Je médite, assis en tailleur, le dos droit, sur un coussin, enraciné dans les sensations corporelles, adossé à l’arrière plan de la conscience, il y a cette constatation : cela vit, cela respire, et cela pense aussi.

La détente dans les épaules donne la sensation de bras qui s’effondrent, comme des cascades de montagnes s’écoulent impétueusement jusqu’en bas des falaises.

Les jambes repliées reçoivent cette abondance verticale et la diffusent dans l’horizontale, comme des rivières diffusent l’eau des glaciers dans les vallées et plaines fertiles.

La colonne vertébrale s’érige, au fur et à mesure des premières respirations attentives, qui contribuent à placer les pièces osseuses dans leur alignement, au fur et à mesure qu’une dynamique vers le haut s’y installe et les traverse.

Cet axe vertical à l’arrière du buste donne parfois la sensation d’une montagne massive. Et parfois l’attention se portant sur les cimes enneigées, où l’agitation mentale s’estompe dans la pureté de l’altitude, une sensation de légèreté et de clarté souriante semble émerger des nuages, un peu au-dessus de la tête. Et les yeux, suivant une inclination naturelle, voudraient presque se révulser en arrière, comme pour plonger la conscience dans un évanouissement contemplatif.

Demeurant ainsi quelques instants, je médite entre 20 et 30 minutes chaque jour depuis de bien nombreuses années. Une impression de familiarité m’accueille quand je m’élance dans cette exploration quotidienne. Et en même temps, c’est toujours neuf, et l’expérience est à chaque fois comme une première fois, sans comparaison avec une précédente fois ou une fois suivante. Pas de repère, pas de comparaison, juste ce qui est là…

Nota : je ne voudrais pas me donner un genre en vous faisant ces confidences. Chacun médite comme il veut et comme il peut. Si vous ne sentez pas des cascades dans vos bras et de vastes prairies fleurir dans vos jambes, ne vous dites pas que vous n’avez rien compris à la méditation 🙂 En fait je n’ai employé ces images bucoliques que pour suggérer des sensations, pour décrire un état général qui survient, parfois, quand je médite. Mais parfois, cela se présente tout-à-fait autrement. Par période, je ne médite même pas, parce que je n’en ai pas l’élan. Et parfois c’est laborieux… Bref c’est une aventure qui n’a rien de linéaire. En ce moment , il se trouve que c’est plutôt confortable.

Merveilleux inconfort et heureuse agitation

Pourtant, il y a quelques années, il y avait inconfort dans la posture, aux genoux notamment, et dans la nuque et les épaules aussi. Du coup il y avait des compensations posturales dans la colonne, ce qui altérait la liberté de la respiration. Entre le fantasme de la posture parfaite, archétype, et la misérable réalité de la posture de l’instant, il y avait un écart ingrat, qui générait du malaise. Il y avait donc constat d’agitation.

Et ce constat engendrait des pensées, des refus, des négociations :

  • “tiens essaye de bouger un peu comme ça”
  • “c’est un peu douloureux, mais essaie de tenir un peu plus, c’est bon pour toi…”,
  • “ne bouge pas sans arrêt, sinon tu ne peux pas méditer.. et pendant que tu y es : essaie aussi d’arrêter de penser !”
  • etc…

Et tout cela représentait en soi de nouvelles agitations, entraînant par elles-mêmes leur lot de nouvelles tensions. Bref, c’était parfois assez inconfortable. Et cela a duré… assez longtemps 🙂 Et cela revient de temps en temps, juste pour pouvoir apprécier aussi l’inconfort de l’agitation intérieure…

 

Repasser les tensions

je médite

Mais à l’époque, le corps encore jeune, entraîné par les postures de yoga, ne ressentait pas vraiment les tensions au quotidien, puisqu’elles étaient périodiquement repassées (comme on repasse les plis d’un vêtement avec un fer à repasser). Quand on détend et qu’on étire un muscle, cela le libère ponctuellement de l’emprise d’une tension. Mais la cause de la tension n’étant pas “vue”, celle-ci se maintient, et reprend son emprise sur le muscle quelques temps après.

Dès lors, il y avait constat que le corps ne progressait pas beaucoup et pas vite. Alors, de nouveau, des pensées discursives apparaissaient pendant la pratique du yoga, et venaient alimenter le tourment :

  • “c’est bizarre, je ne retrouve pas la fluidité et la liberté conquise la semaine dernière”,
  • “ce serait bien de progresser, au lieu de faire un pas en avant et deux en arrière…”,
  • “mais d’un autre côté : à quoi bon ? Qu’est-ce que cela changerait ? Au moins cela m’encouragerait à continuer, etc…”,
  • “cela ne mène nulle part, je ferais peut-être mieux d’arrêter ?”
  • etc…

Et pendant ce temps, la pratique du mouvement n’est pas que agréable, elle non plus, comme “polluée par ces sortes de pensées parasites”. Dans ces conditions, la pratique de la détente devient une sorte de combat de la détente contre la tension… sans voir que cet “effort de détente” est en soi une méta tension, plus pénible par elle-même que les micro tensions qu’elle cherche à résorber !

Du coup, voici immanquablement le score final :

  • Tension =1, Détente = zéro !
  • Défaite de la détente par K.O :
je médite
Là, c’est sûr, cela médite dur !…:-)

“Damned ! Enfer et damnation !”, Contrariété et déception…

Même si, en ce qui me concerne, je ne m’en rendais pas trop compte, parce que l’effet mécanique de l’étirement provoquait tout de même un relâchement effectif et ponctuel, en résultante de la succession des postures “empruntées” (c’est le cas de le dire).

 

Tempête dans une tasse de thé

Mais évidemment, dès que l’assise méditative offrait de nouveau un théâtre à la manifestation des tensions et des agitations sous-jacentes, le spectacle intérieur n’était pas le paysage bucolique évoqué précédemment, mais plutôt celui de la guerre civile, une cacophonie, où ça bouge un peu dans tous les sens de manière inharmonieuse.

quand je médite
“A storm in a cup of tea” disent les anglais

Dans ces conditions, on le comprend, c’est difficile d’être régulier, à moins de se faire violence (ce qui ne peut pas durer bien longtemps, même quand on se hasarde sur cette voie). Alors, de nouveau surgit un dialogue intérieur : “Pourquoi ne parviens-tu pas à être régulier ? Ce n’est pourtant pas si difficile… et puis tu aimes cette activité pourtant ! Alors pourquoi ne pas se maintenir dans une régularité ? etc…”  On l’aura compris, pendant longtemps, les aventures de “l’ego fait de la spiritualité, le mental s’agite en essayant de se calmer”, m’ont bien fait tourner en rond. Et du coup, en effet, cela ne progressait pas beaucoup ! Mais en fait, c’était chouette à vivre quand même et je ne regrette rien (tant mieux parce que je ne peux pas revenir en arrière de toutes façons…).

Et pourtant… une attraction irrésistible ramène au tapis, au coussin, au microscope… envie de voir, désir de goûter encore, d’aller au-delà dans l’expérience… Mais l’expérience justement c’était de vivre tout ça, pas juste la détente, mais tout le processus, toute cette bataille dérisoire… et passionnante. C’était un peu comme regarder au microscope comment le processus mental se déchainait au sein même de la démarche consistant à l’observer pour le calmer. Mais je ne savais pas que cela se jouait à ce niveau là, j’attendais l’effet plus rapidement et à un niveau moins “méta” ou moins “macro”…

 

Le doigt dans l’engrenage

Quoi qu’il en soit, un profond désir de liberté et de vérité finit par contaminer peu à peur l’être en entier, comme un virus positif, (voir : utilité des maladies positives)  Et voila tout le système progressivement polarisé par cette nostalgie, par cette intuition qu’autre chose est possible, qu’un autre état serait accessible, que ma vraie nature est forcément autre chose que cette succession de préoccupations absurdes.

  • Ainsi, malgré de trop nombreuses lectures, le goût pour l’expérience prévaut sur les dispersions, et petit à petit un chemin se dessine inexorablement, qui finit par avoir raison de toute l’affaire.
  • Ainsi, malgré les tentatives diverses, qui ne font que retarder, le germe opère son oeuvre.

Et à bien y regarder, ces tentatives n’étaient ni des erreurs ni des dispersions, elles faisaient partie du chemin et de l’expérience à vivre. Les pertes de temps en font finalement gagner, parce qu’elle permettent de voir le mécanisme et offrent ainsi la possibilité de s’en exonérer un jour.

 

Réveiller le cochon qui sommeille ?

Comment procéder autrement que par une expérience directe ? Comment voir l’erreur, si elle n’est pas d’abord commise ? Les erreurs dénoncées dans un livre, ou les erreurs de l’autre contre lesquelles il nous met en garde, ne sont pour nous que des concepts : seule l’erreur qui est commise par soi-même est une expérience. Et seule l’expérience est conductrice.

Donc, finalement, tout est bon dans la méditation, comme “tout est bon dans le cochon !”…

je médite
Un sourire de la vie ?

 

D’ailleurs, dans l’expérience de cette progressive contemplation, ce qui s’éveille d’abord : c’est d’abord le cochon qui sommeille en soi. Vous savez, les “vilaines tendances”, celles qui sont la lie de l’humanité et que l’on a réprimées par peur ou par dégoût. Eh bien, ce sont justement les germes de ces dernières à qui l’on redonne vie, en écoutant ce qu’il y a à entendre, dans le fond d’humanité qui est le nôtre.

En effet, qu’y a-t-il sous le niveau premier ? Il y a tout ce qu’on a mis sous le tapis… Tout ce que l’on n’assumait pas d’être. Sans se rendre vraiment  compte, on cultive un rejet,  en clivant la vie en deux entre le bien et le mal. Le mal, (du moins ce que mon “moi” décrète qui est mal, en fonction de ses conditionnements), je le rejette hors de moi, le plus loin possible de ce que je veux être. Alors, “moi” devient une citadelle fragile qu’il faut défendre à grands coups d’efforts et de volonté… mais, heureusement, toutes les citadelles s’effondrent un jour.

Et tant mieux, parce que sous l’agitation des tendances refoulées, il y a enfin la paix !

(ou tout du moins une certaine paix, des instants d’accalmie, avant qu’une nouvelle bulle ne remonte du fond de la bouteille d’eau gazeuse, et que de nouveau une agitation soit ainsi mise à jour pour être vue et dissoute à son tour…)

 

je médite
Quand je médite, cela pétille… et les émergences remontent toutes seules. Et la vie devient plus intense, pour le meilleur et pour le pire !

 

Voir et être

Je médite pour voir. Méditer, c’est s’asseoir et voir. Et comme il n’y a pas toujours besoin de s’asseoir pour voir, on finit par apprendre à voir débout, en mouvement, en toutes circonstances, à l’arrière plan des pensées elles-mêmes  (lesquelles continuent leurs histoires, sans que cela n’affecte la paix des profondeurs).

Ainsi, il y a beaucoup moins besoin d’impostures et de postures pour se libérer de tensions, qui ont l’air de ne plus être aussi prégnantes, parce qu’elles finissent par être vues, et se résorber tranquillement dans le calme. Elles sont comme une crampe dans un muscle : quand la contracture involontaire cesse, la boule de tension disparaît, le muscle n’est plus gonflé et ne fait plus souffrir. Donc plus besoin spécialement de l’étirer ou de le masser. Plus besoin de prendre autant de cours de yoga et de faire des stages à gogo. Ou alors, pourquoi pas, si c’est une passion. Mais sinon, autant faire de la poterie ou ramasser des champignons dans les bois…

Moi, je fais du coaching. C’est pas plus bête qu’autre chose, finalement.

 

Le coaching : une méditation partagée

Coacher ? Cela ne me sert à rien ! D’ailleurs, on ne coache pas POUR quelque chose, mais parce qu’on aime ça (et qu’il faut bien gagner sa vie d’une manière ou d’une autre…).

Personnellement, je le fais pour la joie de travailler (et aussi parce que c’est mon métier, et probablement un élément central de ma vocation). Cela me stimule, cela me fait me sentir en vie et en relation. J’aime cette pratique, dont je n’attends rien d’autre que de l’explorer, encore et encore.

Je ne deviens pas quelqu’un grâce au coaching, je ne suis pas heureux grâce au coaching (je gagne ma vie par cette activité, mais ça c’est un effet secondaire). Je suis ce que je suis, je fais ce que je fais. Et ce que je fais, c’est de coacher. Voila, c’est pas très compliqué.

Vous me direz peut-être : “Mais pourquoi tu nous racontes ça ? Cela ne nous intéresse pas !”

Et vous aurez raison, bande d’insolents  🙂 !!!

Par ailleurs, si vous me disiez que cela vous intéresse beaucoup, vous auriez raison aussi. Mais je vais vous faire une confidence : moi non plus, cela ne m’intéresse pas de savoir si cela vous intéresse ou pas. J’écris ce que j’écris, je ne sais pas pourquoi, et je n’en ai aucun complexe ! 🙂

Après, il se peut que ce témoignage en inspire certains : tant mieux pour eux. Je leur adresse mon plus amical sourire. Mais cela reste leur affaire à eux et pas la mienne. Ainsi, j’aime de plus en plus cette gratuité de l’instant présent, où le peintre peint une toile pendant des journées entières, et puis passe à autre chose en une seconde, sans jamais revenir en arrière. Il s’est mis à peindre autre chose, quand il a été au bout de l’expression précédente. C’est cool ! Cela reste léger… (vivre sa vie en poète)

Je vis un peu cela de séances en séances, de séminaires en séminaires. A chaque fois, une aventure parfaitement neuve quand elle débute, et parfaitement terminée quand on se quitte, d’ici la prochaine fois qu’on se revoie et qu’on ira éventuellement plus loin.

Plus loin ? Mais plus loin que quoi ? La dernière fois, c’est déjà loin (derrière nous), et c’est déjà passé. Cela n’intéresse donc plus personne.

Tout se joue toujours : maintenant, et c’est très bien ainsi, puisque justement : “maintenant”… c’est maintenant que cela se passe !

Voila au moins une chose simple et sûre, pour se rassurer (s’il en était encore besoin).

Alors, précisément, maintenons-nous dans ce “maintenant”, en maintenant notre attention grande ouverte.

 

Aller plus loin sur ces notions

Qui médite, quand je médite ?

Quand je médite, ce n’est jamais deux fois la même chose. C’est à chaque fois différent, parce qu’ouvrir une fenêtre sur la vie sans filtre, c’est :

  • d’abord voir les filtres (qui ne sonates complètement figés et prennent des formes relativement variables d’une fois sur l’autre).
  • Ensuite, c’est voir ce qui se passe au-delà des filtres, tout ce qui change, tous les phénomènes que l’on peut observer en soi et hors de soi.
  • Et enfin, voir le témoin qui ne change pas. Voir que “cela” voit, sans jamais pouvoir voir l’oeil qui regarde ce qui est vu…

Ce “je” qui médite, même quand “moi” s’agite à tout un tas de trucs, ce n’est donc pas moi. Le “je médite” est la nature contemplative de “je suis”, qui n’a rien à voir avec le personnage que je crois être et que les autres croient voir, quand ils regardent mon corps, et voient la globalité de mon personnage social (démasquer l’imposture de la personnalité).

je méditeCe personnage-là médite, au même titre que “Tintin va au congo” ou “Tintin va dans la lune” :

Ce ne sont que des aventures passagères et illusoires, des histoires pour mieux s’évader ou s’endormir, et qui n’ont rien à voir avec la méditation. La “séance de méditation” à laquelle s’adonne le personnage n’est finalement qu’une agitation de plus. Une “agitation calme” en quelque sorte, du moins en apparence, une agitation déguisée en pratique spirituelle. Au moins ça occupe et ça donne une contenance. Mais cela n’amène nulle part, puisque cela tourne en rond…

Quand je médite, l’attention se déporte progressivement de l’avant scène, où je me prends pour celui qui médite, à l’arrière de la scène, où “moi” se fond dans le décor, et où “Je suis” prend le relai. Là, “cela médite” et embrasse à la fois l’arrière plan et l’avant-plan, que je suis simultanément. Mais il n’y a plus “quelqu’un” pour méditer, parce que je suis la méditation elle-même en quelque sorte, je suis la paix relative (ou l’agitation relative) de l’expérience présente, perçue depuis la paix profonde de la “Présence” (voir notre article : “la présence en coaching“). Cette clarté se diffuse et semble irradier à travers le corps.

Et puis vient l’heure que “moi” se réveille. On dirait que c’est l’heure de la récréation pour le moi, qui sort de la classe en courant et en jetant en l’air son cartable d’enfant sage, pour vite reprendre les rennes de ses activités et sa place dans le cockpit. Ainsi, à la fin de la séquence de méditation, “moi” relève le corps de son coussin, et reprend sa course folle dans l’infini (jusqu’à la prochaine éclaircie, où la conscience perce de nouveau derrière la couche de nuages).

Mais je le vois bien ce moi qui trépigne, je le vois un peu comme on entendrait des enfants jouer et se raconter qu’ils sont les personnages de leur fantaisie. Le regard de “je” est un regard tranquille et acceptant, comme le regard attendri des parents devant le jeu des enfants (voir notre article : “les deux sortes de souffrance“). Au fur et à mesure que “je” “me” vois de mieux en mieux, l’illusion perd du terrain (certes avec des hauts et des bas. Mais qui s’en préoccupe ? Pas ce “moi” qui est trop occupé à essayer de filer à l’anglaise, et pas non plus ce “je suis”,  parce que celui-là EST la quiétude elle-même…)

Cette exploration quotidienne des deux postures (avant plan et arrière plan, + les deux superposés et simultanés) est un super entraînement à la pratique du coaching…. C’est aussi à ce type d’expérience que nous faisons référence dans la formation au coaching que nous animons et dans la formation leadership positif..

 

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