Les 4 accords toltèques : un livre miroir, court et inspirant.

Sur recommandation d’un ami coach, j’ai lu il y a quelques années  “Les quatre accords toltèques”, un petit livre assez sympa.

Il présente une synthèse très accessible des enseignements pratiques d’un des grands courants du chamanisme.

 

Les 4 accords toltèquesPeu importe pour moi qu’il s’agisse de l’Asie, de l’Afrique, de l’Europe ou des Amériques, tout fait partie du patrimoine de sagesse de l’humanité unifiée dans la conscience de la même chose.

Chaque école exprime sa perception de manière singulière, depuis son angle de vue particulier.

En l’occurrence il s’agit d’une tradition du Mexique, dans la lignée des célèbres romans de Carlos Castaneda.

L’auteur, Don Miguel Ruiz, explique que ce que nous considérons d’ordinaire comme “la réalité” ne serait en fait qu’un rêve, ou plutôt la consolidation collective de rêves individuels, transmis entre générations et prolongés « façon puzzle » par tous les fantasmes de chacun. (voir à ce sujet notre article : “démasquer l’imposture de la personnalité“)

La peur de vivre, cause de tous nos malheurs

A cause de nos peurs, nous substituerions à l’expérience directe du Réel, une autre “réalité”, projetée par notre mental, et qui vise à nous rassurer en confirmant nos croyances apprises, ainsi que les émotions associées.

Nous serions ainsi enfermés hors de la vraie vie, dans un “enfer” émotionnel, que nous entretenons nous-mêmes à notre insu, en ne nous affranchissant pas de l’emprise de notre propre mental, emballé dans un bavardage intérieur effréné…

Platon et les accords toltèquesComme dans le mythe de la caverne de Platon, une vie profane consisterait à prendre pour la réalité du dehors : nos projections sur les murs de la caverne de nos propres ombres intérieures.

Inversement, une vie initiatique consisterait à prendre conscience de cette erreur de perception (ce que le bouddhisme appelle à juste titre : “l’ignorance”) et à s’arracher des habitudes de fascination, exercées par ce fantasme entretenu par le collectif humain. (voir à ce sujet notre article : éveil spirituel ordinaire)
Il ne s’agit que d’une vision du monde parmi d’autres, à laquelle on n’est pas forcé d’adhérer, mais il est intéressant de noter qu’elle rejoint beaucoup de traditions, notamment de l’Inde ou de l’ésotérisme Chrétien.

 

Renégocier les “accords toltèques” pour se libérer de la peur

Pour réaliser cette libération (progressive), l’auteur propose de renégocier les “accords toltèques”, ces contrats que l’on a passés sans le savoir depuis notre enfance pour composer avec la réalité.

En langage moderne, nous dirions “ouvrir son cadre de référence”, “prendre conscience de ses propres paradigmes pour pouvoir les remettre en question”, “reprogrammer son système cognitif”, etc…

Les anciens sages du mexique auraient repéré quatre contrats ou “accords toltèques” que le “guerrier” (celui qui s’est engagé de façon délibérée sur le Sentier de la Libération) passe avec lui-même pour s’affranchir de l’emprise de tous les autres contrats implicites, qu’il a antérieurement contractés dans l’inconscience et qui le retiennent dans la souffrance :

  • Le premier des accords toltèques consiste à “ne pas faire des évènements extérieurs une affaire personnelle”
  • Le second des accords toltèques consiste à veiller à avoir “une parole impeccable”
  • Le troisième des accords toltèques consiste à “ne pas faire de suppositions”
  • Le quatrième des accords toltèques consiste à “faire toujours de son mieux, maintenant”

Les accords toltèques sont simples, pas forcément simplistes…

Comme souvent, ces grands principes ou ces disciplines peuvent paraître simplistes, mais c’est évidemment toute une éthique, tout un chemin de vie, que de les appliquer dans le quotidien (c’est-à-dire à la fois dans les choix déterminants aux grands carrefours de sa vie, et aussi dans la multiplicité des petits instants ordinaires)…

Certains  connaissent aussi par exemple les 10 yamas et Niyamas de Patanjali qui permettent d’inscrire la pratique du Hatha Yoga dans le cadre propice d’une vie alignée sur le souffle. Chacun d’entre eux est en soi un trésor, très facile à comprendre au 1er degré, facile aussi d’y adhérer parce que frappé au coin du bon sens premier (du genre : ne pas mentir, ne pas nuire, etc…). Mais le pratiquer réellement dans tous les aspects de son quotidien nécessite une vie de vigilance et de méditation pour bien les appliquer dans toutes leurs déclinaisons possibles. IL en va de même de ces 4 accords, simples, mais pas si simplistes que ça…

Contenu des accords toltèques

accords toltèques

Je voudrais revenir sommairement sur chacun de ces accords toltèques, puis dire en quoi je les trouve intéressants pour la pratique du métier de coach.

1/Le premier des accords toltèques (Ne pas faire des évènements extérieurs une affaire personnelle), revient à ne pas se faire pincer l’ego dans la charnière de la porte, à chaque fois qu’elle s’ouvre ou se ferme. En gros, ce qui arrive est neutre en soi : je n’ai pas à y réagir d’une manière passionnelle sous prétexte que cela m’arrive à moi, comme si j’étais au centre du monde…
Tout en étant très engagé dans la vie, il s’agit de ne pas prendre les évènements au premier degré, en y impliquant son ego (qui n’a rien à y faire). Exemple : quelqu’un manque de respect à mon égard.

  • Soit je laisse l’ego se considérer comme victime d’une injustice et réagir d’une manière émotionnelle
  • Soit je comprends que cette personne projette sur moi un conflit intérieur à elle-même qui ne me concerne pas. Alors, cela ne me remet pas en question jusque dans mon identité. Depuis cette posture de « détachement » où on n’est pas « collé » aux situations, tout en y étant profondément engagé, on est sans doute sensible à une agression (et on s’en défend éventuellement) mais on ne réagit pas avec son ego, qui n’a pas à s’immiscer dans cette affaire.

Cet accord consiste à accepter l’instant présent tel qu’il est, pour mieux pouvoir agir sur le contenu des situations qui y sont mises en scène. C’est une manière de relativiser les évènements de surface, en s’enracinant dans une expérience intérieure plus profonde. D’autres Traditions diraient qu’il s’agit de ne pas s’identifier à son personnage social, ne pas confondre notre individualité (le fond de ce que je suis) avec notre personnalité, cet agrégat de “petits moi” empruntés à notre environnement au fil de notre histoire. (voir à ce sujet : démasquer l’imposture de la personnalité)

2/ Le second des accords toltèques (Une parole impeccable) est bien sûr une parole juste, qui ne se disperse pas en mensonges, en médisances ou en bavardages inutiles. Mais c’est surtout une parole intérieure, qui évite de se critiquer soi-même en permanence, de se juger, de se comparer, de se faire payer en culpabilité de ne pas être à la hauteur d’une image de soi idéalisée selon des critères de perfection…issus des fantasmes de l’ego ! Une parole impeccable, cela commence par faire taire le bavardage de cette voix intérieure critique, qui prétendrait juger de tout (voir notre article : stopper le mental)

3/ Le troisième des accords toltèques (Ne pas faire de suppositions), ou encore éviter de rester dans sa tête à projeter des interprétations sur la réalité. Au contraire, en cas de doute ou de confusion : oser demander directement à l’autre d’éclaircir notre compréhension en lui posant simplement des questions.
Cela revient à ne pas s’entretenir dans des affects qui s’auto-justifient, et à se confronter à la vraie vie en osant la relation directe à l’autre. Parfois, on “rêve notre vie” en la vivant dans notre tête, monologuant ainsi de façon stérile en faisant à la fois les questions et les réponses

4/ Le quatrième des accords toltèques (Faire de notre mieux, maintenant) : C’est tout l’inverse de se rajouter de la pression inutile, à partir de la voix intérieure qui nous juge. Vouloir être parfait reviendrait à échouer à coup sûr, tandis que faire globalement de son mieux nous maintient dans une dynamique de progrès encourageante. Cela suppose aussi une grande exigence dans le dosage de ses priorités, un engagement véritable dans le réel, en saturant d’énergie chaque tâche entreprise, au lieu de se réfugier dans le fantasme d’une perfection abstraite qui coupe de la vie concrète. Il s’agit aussi de ne pas reporter au lendemain ce qui peut être fait aujourd’hui, donc ne pas accumuler dans sa tête des choses à faire pour après. Au contraire, vivre intensément le présent, exprimer son “être” maintenant en “faisant” avec plaisir les tâches qui se présentent au fil de l’eau. Tout l’inverse d’une gestion du temps habituelle, où on en garde toujours pour après, afin d’être bien sûr de pouvoir disposer d’abord d’une bonne “dose” de soucis… (voir à ce sujet notre article : performance ou excellence ?)

 

Classement des accords toltèques

Dans le coaching de l’énergie, nous avons utilisé la symbolique des 4 éléments pour y adosser notre approche du coaching.

  • La terre : cet élément correspond aux éléments concrets comme le cadre de travail rassurant et le support technique concret, les méthodes, les contrats, les faits objectifs.
  • L’eau : la sensibilité aux autres qui s’affine à leur contact, et les sentiments qui se tissent au fil de l’expérience vécue ensemble. Une bonne cohésion, des interactions fluides, des relations authentiques
  • L’air : la communication, les échanges d’idées, les innovations, la créativité, le souffle et l’idéal inspirant d’un projet commun enthousiasmant
  • Le feu : Une grande concentration sur les résultats, qui nécessitent de se dépasser soi-même

Voici comment nous classerions les 4 accords dans cette symbolique traditionnelle :

  • Terre : Pas de suppositions, ne se fier qu’aux faits objectifs. être pragmatique et factuel, être terre à terre, garder les pieds sur terre, ne pas se laisser embarquer par la pensée (voir à ce sujet cette technique de coaching).
  • Eau : Ne pas en faire une affaire personnelle. Pas besoin de ramener son ego dans toute situation. Les choses arrivent, c’est comme ça, il n’y a rien de personnel là-dedans. Il ne pleut pas pour vous mouiller, il ne fait pas chaud pour vous embêter, il fait le temps qu’il fait, et votre ego n’a rien à voir avec ça… et donc rien à dire ! Il n’y a donc pas autant d’affects à engager dans les situations et dans les relations. Elles peuvent rester vibrantes et pures, sans qu’on ait besoin d’y rajouter des réactions émotionnelles.
  • Air : Une parole impeccable. A l’évidence, la parole c’est les cordes vocales qui sont dans la gorge par laquelle passe l’air que l’on respire. C’est aussi en faisant vibrer cet air que l’on parle. C’est donc évidemment l’air qui correspond à cet accord, qui évoque la communication.
  • Feu : Faire de son mieux. C’est être centré résultats et progrès que de faire de son mieux. En effet, c’est ainsi qu’on se maintient dans une dynamique de progrès et qu’on s’approche du résultat (sans chercher à atteindre un objectif).

En synthèse

L’auteur illustre tout cela avec des exemples multiples, ce qui a l’avantage de bien expliciter, mais aussi l’inconvénient de délayer un peu, même si le livre est assez court.

La simplicité de son exposé très direct peut parfois aussi laisser un petit goût de naïveté. Par exemple, en annexe de son petit livre, il présente quelques prières personnelles, qui illustrent bien sa vibration chaleureuse et sensible. A chacun son style et sa couleur. Pour ma part, bien que n’étant probablement pas tout à fait de la même signature, j’essaie d’apprécier la sincérité quand je la rencontre. Cette lecture (de choses déjà bien connues par ailleurs) m’a bien convenu, justement pour ses côtés simples et pratiques. Je souhaite qu’elle inspire également ceux qui s’y essaieront.

Applications pratiques des accords toltèques

Les coachs et les coach-managers auront compris qu’ils sont directement concernés par ces 4 contrats pragmatiques.

Par exemples :

  1. Ne pas faire des évènements extérieurs une affaire personnelle : Ne pas s’immiscer dans le dialogue intérieur de leur interlocuteur et avoir une communication minimaliste, pour laisser le maximum d’espace à l’élaboration du client. Eviter de se projeter et être vigilant au contre transfert, (en gros ne pas faire une affaire personnelle de réussir ce coaching, mais au contraire laisser au client le soin de s’en occuper lui-même !)…
  2. Une parole impeccable : Accompagner le client dans l’élucidation et le dénouement de ses voix intérieures qui parasitent ses décisions et le tiraillent entre des positions contradictoires. Accueillir ce qui est dit dans un espace de non jugement, adopter pour soi une parole concise, précise dans le choix des mots, et fondamentalement positive, …
  3. Ne pas faire de suppositions : Eviter les interprétations et laisser au client la responsabilité de ses propos et de sa pensée. Entrer vraiment en relation et ne pas hésiter à incarner soi-même les comportements et les ressources que le client cherche à développer en lui.
  4. Faire de notre mieux : Encourager les progrès,  focaliser l’attention sur le prochain petit pas pour accompagner le passage à l’action. Aider à formuler des objectifs réalistes en proposant de vérifier qu’ils soient écologiques pour le système du client, ne pas chercher à être trop “stratégique” et laisser l’intelligence de la relation se charger d’accomplir l’effet coaching. Se concentrer sur maintenant et se contenter d’ “être” coach (presque sans penser !) plutôt que d’essayer de trop bien « faire » du coaching…