Faire face à la souffrance est une obligation, qu’on le veuille ou non, nous y sommes tous confrontés, tôt ou tard, (pour ne pas dire : finalement un peu tout le temps). Mais nous avons mis en place des stratagèmes de compensation pour nous tenir intérieurement à distance de la souffrance que nous éprouvons, une sorte “d’anesthésie psychologique”. C’est ainsi qu’on arrive à vivoter avec la douleur et la souffrance, tant bien que mal, à l’aide de différentes techniques d’évitement et de déni, qui nous coupent diversement de nos sensations corporelles et de nos émotions.

Cet article va montrer qu’il existe deux sortes de souffrances :

  • la souffrance dite psychologique, cette souffrance liée aux histoires qu’on se raconte à propos de la réalité (voir : qu’est-ce que la réalité ?)
  • et celle qu’on accueille sans histoire (mais qui fait mal quand même), nous l’appellerons “la douleur”, qu’elle soit physique ou affective, pour la distinguer de la souffrance, qui sera davantage morale ou psychologique…

Il proposera également deux approches complémentaires pour faire face à la souffrance et s’exonérer de son emprise.

Distinguer douleur et souffrance

  • La douleur est une expérience incontournable, inévitable, inhérente à la dualité de la vie. On ne peut éviter d’en faire l’expérience, même si on peut éviter de se faire mal bêtement, en prenant soin de son corps, en étant attentif à ne pas prendre de risques inconsidérés avec sa sécurité ou sa santé.
  • La souffrance, elle, est complètement gratuite et non nécessaire. Elle vient du fait que l’on cherche (en vain) à éviter la douleur, au lieu de l’accepter. Du coup, on se rajoute une couche d’inconfort supplémentaire, à cause de nos gesticulations. Exemple chez le dentiste : vous avez d’une part la douleur aux dents, mais vous pouvez avoir d’autre part la peur d’avoir mal, ou le mécontentement d’avoir mal. Et souvent cette peur et ce mécontentement vous font souffrir encore plus que la douleur…Les boxeurs vous le diront, ce ne sont pas les coups qui font le plus mal, c’est la résistance aux coups. La résistance morale, l’apitoiement sur soi, l’amertume, la rancoeur, le sentiment d’injustice, la rage, la peur, la panique…

Un combat perdu d’avance

Vous serez probablement tous d’accord pour admettre que nous faisons tous sans exception l’expérience de la limite et des contraintes liées à la dualité de l’existence.

Vous ne vivez pas dans “Absolu”, moi non plus. Cela se saurait si nous étions des Dieux. Les gens s’en rendraient compte et nous rendraient un culte ! Nous vivons, vous et moi, dans la relativité. Il y a des limites partout dans notre expérience quotidienne. Dans le monde, tout ce que l’on voit semble limité et périssable, du plus petit au plus grand.

C’est ainsi :

  • Votre corps n”est pas absolu, il est né, il croit, se développe, vieillit, subit des agressions diverses de son environnement, et finit par mourir.
  • Votre personnage social, c’est-à-dire la représentation que les autres et vous-même vous faites de vous-même, lui non plus n’est pas absolu. Il s’inscrit dans la dualité. Il a un début et une fin (voir à ce propos l’article : “l’imposture de la personnalité“). Avant la naissance de votre corps, on ne parlait pas de vous. Et après sa dissolution, on n’en parlera plus très longtemps non plus… Il cessera d’exister dès que vous ne le nourrirez plus.
  • Quant à “vous”, ce que vous êtes vraiment, au-delà des apparences de votre corps et de votre personnalité, personne ne peut rien en dire, sauf à vous restreindre et à se tromper sur votre compte. Même vous, vous ne pouvez pas vous penser ou vous représenter sans vous réduire.

Donc, nous vivons tous l’expérience de la limite, de la séparation et de la perte. Cela s’appelle communément : la souffrance. (Vous aimiez quelqu’un qui vous quitte, vous aviez cette belle maison qui est détruite, cette belle relation qui se distend, ce super job que vous perdez, cette belle vitalité qui s’étiole, cette belle silhouette qui s’affaisse, etc…)

Ceci est inévitable et chercher à s’en exonérer, à passer entre les gouttes en espérant ne pas être mouillé et ne pas en souffrir… est évidemment un combat perdu d’avance !

La souffrance psychologique

Regardons en nous et autour de nous, il semble que ce soit pourtant l’attitude “normale” que de chercher à fuir la douleur et prolonger le plaisir.

Cette attitude commune provient d’un manque de lucidité quant à notre vraie nature, et elle n’est pas sans conséquence, car chercher à éviter l’inévitable provoque un second niveau de contrainte, qu’on appelle la souffrance, qui est en quelque sorte plus douloureuse que la douleur objective elle-même, comme nous l’avons souligné un peu plus haut, en donnant l’exemple du dentiste.

A côté et en dehors de ce que nous sommes vraiment, nous créons mentalement une image de nous-même, dont nous décrétons que ce personnage (que nous prenons pour nous-même) ne devrait pas souffrir. Nous nous imaginons être cette image, ce “moi”, cet ego, cette personne (qui n’est justement personne en fait, puisque ce n’est qu’une représentation mentale et non pas le réel). Et à chaque fois qu’il lui arrive quelque chose, nous réagissons émotionnellement, parce que nous pensons, que cet évènement ne devrait pas avoir lieu, pas comme ça, pas à nous… Il faudrait toujours que les choses se passent autrement. Nous refusons sans cesse ce qui est, et nous voudrions toujours autre chose que ce qui est.

Or ce qui est, ne peut pas ne pas être, puisqu’on le constate. Le combat est donc vain, comme nous l’avons déjà dit. Mais ceci est la seconde des deux sortes de souffrance : la souffrance psychologique !

Supposons que suite à un choc accidentel, votre genou souffre d’une inflammation : vous ressentez normalement de la douleur (réaction nerveuse normale, en relation à une situation corporelle, mécanique et chimique). Cette douleur est utile, parce qu’elle est un signal qui vous permet de cesser de faire du mal au corps et de le soigner.

Maintenant, au moment où vous réagissez psychologiquement à la douleur réelle, en vous racontant une “histoire” (du type  “cela ne devrait pas être ainsi”, “pourquoi moi…”,  “je mérite mieux…”, “j’aurais dû faire plus attention”, “à cause de cela je ne vais pas pouvoir ceci ou cela…”), la réaction émotionnelle à ces pensées est de la souffrance parfaitement gratuite, que vous pourriez vous éviter !

deus sortes de souffrance - faire face à la souffrance
En attendant, ces deux-là ne semblent pas trop souffrir de l’inondation. La situation qui catastrophe bon nombre d’adultes, ne semble pas créer de souffrance psychologique dans l’instant présent pour ces deux petites filles pleines de vie et de joie d’être. Leur mental ne donne pas une dimension psychologique à la situation. Elles ne se montent pas que c’est un drame, elles font de cette situation une opportunité de s’amuser en vivant une nouvelle expérience. C’est peut-être la preuve par l’exemple, que la souffrance n’est pas une fatalité !

Rester tranquille pour faire face à la souffrance

Pour ne pas souffrir pour rien, acceptez de souffrir tranquillement. Puisque la douleur est inévitable, le plus raisonnable ne serait-il pas de l’accepter ?

Dès lors, pourquoi s’agiter, puisqu’il suffit de constater ce qui est… Observer les phénomènes, extérieurs et intérieurs, lesquels d’ailleurs sont en écho les uns par rapport aux autres (voir à ce propos : “La loi d’attraction expliquée simplement“). Rester tranquille, et expérimenter, accueillir. Pas analyser, et manipuler des concepts pour comprendre et expliquer : ce serait une sorte de fuite dans la tête. Non, au contraire : rester dans le corps, juste “voir”, “ressentir”, pour rien, juste parce que c’est là.

Alors, la sensation se diffuse, elle change de forme et se dissout progressivement. Attention, quand on parle d’une démangeaison superficielle, cela se diffuse parfois en quelques secondes, mais quand on parle d’un deuil ou d’une amputation, ça “pique” évidemment un peu plus longtemps 🙂

Mais on n’est pas pressé. Qui a dit qu’il fallait que ça passe vite ?

Le mieux est donc de rester tranquille.

Toute agitation inutile ne ferait qu’amplifier l’inconfort ressenti en lui rajoutant de la souffrance. Comme un bouton que l’on tripote, cela ne fait qu’enflammer et infecter davantage. Ce dont vous avez le plus besoin, c’est de retrouver votre tranquillité. C’est d’elle que surgira la solution, c’est en elle que vous puiserez vos ressources.

Si vous devez vous apercevoir que vous êtes le regard qui voit, et non pas la souffrance qui est vue, il faut du calme et de la patience. Avec un coach qualifié, vous ferez l’expérience que vous êtes un espace vaste, qui accueille et qui n’a aucune place pour le moindre refus. Vivre un échantillon de cette expérience à travers une séance de coaching vous apporte la tranquillité.

Faire face à la souffrance, c’est d’abord la respecter

La souffrance psychologique est souvent encore plus douloureuse que la douleur physique. Elle est peut-être évitable, mais ce n’est pas pour cela qu’elle serait absurde ou méprisable. Elle mérite de la considération autant que l’autre :

  • celui qui souffre (même pour rien) n’en souffre pas moins intensément
  • sa souffrance présente peut lui être utile, si elle lui sert à voir le processus pour mieux s’en émanciper

Mais tant qu’on est pris par ce double jeu de souffrances superposées, sans en voir le processus artificiel, on est identifié au personnage que nous croyons être (comme le rêveur se prend pour les personnages de son rêve, alors que dès qu’il se réveille, la chimère s’évapore…).

Et on souffre ainsi fort longtemps…

En revanche, dès lors que le processus est vu une fois, le voile commence à se déchirer et inexorablement, l’illusion s’effondre peu à peu (voir à ce sujet notre article : “S’éveiller de l’état de veille ?“).

Qui êtes-vous vraiment ?

Vous êtes “cela” qui vit l’expérience présente, “cela” qui connaît les objets que sont sensations présentes, les émotions présentes et les pensées présentes. Vous ne pouvez pas être autre chose que ce champ de conscience dans lequel surviennent les évènements et dans lequel s’inscrivent les objets qui sont constatés.

La confusion vient du mélange que nous faisons entre le sujet que nous sommes et qui vit l’expérience (quelle qu’elle soit) et l’objet de l’expérience. Ainsi, s’il y a une pensée dans le champ de conscience, une pensée à propos de nous-même par exemple, une pensée telle que : “je risque d’échouer“, nous nous prenons pour cette pensée. Nous nous prenons pour le personnage contenu dans cette pensée, nous nous identifions à l’échec potentiel, aux émotions qui risquent d’être ressenties telles que la honte, la culpabilité, le regret. Nous nous identifions au regard qui sera porté par les autres sur cette situation et sur le personnage pour lequel nous nous prenons. Nous  ne faisons que réagir comme si nous étions un personnage d’un film, alors que nous sommes le spectateur, tranquillement installé dans son fauteuil.

Et c’est tout cela qui représente le processus de la souffrance psychologique. Cela vient d’une erreur d’appréciation à propos de ce que nous sommes vraiment. En nous prenant pour l’objet limité à qui il arrive des misères dans la vie, nous nous coupons de notre véritable nature, vaste et illimitée, qui est d’être la conscience qui vit l’expérience.

Même l’expérience de la limite est vécue depuis la conscience illimitée que nous sommes. Si nous cessons de nous prendre pour la limite, nous réalisons que nous sommes bien au-delà des limites contenues dans l’expérience, des limites contenues dans le champ de conscience. Un examen approfondi de nous-même nous convaincra, par l’expérience directe, que nous ne sommes pas la limite dont nous vivons l’expérience. Nous sommes le processus infini qui vit l’expérience de la limite. Et ceci est passionnant, même lorsqu’il s’agit de l’expérience d’une douleur. Nous ne disons pas là que l’expérience de la douleur deviendra confortable ou agréable, ni qu’elle disparaîtra. Nous l’avons dit plus haut : ceci fait partir de la vie, la grande vie pleine de contrastes. Mais en cessant de nous prendre à tort pour le contenu de l’expérience, nous cesserons de nous raconter des histoires fausses à propos de nous-même. Nous cesserons progressivement de souffrir pour rien, à cause des douleurs. Nous nous contenterons de les expérimenter, sans les commenter, sans les affecter.

Réaliser cela clairement ne suffira pas à vous libérer instantanément du poids des habitudes et de vos conditionnements. Mais cela vous ouvrira à une autre dimension de l’expérience. Et, forcément, peu à peu, cela vous allègera, vous mettra sur le chemin pour s’individualiser.

Ainsi, peu à peu, à la suite du coaching et en dehors du coaching, la prise de conscience infusera, inexorablement et fera son chemin pour vous soulager durablement.

L’éveil est à la fois instantané et progressif

faire face à la souffrance en un claquement de doigts

La prise de conscience peut être immédiate et foudroyante, quand soudain vous réalisez l’erreur fondamentale, la méprise qui s’entretenait en vous, alors que vous étiez totalement fasciné par le film, et insuffisamment attentif à la vastitude de la situation, beaucoup plus large que le petit écran où se projettent des images.

C’est comme une corde par terre que vous prendriez pour un serpent. Dès lors que vous voyez clairement qu’il ne s’agit que d’une corde, la peur disparaît, instantanément, et sans effort. Toutefois, si vous oubliez ce que vous venez de comprendre, alors une prochaine fois, passant à proximité de la corde, vous aurez de nouveau peur du serpent fictif. Et ceci se reproduira dans tous les domaines de votre vie, jusqu’à ce que l’illusion soit pleinement démasquée.

Il y a donc un processus progressif d’intégration de la prise de conscience instantanée. C’est comme une rééducation, cela prend un peu de temps, le temps de réapprendre au corps et au mental de nouvelles habitudes.

C’est pour cela que souvent le coaching déclenche la prise de conscience forte tout au début. Cela permet de disposer de toutes les autres séances pour conforter la prise de conscience et la déployer, l’étendre à d’autres situations, l’approfondir…

Faire face à la souffrance : un chemin d’éveil

faire face à la souffrance : un chemin d'éveil

Vous l’aurez bien compris, le coaching ne peut pas plus faire le travail à votre place qu’il ne pourra vous éviter la douleur (et ce n’est peut-être même pas souhaitable, parce qu’elle représente une opportunité de prendre conscience de votre vraie nature). Mais cet accompagnement peut vous soulager de la souffrance psychologique, celle que vous vous rajoutez vous-même sans vous en rendre compte, par automatismes et conditionnement mental.

Le coaching est en soi un processus stimulant et vivifiant, une forme d’éveil spirituel, qui ne s’embarrasse pas d’étiquettes sophistiquées, mais qui fait quand même le job, comme on dit, sans arrogance ni prétention. Et ce travail est un travail de l’esprit qui se dégage de l’emprise des confusions, qui s’éveille à la réalité au lieu de s’endormir avec des histoires issues du système de pensée. Ceci est un cheminement, un travail qui s’élabore à l’intérieur de vous, tandis que vous le souhaitez de plus en plus ardemment.

Il s’agit de réaliser que les problèmes viennent des étiquettes qu’on colle mentalement sur les situations. Dès lors qu’on en a étiquetée une : “problème”, alors elle devient un problème pour nous, et nous essayons de la résoudre, même s’il n’y a rien à résoudre. C’est cela qui fait souffrir.

Faire face à la souffrance, commence donc par changer de point de vue : après un examen honnête, que chacun peut faire pour son compte, il apparaît clairement que les problèmes ne viennent jamais des conditions extérieures et toujours de “nous-même dans les situations !” La seule chose raisonnable à faire est donc simplement de le reconnaître, pour vivre sa vie en responsable et dès lors ne pas se disperser à “essayer” d’améliorer les choses à l’extérieur, par des agitations diverses, qui participent du problème qu’on cherche vainement à résoudre ! Au contraire, s’il y a quelque chose à changer, c’est en soi-même, depuis une écoute profonde. C’est cette invitation à l’écoute de vous-même que vous offre le coaching.

Pour qu’il y ait relation harmonieuse entre vous et les autres, il faut qu’il y ait “deux” (et même trois… si on compte la relation comme le troisième élément) ! Autrement dit, pour que vous soyez en relation avec les autres, il faut que vous soyez là, vous-même, en quelque sorte : en “état de présence“. Comment voulez-vous être en relation, être dans la relation, si vous n’êtes nulle part ?

Seule votre Présence, plénière, authentique, peut permettre une relation pleine et authentique. C’est à cela que peut vous entrainer le coaching. Vous accompagner dans vos premiers pas sur un chemin plus juste, plus vrai, où vous serez plus authentiquement vous-même, et en relation plus vraie avec les autres…

Quelques articles complémentaires :

 

Un métaphore pour prendre un peu de hauteur

Pour prendre un peu de hauteur, voici pour ceux qui parlent anglais une vidéo très inspirante sur notre véritable nature. Le conférencier, Rupert Spira, propose une métaphore qui aide à comprendre, ce que nous venons d’évoquer à propos des manières de faire face à la souffrance.

Imaginons John Smith, un acteur qui jouerait le rôle du roi Lear de Shakespeare.

On voit bien dans cette situation que le rôle du roi Lear est en quelque sorte superposé à la personne de John Smith. Un peu comme un costume, et que même si l’acteur incarne le personnage de la pièce, il n’est pas ce personnage ! Evidemment : John Smith n’est pas le roi Lear.

Et imaginons maintenant que cet acteur, tellement fasciné par les pensées et les émotions de son personnage dans la pièce, finisse par se prendre pour le roi Lear, pendant quelques jours après la représentation. On le verrait ainsi, misérable, portant les souffrances du personnage. Le pauvre John Smith, accablé de souffrances imaginaires, rencontre alors un ami à qui il se confie de ses problèmes de roi Lear. L’ami lui révèle alors qu’il ne souffre pas réellement de ces problèmes, mais que ce dont il souffre plutôt c’est d’avoir oublié qui il est vraiment : John Smith, qui n’a rien à voir avec les souffrances du personnage de la pièce !

Je trouve cette image excellente, qui montre bien l’écart qu’il y a entre l’être que nous sommes et la personnalité que nous croyons être. Nous nous croyons accablé d’un poids de souffrances, qui ne concernent que le personnage social et le corps, pour lesquels nous nous prenons à tort.

C’est tout simple. Et je voulais partager avec vous la clarté de cette métaphore.