Faut-il avoir peur de ses émotions ? Peut-on maîtriser ses émotions ? Est-il possible de les “contrôler” ?

En Coaching, il arrive souvent qu’un client cherche à maîtriser ses émotions.

On comprend que les personnes qui formulent ce souhait, voudraient être capables de ne pas sur-réagir, de ne pas s’emporter (fondre en larmes, monter dans les tours, devenir agressives, ou se justifier en se croyant attaquée…).

Pour autant l’émotion n’est pas quelque chose dont on devrait se défier, qu’il faudrait empêcher ou réduire au silence, qu’il serait nécessaire de juguler au profit d’une façade lisse, sereine et parfaite (voir : assise silencieuse).

Qu’est-ce qu’une émotion ?

Il y a trois émotions principales, à partir desquelles se composent toutes les autres par combinaisons, un peu comme un peintre reproduit toutes les nuances de couleur à partir des trois fondamentales que sont le rouge, le jaune, et le bleu.

 

maîtriser ses émotions
La palette des émotions est très riche…

Ces trois émotions sont la peur, la colère et la tristesse :

  • Face à un choc, d’abord on a peur (pour fuir). (voir l’article : avoir peur)
  • Ensuite le corps mobilise ses ressources pour se défendre de la frustration et de l’oppression (la colère).
  • Enfin quand il n’y a plus rien à faire, la tristesse intervient, qui exprime le regret, en réaction au manque.L’émotion est une réaction normale du corps. Il est naturel de les ressentir, cela prouve qu’on est en bonne santé.

Quand on rencontre un prédateur dans la nature, la peur nous donne l’énergie pour fuir en courant loin du danger. En revanche, quand on est confronté à un danger d’ordre psychologique (une figure d’autorité qui fait peur, par exemple), le corps ne pourra pas dépenser l’énergie générée par la peur en partant en courant. Et si la situation de stress se reproduit de façon chronique, des désordres surviendront non seulement dans le psychisme mais aussi dans le métabolisme.

 

Peut-on maîtriser ses émotions ?

Le problème s’aggrave encore quand les émotions ne sont pas acceptées et ne peuvent être exprimées, même d’un point de vue psychologique. Dans ce cas, elles ressortent dans des situations qui ne nécessiteraient pas de telles manifestations, on dirait qu’elles sont décorellées des réalités vécues, et on entre dans un cercle vicieux : moins on accepte l’émotion, moins elle peut se manifester et plus elle a tendance à essayer de le faire pour évacuer la surdose de stress…

Quand l’émotion survient, c’est trop tard pour la juguler, et il n’ya pas de bonnes solutions pour la retenir. En revanche, il y en a de pires que d’autres.

Examinons ensemble les deux plus néfastes :

  • réprimer les émotions : empêcher leur expression. Je me contiens, je retiens la pression comme une cocotte minute, de façon à ne pas me laisser entraîner à des démonstrations, dont je redoute les effets.
  • refouler les émotions : c’est-à-dire en nier l’existence (contre toute évidence) en affirmant par exemple de toute bonne foi qu’on n’a pas froid alors même que tout le monde grelotte et qu’on a soi-même la chair de poule. Dans un tel cas, l’émotion est tellement refoulée qu’on n’en est plus conscient et que même les sensations associées sont niées (et les sensations du corps ne sont plus prises en compte).

Ces deux options ont en commun de provoquer deux effets très négatifs  :

  1. Le risque d’exploser à tout instant dans la situation déclencheuse avec la personne concernée, ou dans une autre circonstance n’ayant pas de rapport direct, avec une autre personne qui n’y est pour rien, mais qui aura eu le tort de faire déborder le vase avec juste une dernière petite goutte.
  2. Le risque c’est aussi de somatiser. Ce qui ne peut être exprimé par des mots ou par des actes, s’exprime par le corps au travers de maux, qui comme des alarmes, attirent l’attention sur un dysfonctionnement à résoudre…

Les émotions ne doivent donc pas être réprimées et encore moins refoulées.

Accueillir et exprimer l’émotion

Ce n’est pas les émotions qu’il faut diriger (à la limite, il vaut mieux ne pas les manipuler, et les laisser plutôt suivre leur cours normal, en passant naturellement par les différentes étapes de leur processus), ni le corps qu’il faut empêcher de réagir (transpirations, tremblements, rougissements, contractions musculaires, etc…).
Puisque les émotions sont des réactions du corps, il vaut mieux ne pas trop entraver leur expression naturelle, parce que le corps humain a lentement élaboré ces réponses au travers des millénaires. Son écologie est donc très au point. La maladie survient justement quand on commence à interférer avec ses réflexes spontanés, sous prétexte de politesse et de codes sociaux diversement pertinents. Le corps, ce dont il a besoin c’est d’exercice et de repos, pas d’interdits et d’empêchements !
Vous ne risquez pas de tomber malade parce que vous exprimez vos émotions : au contraire, vous tomberez malade à force de ne pas les exprimer suffisamment ! Par contre, il faut boire de l’eau pour éliminer, et prendre du repos pour amortir les chocs émotionnels et laisser au corps le temps de se refaire une santé.

Il n’y a pas à chercher à maîtriser ses émotions au sens de les contrôler, s’empêcher de les ressentir, les réprimer !

En fait, ce n’est ni souhaitable, ni possible ! En revanche, justement pour être éventuellement canalisées dans leur expression (on ne peut pas laisser libre cours à sa colère n’importe comment, au mépris des conséquences), les émotions doivent d’abord être reconnues, accueillies, acceptées !

Sur quoi peut-on agir alors pour maîtriser ses émotions ?

Se maîtriser, ce n’est donc surtout pas “contrôler” ses émotions (en tentant vainement de s’empêcher de les ressentir), mais ce serait plutôt choisir délibérément des pensées qui génèrent des émotions utiles dans une situation donnée (voir “affirmations positives” et “arrêter de penser“)
Ce dont nous sommes responsables, et que nous pouvons choisir de modifier : ce sont nos pensées, et nos croyances (des pensées qui reviennent plus souvent que les autres, et qui en sur déterminent d’autres, un peu comme des méta-programmes qui dirigent de simples programmes), car ce sont elles qui provoquent les émotions. Il faut donc devenir conscient de la façon dont on pense, pour pouvoir agir sur nos émotions, en quelque sorte en amont de leur manifestation (voir à ce sujet notre article : “Au coeur de l’émotion“).

Les apports du coaching pour maîtriser ses émotions

  • 1- Le coaching peut aider à exprimer ce que l’on ressent, sans faire peser de risque sur l’environnement. Vous pouvez vous laisser aller à ressentir ce qui émerge en vous, sans être jugé, sans qu’on cherche absolument à vous rassurer, vous calmer ou vous consoler ! Vous pourrez être qui vous êtes, face à un coach, sans que ce dernier ne cherche à tous prix à intervenir. Au contraire, un coach accueillera votre expression et accompagnera votre cheminement (parce que le but n’est pas non plus de vous laisser déborder et engloutir par vos émotions). De même que deux yeux permettent de mieux voir les reliefs, un coach vous apportera le recul qui vous manque quand vous êtes engagé dans vos émotions. Vous pourrez ainsi être conscient de ce que vous ressentez avec plénitude, sans prendre le risque de vous y perdre, parce qu’un allié externe, vous aidera ensuite à objectiver et à prendre en compte tous les paramètres de votre situation.
  • 2 – Dans un second temps (juste après), vous pourrez éventuellement analyser quelles pensées provoquent vos émotions et envisager d’en modifier le contenu. C’est comme cela qu’on passe consciemment de “il m’énerve”, à “je m’énerve après lui”, puis à “son comportement le regarde, je n’ai pas à m’énerver pour ça. Je ferai mieux de m’occuper de moi-même, au lieu de me focaliser sur ce qui me déplaît chez cette personne…”  C’est là tout un cheminement intérieur, un travail assez fin sur les attitudes internes, et c’est assez difficile à faire seul. Aussi, il est recommandé de travailler avec un partenaire expérimenté, qui vous tienne le miroir sans rien y projeter lui-même de ses propres émotions… A ce propos, Byron Katie, propose une méthode de retournement des pensées, pour réaliser ce recadrage intérieur et personnel. Sa méthode consiste en quatre questions puissantes, qui opèrent le changement d’attitude désiré pour résorber la souffrance émotionnelle :
    • Est-ce vrai ?
    • Puis-je avoir la certitude absolue que c’est vrai ?
    • Quelle réaction suscite en moi cette pensée ?
    • Que serais-je sans cette pensée ?

En répondant honnêtement à ces questions, on comprend que ce sont des pensées erronées qui provoquent les souffrances et les débordements émotionnels (voir : “les deux sortes de souffrance“, “l’origine des problèmes“). En trouvant les bonnes réponses, on trouve aussi la bonne attitude à adopter pour maîtriser ses émotions.

C’est tout l’art du coach, dans ce genre de séances, de vous accompagner dans cette investigation fine… Personnellement, je ne propose pas spécialement ces quatre questions-là. Je préfère m’adapter à chaque client, aux spécificités de ses objectifs. Mais il arrive souvent que nous empruntions des chemins de ce genre,  pour dénouer et soulager des situations affectives tendues, en les objectivant, après avoir accueilli l’expression de certaines émotions.

Nota : Nous travaillons en coaching ce qui relève des objectifs opérationnels fixés avec l’entreprise. En revanche, quand il arrive que des personnes aient un gros besoin de réparation affective qui dépasse le cadre du coaching, c’est en psychothérapie qu’elles doivent poursuivre leur travail, et nous leur fournissons des adresse de confrères spécialistes.