J’aimerais comparer les deux notions proches mais distinctes de : vocation et ambition.

L’enjeu de cette distinction est de taille. Il en va de la réussite de la vie, selon que l’on poursuit ses ambitions ou que l’on est fidèle à sa vocation. Les deux ne sont peut-être pas incompatibles ? Possible…

Définitions des mots : vocation et ambition

Il est toujours intéressant de revenir à l’étymologie des mots. Voir comment ils sont construits à partir de leur racine, permet d’accéder à une meilleure perceptions de leur signification. Comme vous je suppose, j’utilise le wiktionnaire, qui est très pratique pour trouver l’origine des mots les plus courants. Voici ce qu’ils proposent sur les mot vocation et ambition :

Qu’est-ce que la vocation ?

Le mot vient du latin “vocatum” qui signifie, appel, exhortation, invitation. Il désigne plusieurs significations superposées assez proches les unes des autres :

  1. Mouvement intérieur ressenti comme un appel de Dieu à se consacrer à son service (sens religieux du terme)
  2. Inclination que l’on ressent pour un état (Exemple : Le statut d’entrepreneur individuel semble en contradiction avec une vocation de capitaine d’industrie milliardaire)
  3. Disposition, talent.
    • (être poussé par la vocation, exercer son métier par vocation) ,
  4. Fonction supérieure que l’on croit devoir remplir pour des raisons morales ou transcendantes. (Exemple : La vocation de l’homme est d’être utile à ses semblables…)
  5. But, utilité, fonction, raison d’être (voir à ce sujet : un jeu de teambuilding pour expliciter la raison d’être d’une équipe).

Qu’est-ce que l’ambition ?

Le mot vient du latin “ambitum” qui faire le tour, englober, faire campagne (électorale) pour obtenir des suffrages. Il désigne plusieurs significations superposées assez proches les unes des autres :

  1. Recherche d’honneurs, de gloire, d’élévation sociale, de distinction. (Exemples Contre carrer l’ambition d’un rival, être une personne dépourvue d’ambition, nourrir des ambitions secrètes, etc…)  
  2. Motivation pour améliorer une situation (voir : “Booster la motivation“, et “Motiver une équipe“)

 

Différence entre vocation et ambition

Vocation et ambition sont donc deux notions qui se ressemblent un peu puisque les deux portent en germe un désir du futur, mais elles sont empreintes de deux dynamiques diamétralement opposées :

  • La vocation répond à un élan intérieur, qui émerge naturellement de lui-même (quand il n’est pas contrecarré), et qui ne provient pas d’un conditionnement. On dirait que la vocation émane directement du centre de l’être. Elle a donc quelque chose de spirituel (en rapport avec l’esprit), même quand elle ne s’applique pas au domaine religieux. Symboliquement, nous pourrions dire que la vocation procède d’une dynamique “verticale”…
  • L’ambition, en revanche, est nourrie par l’ego. Elle est un projet de conquête matérielle à l’horizontale, en vue de se rassurer dans l’idée qu’on se fait de soi-même, par exemple en confortant une position sociale (voir à ce sujet cet article : “Démasquer l’imposture de la personnalité“). Poursuivant ses ambitions, c’est comme si on était mû par les forces d’inertie du conditionnement, hérité de nos parents et de la société, nous faisant croire que nous serions notre personnage et qu’il faudrait atteindre un objectif de bienséance quelconque (voir : Le mythe de la caverne de Platon“)…

Démêler vocation et ambition

En pratique et au premier abord, il est difficile de différencier en soi vocation et ambition. Au début de notre vie, nous portons les deux forces emmêlées en nous :

  • L’une vient du centre de l’être, c’est la signature profonde de notre entité, notre projet de vie en quelque sorte
  • Tandis que l’autre nous est collée par dessus, comme une étiquette sur une bouteille. On la tient en partie de nos parents, qui nourrissent des ambitions pour leurs enfants, et sur qui nous prenons inconsciemment modèle, à un niveau ou à un autre (pas toujours en les copiant dans la forme. C’est parfois plus subtil, avec un mélange de rébellion et de nombreuses contradictions)

Une jeune femme ou un jeune homme semblent être propulsés dans leur vie, qui les prend à l’aube de leur parcours et les recrache à son crépuscule comme le ferait une baleine qui les aurait avalés, en leur laissant peu de loisir pour s’éveiller de l’état de veille ordinaire. Il s’agit d’un état de torpeur ordinaire, où on ne se pose aucune question sur soi. Généralement, on n’en a pas le temps… Et on a trop peur de souffrir du fait des questions sans réponses, et des réponses embarrassantes, qui obligeraient à se remettre en question. Du coup, on s’enlise dans des automatises et des répétitions compulsives. Et on souffre encore plus, à cause de cette forme de refoulement, qui est une véritable trahison de soi-même…

La plupart des gens ne font aucune distinction pratique en eux entre vocation et ambition, ils se contentent de mettre un pied l’un devant l’autre, et de faire du sur place en s’imaginant qu’ils avancent… Tels des automates, ils connaissent les différentes étapes d’une vie, propulsés par des désirs, aspirés par des rythmes biologiques, qui les poussent à vouloir telle ou telle chose et à s’agiter pour qu’elles leur adviennent. Tout cela est absurde, évidemment. Ceux qui s’en rendent compte se mettent en chemin pour s’individualiser et trouver davantage de sens à cette comédie burlesque qu’on appelle “la vie”.

Nora : Entendons-nous bien : la vie est merveilleuse, c’est l’idée bourgeoise qu’on s’en fait qui est réductrice et ridicule. Il en va de même avec le monde et la nature : les extravagances du monde sont un création du mental humain, tandis que la nature est indépendante de lui et parfaitement belle. C’est important d’aimer et respecter l’une et de s’en inspirer pour rectifier l’autre (voir : la révolution du biomimétisme)

  • Pour écouter l’appel de sa vocation, il n’y a presque rien à faire. Il faut juste éviter de la recouvrir d’agitations dispersantes, qui empêchent d’entendre. Une fois la vocation entendue, il convient juste de se laisser inviter, et voir comment le tapis rouge se déroule sous nos pieds. C’est en quelque sorte une voie de la Grâce, sans intervention ni effort de la part de notre ego. Bien sûr, quand on vous invite à danser, il faut danser, mais c’est dans le plaisir que se consomme l’énergie (voir cet article : “La loi du succès : effort ou énergie ?“)
  • Par contre pour réaliser ses ambitions, il faut d’abord les nourrir, puis les digérer à force de nombreux efforts. C’est une voie laborieuse, faite de pénibilité, où tout se mérite par la souffrance. Et les résultats sont périssables, il faut sans cesse les défendre. Cela engendre de la peur (voir : “Comprendre la peur“)… et finalement d cela frustration, puisqu’un jour il faut bien que le corps meurt et laisser derrière soi tout son trésor dérisoire…( voir : “Peur de la mort ?“)

 

Nourrir des ambitions est une maladie

vocation et ambition

Nourrir des ambitions dans la vie est à mes yeux est une forme d’ineptie. On vous dira partout dans la littérature du développement personnel qu’il faut se fixer des objectifs, qu’il faut voir grand, être ambitieux, etc….

  • “Il faut, il faut, il faut…” (ça fait beaucoup de “il faut”, non ?)
  • Et si il ne fallait rien du tout ?

La vraie vie, celle qui se vit dans le corps, instant après instant, n’est pas faite d’autant de “il faut”, qui ne sont que des concepts. La vraie vie ne se vit pas avec la tête (voir à ce sujet l’article : “stopper le mental“).

Tant qu’on travaille « POUR » quelque chose (gagner de l’argent, nourrir ses enfants, préparer l’avenir, rendre ses ascendants fiers de soi, construire une carrière-une réputation,-une entreprise, réaliser des projets, participer à une grande chose, éprouver du plaisir, connaître des satisfactions, être heureux, devenir « quelqu’un »… ), le travail n’est qu’un moyen et non une finalité. Le travail est donc un passage obligé POUR atteindre un résultat autre que ce travail lui-même. Tout cela est une contrainte un peu « lourde », dont on se passerait bien. J’en sais quelque chose, parce que ce fut mon expérience pendant des années !…

Tant qu’on instrumentalise le travail, qu’on l’asservit à un but, le travail est plus ou moins pénible, même quand il arrive qu’il soit agréable et gratifiant. Même une activité aussi gratuite que la méditation, est pratiquée en pure perte, si elle est inféodée à des objectifs, instrumentalisée au profit de l’ambition (même d’une ambition spirituelle dans ce cas) :

“Si vous pratiquez la méditation pour arriver quelque part, pour engranger des profits, pour devenir quelque chose, pour vous libérer ou pour devenir un être réalisé, alors que faites-vous de vraiment différent de la plupart des êtres humains qui calculent et s’inquiètent sans répit ? Par contre, si vous vous donnez à des instants libres de ce genre d’arrivisme et de petitesse — et de tels moment surgissent chaque jour, il suffit d’être attentif — alors vous sortez de l’habitude. L’acte que n’entrave aucun but est pure puissance. La méditation désencombrée de toute direction volontaire est pur éclat. Comme vous le dites, à une certaine époque il m’est arrivé de dispenser des « cours de méditation ». Cette formulation malheureuse a peut-être laissé croire qu’il y a des instructions spéciales, quelque chose à faire, à apprendre, à mémoriser et à emporter chez soi pour le ressortir plus tard, quand on éprouve de la difficulté à faire face à sa vie. Non. Il n’y a pas de système, il n’y a pas de truc. Vous posez la question d’un « genre » de méditation. Or, tant que la méditation a un genre, cela demeure une activité mondaine. Il n’est donc pas question de méditation bouddhiste, de méditation zen, de méditation dynamique, de méditation soufie etc. Tout cela c’est de la poudre aux yeux, c’est du spectacle ; ne vous laissez pas impressionner par les images, par le décorum et les réputations que se sont laborieusement forgées les gurus à la mode, les gérants d’ashrams et les directeurs d’écoles de méditation, qu’ils soient occidentaux ou orientaux… Qu’y a-t-il donc derrière cette névrose très ancrée qui consiste à s’en remettre à une technique, à un autre être humain, à une façon de penser ou à une nouvelle drogue ? La peur ! La peur de sentir qu’en fin de compte on n’est absolument rien, du moins rien de tout ce qu’on a pu imaginer, y compris les images infantiles qu’on se crée sur « Dieu » ou sur « le Soi ». Ce n’est pas un blâme à l’endroit de ceux qui croient qu’une technique ou un guru va les dispenser de se voir et de se comprendre : l’être humain en est réduit à de telles âneries parce qu’il n’a pas le choix, parce qu’il n’a pas la force et l’humilité d’être simple, direct et honnête avec lui-même.”  Jean Bouchart d’Orval

Finalement, les ambitions ne servent qu’à mettre une pression inutile. Elles ne sont que l’effet d’une forme de maladie mentale très répandue, consistant à se chercher dans des “réussites”. On ne peut se trouver qu’en soi, tel que l’on est, et absolument pas dans des circonstances ou des évènements extérieurs.

Quand je dis que je fais de mon mieux, cela signifie que je donne le meilleur de moi-même, que je me donne totalement dans mon travail, et qu’il ne reste rien de ce qu’on appelle habituellement « moi » dans le feu de l’action. Dans l’action à laquelle on s’adonne, il n’y a pas de “moi” ni aucun autre concept. Dans l’action, il y a une consumation par le feu. L’action véritable engage la totalité de l’être, il n’y a pas l’espace pour glisser un papier à cigarette entre un pseudo « moi » et l’expérience d’agir.

Je ne travaille pas pour quelque chose, je n’écris pas pour vous convaincre de quelque chose ou pour vos intéresser, ou pour vous plaire… je travaille parce qu’il y a une urgence à ce travail, un nécessité à exprimer, je travaille pour la joie de travailler. C’est tout… (Extrait de l’article : “Pour la joie de travailler“)

Trouver et honorer sa vocation est une nécessité

En revanche, trouver et honorer sa vocation est nécessaire : reconnaître nos goûts, nos affinités, nos aspirations profondes et nos talents innés, ça c’est utile. En fonction d’eux, on pourra s’orienter dans la vie, au lieu de marcher à côté de nos pompes, dans des métiers qui ne nous plaisent pas et ne sont qu’alimentaires. On dit que ces métiers sont sans âme, mais c’est nous qui ne mettons pas d’âme dans nos métiers, parce qu’ils ne correspondent pas suffisamment bien à notre vocation. Mozart était Mozart parce qu’il était doué, mais aussi parce qu’il faisait de la musique ! Si Mozart avait dû faire de l’athlétisme, il aurait probablement été médiocre, et sans talent. On ne l’aurait même pas remarqué…

Si vous voulez vous sentir bien, laissez-vous trouver par votre vocation, et honorez-là en ayant le courage de vous orienter vers une activité qui vous plaise vraiment.

Un de mes clients gagne beaucoup d’argent (voir : “Comment gagner plus d’argent“), mais s’ennuie dans une cage dorée dont il a fait trop souvent le tour. Avec de l’argent il peut se payer du bonheur, qui lui échappe à cause de l’ennui que lui procure son métier dans lequel il perd son âme à gagner sa vie… L’argent est utile, mais il doit venir par attraction naturelle, quand on exerce un métier qui nous plaît, et crée de la valeur tout en nous procurant de la satisfaction. Tout est une question d’attitude :

  • Travailler pour gagner sa vie est une compromission, qui n’attire que davantage de stress et de frustration
  • Travailler parce que c’est ça qu’on aime faire (même s’il y a bien sûr plein de contraintes aussi dans ce cas-là) attire l’argent dont on a besoin pour réaliser nos envies, avec une certaine légèreté…

Voici un extrait de l’Alchimiste de paulo coéhlo : la rencontre du jeune homme avec le marchand de pop corn

La “Légende Personnelle” (ou vocation profonde) c’est ce que tu as toujours voulu faire. Chacun de nous, en sa prime jeunesse, sait quelle est sa Légende Personnelle. A cette époque de la vie, tout est clair, tout est possible, et l’on n’a pas peur de rêver et de souhaiter tout ce qu’on aimerait faire de sa vie. Cependant, à mesure que le temps s’écoule, une force mystérieuse commence à essayer de prouver qu’il est impossible de réaliser sa Légende Personnelle. 

Ce que disait le vieil homme n’avait pas grand sens pour le jeune berger. Mais il voulait savoir ce qu’étaient ces “forces mystérieuses”…

Ce sont des forces qui semblent mauvaises, mais qui en réalité t’apprennent comment réaliser ta Légende Personnelle. Ce sont elles qui préparent ton esprit et ta volonté, car il y a une grande vérité en ce monde : qui que tu sois et quoi que tu fasses, lorsque tu veux vraiment quelque chose, c’est que ce désir est né dans l’Âme de l’Univers. C’est ta mission sur la Terre.

— Même si l’on a seulement envie de voyager ? Ou bien d’épouser la fille d’un négociant en tissus ? Ou de chercher un trésor ?

L’Âme du monde se nourrit du bonheur des gens. Ou de leur malheur, de l’envie, de la jalousie. Accomplir sa Légende Personnelle est la seule et unique obligation des hommes. Tout n’est qu’une seule chose.

Et quand tu veux quelque chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir…

Ils gardèrent le silence, pendant un moment, à observer la place et les passants. Le vieux fut le premier à reprendre la parole :

“ Pourquoi gardes-tu des moutons ?

— Parce que j’aime voyager.”

[Le vieux] montra un marchand de pop-corn, avec sa carriole rouge, dans un coin de la place.

“ Cet homme aussi a toujours voulu voyager, quand il était enfant. Mais il a préféré acheter une petite carriole pour vendre du pop-corn, amasser de l’argent durant des années. Quand il sera vieux, il ira passer un mois en Afrique. Il n’a jamais compris qu’on a toujours la possibilité de faire ce que l’on rêve.

— Il aurait dû choisir d’être berger, pensa le jeune homme, à haute voix.

— Il y a bien pensé, dit le vieillard. Mais les marchands de pop-corn sont de plus grands personnages que les bergers. Les marchands de pop-corn ont un toit à eux, tandis que les bergers dorment à la belle étoile. Les gens préfèrent marier leurs filles à des marchands de pop-corn plutôt qu’à des bergers. Pour finir, ce que les gens pensent des marchands de pop-corn et des bergers devient plus important pour eux que leur Légende Personnelle.” […]

“Pourquoi me dites-vous toutes ces choses ?

— Parce que tu essaies de vivre ta Légende Personnelle. Et que tu es sur le point d’y renoncer.”

Vous qui lisez ces lignes, ne renoncez pas à votre vocation pour réaliser vos ambitions : tels le Dr. Faust, vous vendriez votre âme au diable…

vocation et ambition