“L’excellence selon Rafael Nada”l (Article rédigé par Bérenger Briteau, Coach Orygin)

Cet Article fait écho à celui de mon confrère et ami Frank Salles : « performance ou excellence, si je devais choisir ». Je ne reviendrai pas sur les notions et techniques qu’il aborde mais, je tenais à illustrer ses propos au travers d’un montage vidéo sur Rafael Nadal que j’ai effectué pour vous.
A la suite de celle-ci je partagerai avec vous les 4 secrets de l’excellence que cette vidéo m’inspire. J’ai voulu ces 4 parties assez courtes, mais j’y ai mis des vidéos décadrantes qui illustrent le point évoqué.

Pour le contexte de cette vidéo : Rafael Nadal vient de gagner son 11éme Roland Garros, ce qui fait dire à certain que c’est peut-être l’exploit sportif le plus important au monde, tous sports et toutes époques confondues.
Alors qui mieux que “Maître Rafa” et son coach (et oncle) Toni pourraient nous parler d’excellence ?

Afin de mieux vous faire profiter de ce montage je tenais à vous préciser que cette vidéo est constituée de deux parties.

  • La première se centre sur son coach, Toni, et nous partage l’état d’esprit dans lequel ils travaillent tous les deux. Elle illustre aussi concrètement, à travers l’exemple du tournoi de Wimbledon (2007), ce qui peut se passer dans nos têtes quand on gagne ou quand on perd… c’était il y a 11 ans, Rafa était déjà une superstar mondiale et pourtant… que de chemin parcouru dans son esprit depuis cette première défaite en finale de ce tournoi.
  • La seconde partie est une interview de Rafael lors de son dernier Roland Garros (2018), et on peut voir à travers ses propos, le chemin qu’il a parcouru mentalement ainsi que la façon si personnelle dont il s’est approprié l’excellence.. Le contraste est saisissant entre les journalistes qui orientent systématiquement leurs questions vers ce qui intéresse l’opinion publique, la performance (l’exploit, qui peut le battre, joue-t-il son meilleur tennis…) et Nadal qui leur répond toujours autour de l’excellence (l’amélioration constante, l’instant présent, le plaisir…).  Nadal répond simplement au journaliste : « je comprends que cela vous intéresse, mais ce n’est pas comme ça que j’aborde les choses ».
    Je vous laisse profiter de l’enseignement de Maître Nadal et vous invite à repérer que cette vidéo commence par parler de joie (allusion au début de Nadal), et finie(finit) en parlant de joie (lorsqu’il évoque sa fin de carrière), ce n’était pas voulu, je m’en suis rendu compte au premier visionnage et je trouve ça plutôt aligné avec l’article 😊 Voir à ce sujet : “Pour la joie de travailler

Secret N°1 – Adopter une attitude positive : ni crédulité, ni facilité

Cette vidéo permet d’éclairer le concept de positivité que je trouve souvent bien mal compris. Voir les opportunités de progrès en toute chose, de manière positive et constructive, sans chercher d’excuses extérieures et sans s’infliger d’auto-culpabilisation, voilà l’authentique attitude positive.

Décider en conscience de s’engager dans cette voie de l’excellence, décider d’évoluer et de changer ce qui ne dépend que de nous… simple, mais pas si facile.
Car même si l’intention est la base du travail, beaucoup d’obstacles peuvent se mettre sur notre route (Nadal nous le rappelle à la fin de cette vidéo lorsqu’il répond à la question concernant sa présence en coupe Davis : « je confirme que j’en ai l’intention… »).

…Il y a un forme d’acceptation de ce qui est dans ce premier secret. Ce qui nous amène au secret N°2.

Secret n° 2 – S’accepter soi-même : l’accélérateur du changement

Sur cette voie du changement (illustrée dans la vidéo par les décisions que prennent les Nadalslorsqu’il perd Wimbledon contre Federer) il y a un obstacle de taille : les habitudes, les peurs… et les jugements que l’on se porte sur soi-même. Car si nous avons certains comportements, certains systèmes de pensées, certaines croyances, si nous ressentons des émotions spécifiques lors de moments particuliers, c’est parce que tout ceci nous a permis de « survivre » ou de « réussir » par le passé dans notre environnement social. Et donc, il est probable qu’une partie de nous résiste à ce changement.
De plus, faire de nouvelles choses, c’est bien souvent, du moins dans les premiers mois, être moins naturel, être moins performant, et cela demande, quoi qu’il arrive, une plus grande énergie.
Plus d’attention, moins de repère, une performance douteuse, un sentiment de n’être plus soi-même… autant de bonnes occasions pour se critiquer « je suis nul, je n’y arrive pas, c’est pas normal… » et autant de bonnes excuses pour faire marche arrière !
Or se critiquer est la meilleure des manières pour ralentir l’apprentissage, ce qui aura pour conséquence de rallonger la phase de doute et potentiellement de contre-performance… générant toujours plus d’excuses pour finalement… arrêter la démarche.
Le second secret est donc l’acceptation de soi : accueillir l’expérience d’apprentissage sans jugement, comme le dit Nadal : ne pas vouloir chercher la perfection (vouloir jouer son meilleur tennis, l’idéal) mais chercher la perfection de l’instant (comment je joue aujourd’hui et comment je peux faire du mieux possible dans ce contexte, sans jugement de valeur).
Le regard que l’on porte sur soi, ainsi que la projection de ce que pense les autres de nous est (sont) le premier frein au changement… et si l’on s’acceptait inconditionnellement dans notre imperfection… que se passerait-il et que ferions-nous différemment ?
Et si s’accepter inconditionnellement dans notre imperfection était la véritable voie de l’excellence ? (mais n’oubliez pas le secret n°1 qui lui est associé).

Je partage avec vous cette autre vidéo édifiante que j’utilise parfois en coaching pour inspirer mes clients.

 

PS : Si le sous-titre en français n’apparait pas directement sur les vidéos vous pouvez le mettre en utilisant l’icône des paramètres sur la vidéo (en bas à droite de celle-ci)

Mais suffit-il de le décréter pour réussir à s’accepter ?
Et bien, parfois oui (quand le fruit est mûr) et parfois non…
Mais si l’on se rend compte que l’on ne s’accepte pas et que l’on décide d’accepter le fait que l’on ne s’accepte pas encore… alors c’est déjà une première forme d’acceptation qui, par la force de la répétition de cette constatation (je ne m’accepte pas encore) et de cet amour (et je suis ok avec ça) va produire, à un moment, une forme de lâcher prise et d’acceptation plus globale (mais rien n’empêche également de se faire accompagner par un coach ou un thérapeute).

Et on en vient au troisième secret…

 

Secret n°3 – La persévérance : l’autoroute du succès

Pourquoi l’autoroute ?

Parce que, comme va vous le montrer cette vidéo, la répétition (même minime : dans cette vidéo, le héros ne pratique que 5’ par jour) renforce les connexions synaptiques spécifiques à la tâche sur laquelle on porte son attention. Et, à force d’être consolidées quotidiennement, il se produit un effet de bascule : tout à coup, ce nouveau comportement devient un automatisme.

 

Comme le dit joliment Patrick Burensteinas : « persévérer » dans le langage des oiseaux c’est « percez et vous verrez »

Voici à ce propos un conte bien connu, qui illustre l’importance de persévérer :

Deux grenouilles étaient tombées dans une jatte de crème. Elles ne pouvaient pas nager dans la crème qui était trop épaisse, et elles ne pouvaient pas sortir de la jatte à cause des rebords de la jatte. Après quelques minutes à se débattre, elles étaient épuisées d’essayer de sortir, et elles allaient se noyer. L’une d’elles n’ayant plus de force, et n’ayant plus d’espoir, finit pas cesser de se débattre, et cessa de lutter. Elle disparut bientôt, engloutie par l’épais liquide blanc. L’autre grenouille, plus obstinée, se dit : « C’est impossible ! Il n’existe aucun moyen de s’en sortir. Pourtant, bien que la mort soit proche, je lutterai jusqu’à mon dernier souffle. Je refuse de mourir ainsi sans rien faire ». Elle continua donc de s’agiter au même endroit, pendant des heures et des heures, pour le principe, par dignité. Et puis soudain, à force de battre des cuisses, la crème commença à se transformer en beurre à cet endroit là. Alors, prenant appui sur cette consistance plus ferme, la grenouille réussit à faire un bond hors de la jatte….Elle aurait pu, elle aussi, se décourager et abandonner. Il se trouve qu’elle choisit d’aller jusqu’au bout…

 

Il est intéressant de remarquer le côté joueur de Mr Destin :

“je m’amuse à essayer, je tombe, je remonte, je ne me juge pas… et un jour je sais faire !”

Cela confirme aussi le second secret, il n’y a pas d’enjeu pour lui à réussir à faire du vélo, seulement un challenge amusant : donc pas de jugement, il fait simplement du mieux possible. Sa capacité de résilience est donc au maximum (résilience que je définis comme la capacité à s’adapter sereinement à l’adversité que l’on rencontre sur son chemin).
Dans le sport on dit que « la pression de l’enjeu tue le jeu » afin de souligner à quel point le fait de vouloir réussir à tout prix impact (impacte) négativement la performance (à lire le passage sur « lâcher prise et concentration » de l’article « performance ou excellence… »).
Et ce n’est pas simple quand, comme moi par exemple, depuis tout petit on vénère la performance et le résultat immédiat (comme moi par exemple). Alors, savoir qu’un beau jour arrive ce point de bascule dont on a parlé précédemment, savoir qu’il n’y a rien à forcer, que c’est en grande partie mécanique… et bien cela permet d’être plus détendu et de lâcher prise plus facilement avec le résultat immédiat, cela permet également d’entretenir la motivation à garder un effort constant. Cela permet de persévérer.

Comme le dit Lao Tseu « la nature prend son temps, mais tout est fait »

Mais… Et si ce n’était pas qu’une bête histoire de mécanique ?

4ème secret – S’offrir l’opportunité d’être touché par la grâce

« Quand l’inspiration viendra, qu’elle me trouve en train de travailler » – Toni Nadal citant Picasso.

Il faut voir cette quatrième partie un peu comme une cerise sur le gâteau, c’est l’effet bonus qui peut se produire sans qu’on le recherche spécialement, tout comme les 11 titres de Nadal (une conséquence pour lui mais pas un objectif).
De quoi est-ce que je veux parler… et bien, à force de travailler sur les 3 autres secrets il n’y a pas que nos comportements qui changent… nous changeons en profondeur… et arrive un moment où ces 3 premiers secrets deviennent un automatisme, arrive un point de bascule ou notre vision des situations et de nous-même évolue. Arrive un jour où nous découvrons que nous sommes ancrés naturellement dans le moment présent et, même si régulièrement nous remarquons que nous en sortons, la boucle est inversée car avant c’est le fait d’être vraiment dans le moment présent que nous trouvions remarquable ! Or c’est cet ancrage dans l’instant présent qui permet à l’inspiration de nous trouver, à la grâce d’opérer… voilà pourquoi Rafa parle autant de l’importance du moment présent (mais vous avez peut-être remarqué que plein d’autres sportifs de haut niveau en parlent en ce moment.

Cette vidéo reflète parfaitement cet état d’ancrage dans le moment présent et ce que l’on peut ressentir à cet instant :

Finalement, en parlant de sport et d’excellence, nous sommes à deux doigts d’arriver en pleine spiritualité (mais je prendrais bien un whisky avant 🙂 !
Mais qu’est-ce que la spiritualité sinon du travail joyeux (de l’esprit que nous sommes) sur dela matière concrète, afin de se développer constamment ? On est finalement assez loin des représentations de la spiritualité qui se résume à des prières mystiques invoquant la protection de forces qui nous seraient extérieures.

Maintenant petit padawan, je suppose que tu te demandes par où et comment commencer, et être heureux de devenir à ton tour un Maître Nadal ?


Et bien peu importe, commençons avec ce qui se présente (technique du tapis rouge). Là maintenant, quelque chose que nous souhaiterions voir évoluer, quelque chose de concret auquel nous sommes confrontés régulièrement, quelque chose qui nous tient à cœur car il correspond à une vision plus grande de nous-même…

Et comment ? Et bien allons-y le plus joyeusement possible… sans que ce secret n°4 en soit le but… car l’inspiration peut nous trouver, la grâce peut nous toucher, l’illumination peut arriver, tandis que cela ne dépend pas que de nous. Ce serait donc un objectif qui ralentirait le processus… produisant dans le même temps de la frustration (“tous ces efforts pour rien »)… entraînant plus de freins… puis, probablement, un abandon dans cette quête d’excellence. (Voir à ce sujet : “Effort pou énergie ?” et “Agir dans l’énergie“)

Toni Nadal le dit régulièrement : « mon plaisir qui me fait lever tous les matins ? Aller chercher ce bruit si particulier d’une balle frappée parfaitement, c’est ma quête, mon objectif… et si ça peut faire de nous des meilleures personnes, alors tant mieux ! »
Et pour nous ? Quel est ce bruit que nous pouvons rechercher ?

Et si toutes nos expériences de vie n’étaient que des prétextes pour expérimenter ces 4 « secrets » ?

Les Alchimistes (l’alchimie étant considérée comme une science visant à transformer le plomb en or, en commençant par se transformer soi-même pour pouvoir transmuter la matière ) ont coutume de dire « celui qui pratique l’alchimie dans le but de produire de l’or ne le trouve jamais… et celui qui réussit à produire de l’or n’en a plus besoin »…

…Et maintenant : tous à vos creusets ?

 

Bérenger Briteau ‭06 61 11 98 34‬

 

Autre article de Bérenger : Performance et émotions positives