Est-ce que la vie m’appartient ? De quoi dépend « ma » vie ?

Il y a trois indicateurs objectifs que sondent les secouristes pour évaluer les signes vitaux d’un patient :

  • le souffle : la personne respire-t-elle ?
  • le sang : le coeur bat-il dans la poitrine, le sang circule-t-il dans les veines ?
  • la conscience : la personne peut-elle répondre à des questions simples : vous m’entendez ? combien j’ai de doigts ? comment vous appelez-vous ? etc…

Or, ces trois cycles fondamentaux de l’expression de la vie ne dépendent pas de nous :

La vie m’appartient…pas !

  • le souffle : vous êtes respirés par la vie. Ce n’est pas vous qui choisissez le moment de votre dernier souffle, et même quand vous ne faites rien de volontaire, cela respire en vous. C’est pourquoi, à propos de la respiration, on parle d’une fonction végétative, semi-volontaire seulement. Et quoi qu’il en soit, le souffle vient de l’extérieur. Il ne nous appartient donc pas. (voir à ce propos : « les pratiques d’éveil matinales« )
  • le sang : votre sang est constitué de molécules qui sont soutenues par des aliments extérieurs sur lesquels vous n’avez aucun pouvoir. Pas plus que vous n’en avez sur le battement de votre coeur. Tout au plus pouvez vous choisir votre alimentation et accélérer ou ralentir un peu vos battements cardiaques, par des pratiques respiratoires et une bonne gestion émotionnelle. Mais cela ne fait pas que le sang qui circule dans les veines du corps, serait « votre » sang, et encore moins « votre » vie. Vous n’avez en fait aucune prise sur votre sang. Le sang vous est transmis de manière génétique par vos parents. On peut dire que c’est le sang du corps. Mais ce sang ne vous appartient pas davantage que ce corps ne vous appartient. Vous avez à peine de contrôle sur lui et il vous sera retiré un beau jour, sans que vous ne puissiez l’empêcher.
  • la conscience : elle suit le rythme de l’alternance entre la veille et le sommeil, sur lequel vous n’avez que très peu de prise ! Quand vous tombez de sommeil, vous ne pouvez pas résister : la conscience de veille s’effondre dans le sommeil ! Et quand vous ne trouvez pas le sommeil, vous ne pouvez vous astreindre à dormir autrement qu’en ingérant un produit chimique. Vous n’êtes pas vraiment libre de faire ce que vous voulez avec votre conscience. Vous ne pouvez pas décider de ce dont vous ne voulez pas être conscient : ce que vous avez vu, vous ne pouvez pas ne pas l’avoir vu ! Vos pensées vont et viennent sans que vous ne puissiez les contrôler, ni dans leurs processus d’émergence, ni dans leurs contenus…

Comme tout cela semble étrange…

Tout cela est tout de même bien étrange, vous ne trouvez pas ?

Cela devrait nous étonner davantage (comme disait Lacan, paraît-il, à propos du corps…)

Cela devrait nous faire réfléchir sur cette vie que nous « sommes », qui n’est en aucun cas une vie que nous « avons ».

La vie ne nous appartient pas. « Notre vie » n’est qu’un concept sans réalité. En fait, dire que nous appartenons à la vie serait probablement plus juste, et représente en tous cas un changement de paradigme philosophique très intéressant pour réussir à lâcher prise sur TOUT, tout ce sur quoi nous n’avons en fait aucune prise possible, profondément, réellement…

Eh oui, on est bien peu de choses, ma brave dame !

« Être soi » … juste avant de redevenir « moi »