“S’il y a quelque chose qui est éternel, c’est bien les faux problèmes”- Pierre Bourdieu

En coaching, on parle de l’orientation solutions, pour signifier que le coaching n’est pas centré sur les problèmes, mais sur le solutions. Pourtant en coaching, les clients viennent toujours avec des problèmes qui les empêchent d’atteindre un objectif. Alors a fortiori les faux problèmes, qui occupent une grande place dans notre vie, sont un thème qui revient souvent en coaching. Dans la pratique en effet, chacun d’entre nous est souvent pris par des “faux problèmes” auxquels nous sommes attachés, parce qu’ils occupent notre mental habituellement et finissent par nous servir de repère rassurant. Du coup, on a tendance à s’y complaire, voir même à les entretenir (pas consciemment bien sûr !)

  • Que sont les faux problèmes ?
  • Comment se libérer des faux problèmes ?

Que sont les faux problèmes ?

Disons en préambule que tous les problèmes qui se posent sont vrais dans la mesure où ils se posent et agissent réellement sur nous. Mais certains sont incontournables puisqu’ils appartiennent à la nature même de la vie et de l’existence, tandis que d’autres relèvent davantage de notre mental. On ne les traite pas de la même manière. Les vrais problèmes, il faut les traiter. Les faux problèmes, il vaut mieux les ignorer.

Les vrais problèmes relèvent des grandes questions fondamentales de l’existence, telles que :

  • Comment vivre et survivre, faire face, répondre aux situations de façon juste ?
  • Comment être soi, pleinement authentique, au lieu de se contenter de suivre les autres, de se conformer pour leur faire plaisir et ne pas avoir d’ennuis ?
  • Comment y voir clair sur ce que nous sommes, sur la nature même de notre existence, la nature même de la conscience qui perçoit les expériences que nous vivons…

Le reste des problèmes sont des faux problèmes :

  • Je voudrais que quelqu’un change
  • Je voudrais que l’environnement soit différent, que telle ou telle situation soit différente de ce qu’elle est
  • Je voudrais que les autres me voient différemment, me comprennent, me respectent, m’aiment…

Toutes les questions qui commencent par ‘je voudrais’, “il faudrait”, “cela devrait être différent” amorcent l’expression d’un faux problème. Pourquoi ? Parce que la réalité est ce qu’elle est et ne peut pas être différente. Pouvez-vous être né ailleurs que vous êtes né, pouvez-vous faire maintenant en sorte que la taille de votre corps soit différente de ce qu’elle est, pouvez vous tout de suite être ailleurs que là où vous êtes, se pourrait-il que ce qui est ne soit pas ? Non évidemment ! Il y a des choses à accepter. Elles sont ainsi, c’est un fait. Il n’y a rien à regretter et rien à espérer, juste à faire avec, sans histoire.

Par exemple, il est vain de vouloir manipuler les autres et les évènements, parce que cela ne marche pas, et parce que cette tentative même entretient la souffrance dont elle voudrait nous exonérer. (voir à ce sujet notre article : “les deux sortes de souffrances”).

Les faux problèmes sont en fait des pensées auxquelles on attache de la valeur, auxquelles on croit, et qu’on prend pour la réalité, alors même qu’elles ne sont que des pensées. A cause d’elles, on fait tout un tas d’acrobaties dans la vie, on prend des postures, on se crée des complications, alors qu’il suffirait de voir clairement qu’elles ne sont pas réelles et que ce ne sont que des faux problèmes, des pensées auxquelles il suffirait de ne pas croire…

Toute tentative de nier ce qui est, de refuser la réalité, est vouée à l’échec. C’est pourquoi nous suggérions qu’il était préférable d’ignorer les faux problèmes. Que faut-il faire alors avec la réalité ? Il faut d’abord l’accepter. Après, quand il n’y a aucune trace de refus en soi, on peut de l’intérieur de la situation la faire évoluer par la manière dont on y participe…

 

L’origine des faux problèmes

Vous pourriez lire en complément à ce sujet notre article : L’origine des problèmes, dont voici un extrait :

Quelle est l’origine des problèmes que nous avons dans la vie ? Si l’on y réfléchit bien, ils viennent presque toujours de la pensée, laquelle n’est pas pour autant une mauvaise chose, à condition de savoir la canaliser quand c’est nécessaire.

La pensée automatique, que je distingue de la réflexion profonde (beaucoup plus rare) est un processus compulsif et tyrannique, qui nous maintient dans un état d’agitation intérieure permanente, que l’on trouve « normal » parce qu’on n’en connaît plus d’autre et qu’on s’est habitué à cette « folie douce »… (Quand on voit quelqu’un parler tout seul dans la rue, on se demande s’il n’est pas un peu « dérangé »… eh bien, il y a une voix dans notre tête, celle de la pensée, qui ne cesse de tout commenter et de parler tout bas sans arrêt. N’est-ce pas une autre forme de démence ordinaire, finalement, au même titre que celle qui fait parler tout seul sans s’en rendre compte ?)

La pensée ne fait que reconstruire une trame logique en fonction des repères du passé, qu’elle superpose à la réalité pour pouvoir la décoder plus rapidement. La pensée est une sorte de système d’interprétation du réel, que l’on finit pour prendre à tort pour le réel lui-même.

  • Arrêter de penser est une chose presque impossible. Maîtriser le flux des pensées n’est pas non plus une chose aisée. Parfois on peut choisir de réorienter ses pensées, afin de ne pas se maintenir dans des pensées aux effets toxiques, en fixant son attention délibérément sur un autre aspect plus gratifiant d’une situation donnée.
  • Dans un autre article nous avons donnée plusieurs manières de s’y prendre pour être attentif et se maintenir disponible, présent à l’instant présent, dans son corps au lieu de partir avec les pensées. Un certain travail d’attention aux sensations corporelles permet de s’enraciner dans le réel au lieu de se laisser entrainer par les réactions psychologiques.

 

La vidéo suivante montre une séance de thérapie, dans laquelle est décortiquée la propension de la personne à se maintenir dans ses souffrances, grâce aux faux problèmes, qu’elle entretient.

Comment se créer des faux problèmes !

 

Comme on le voit dans cette séance, la personne vient avec un problème qu’elle a rencontré, et que sans doute elle vivra de nouveau mais qu’elle ne vit pas sur l’instant. Néanmoins, par mesure de précaution elle aimerait revivre dans cette séance l’état d’angoisse qu’elle a connu précédemment, afin de pouvoir s’en libérer pour l’avenir… Je rejoins totalement le thérapeute, qui refuse de traiter cette demande, car en la traitant, ils vont s’enfoncer tous les deux dans quelque chose qui n’existe pas dans l’instant, et donc ils vont ainsi, malgré eux, créer des faux problèmes de toutes pièces, en leur donnant de l’importance et de la consistance !

On voit bien que cette intention est artificielle, qu’elle n’émane pas d’une réalité de l’instant présent mais de la tête, du mental, pour ne pas dire de l’ego, qui cherche non pas à se libérer du problème mais à le recréer. Cela traduit un attachement au problème, attachement et préoccupations qui sont en soi des faux problèmes…

 

Se libérer des faux problèmes ?

Quand on rencontre des faux problèmes, la seule manière de s’en libérer est de s’en détourner, purement et simplement. Les faux problèmes sont un peu comme une cage qui serait sale mais qu’on connaîtrait bien, elle serait horrible, mais ce serait la nôtre et cela nous rassurerait de nous y maintenir malgré son inconfort…

Puisque les faux problèmes sont des pensées créés par le mental, des pensées qui nous enfoncent et nous engluent (), ce n’est pas le mental qui peut nous en libérer. La seule manière d’en sortir est de ne plus y rentrer ! (comme pour les jeux relationnels, la plainte, la justification et le reproche : la seule façon de faire cesser le jeu est de ne plus y jouer. Tant que vous répondez quelque chose, l’autre vous répondra encore par une de ces trois accroches et le jeu se prolongera…).

Il y a suffisamment de vrais problèmes, auxquels il faut répondre, qu’il faut traiter effectivement, pour ne pas avoir besoin en plus de se créer des faux problèmes de surcroît ! Cela relève d’une maladie, dont il faut guérir. Comment ? En reconnaissant qu’il s’agit d’une préoccupation malsaine à abandonner tout simplement…

C’est justement parce que la solution est si simple qu’elle est très difficile à reconnaître et à mettre en oeuvre.

D’abord, elle est comme le nez au milieu de la figure, alors on ne la voit pas (et pour commencer on ne voit pas soi-même, qu’on a affaire  à un faux problèmes !)

Ensuite, il y a le poids de l’habitude. Et ce n’est pas parce que vous avez entrevu quelque chose, que vous le maîtrisez. Ce n’est pas une simple compréhension intellectuelle qui suffira à vous exonérer du poids de toute une manière erronée de vivre sa vie. Il faudra un peu de temps et de persévérance pour faire ce chemin de discrimination en vous-même… Un coaching est un accompagnement précieux, pour amorcer la pompe ou pour donner un petit coup de pouce à votre travail personnel. Ce travail, bien sûr, vous devrez le faire vous-même, mais un miroir chaleureux et chirurgical peut vraiment vous aider ponctuellement à sortir d’une impasse pour vous remettre en mouvement sur votre chemin.

Parler à un coach

 

faux problèmes et crise