur, comme on enfile des gants. Elle a essayé et réussi un peu. C’était déjà un bon petit changement.

Encore un cran plus loin…

Mais pour accentuer encore le processus d’engagement et d’enracinement dans ses sensations, j’ai proposé qu’on change de rôle, et que ce soit elle qui prenne mes mains.

Là, il a bien fallu qu’elle soit active, et qu’elle remonte sur le pont du bateau. La situation étant par ailleurs sans ambiguïté entre nous, elle a verbalisé ce qu’elle était en train de faire, qui était évidemment un peu incongru à ses yeux il faut le dire. Mais, d’un autre côté, tellement simple et naturel : elle tenait mes mains et les sentait avec les siennes.

Voilà, c’est tout !

C’est ainsi que nous avons mis à jour ensemble, d’une manière non intellectuelle, à la fois le processus d’évitement et la manière de l’inverser.

Le double engagement

Descendre dans les sensations physiques et s’engager dans la relation !

  • Moi, j’ai pu le faire de mon côté, parce que je me sens suffisamment en confiance avec la vie (et puis c’est mon boulot, ma vocation, mon chemin de vie qui m’y conduit, inexorablement).
  • Et elle, il semble qu’elle y soit également parvenue, parce qu’elle est très motivée, et qu’elle me faisait confiance.

Cela donne une assez bonne idée de ce qu’est l’essence même du coaching :

Se reconnecter avec la profondeur de soi-même à travers des gestes infinitésimaux, et sans ambiguïté, dans le cadre d’un accompagnement chaleureux et sain.

Un feed-back de pleine lune !

Oh, et puis une petite chose encore : Cette dame avait ajouté, tandis qu’elle tenait mes mains, qu’elle voudrait tellement « se trouver enfin » et qu’elle était épuisée de « se chercher tellement »…

Je lui ai donc alors proposé qu’elle cesse de chercher… mais qu’elle accepte de se laisser trouver.

Ce petit changement de perspective a suffi à la faire fondre en larmes, la touchant au coeur de sa thématique de vie. C’était ce qu’on appelle un « feed-back de pleine lune », qui fit fondre la glace. Quand cela arrive, c’est la vie qui afflue, la vie qui revient. C’est beau.

Peut-être que si elle se cherchait tellement, c’est parce qu’elle avait déjà été trouvée. Et c’est pour retrouver cette saveur intense, qu’elle était si active dans ses recherches.

Mais tant qu’on cherche à l’extérieur ce qui est à l’intérieur, on ne le trouve pas. Au contraire, on s’en éloigne !

Et c’est tellement frustrant. Alors qu’il suffit de cesser de chercher, pour se laisser toucher par ce qui est déjà là…

L’effet coaching

Là encore, dans ce dernier exemple d’insight, l’effet coaching va dépendre de ce que la dame va faire avec cette expérience.

  • Peut-être que cela restera un échange émotionnel inattendu, au détour d’une séance avec un coach inconnu, déjà oublié après la séance. Et ce sera bien ainsi.
  • Peut-être aussi, que cela aura eu valeur d‘insight. Et de déclic énergétique, pour inverser la tendance à se retirer au lieu de s’engager. Dans ce cas, ce tout petit instant aura peut-être été plus puissant à lui tout seul que les heures de conversation de coaching, avant et après.

Dans le cas de notre problème de procrastination, une situation de coaching comme celle-ci, consistant à faire descendre le client dans ses sensations et dans la relation peut largement régler le problème à sa racine. Du moins, si c’est l’heure pour le client d’inverser le processus du dysfonctionnement. Et heureusement qu’il n’y a pas besoin à chaque fois de se tenir les mains ou de se prendre dans les bras pour ça 🙂

C’est là toutefois un tout petit geste, qui peut parfois amorcer une grande réaction en chaîne.

Même un tout petit changement, passant presque inaperçu et vite oublié, peut contribuer en début de chaîne à résoudre le problème de procrastination à l’autre bout. Jugez-en plutôt à travers cette vidéo amusante :