Méditer sans intention
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Que peut signifier “Méditer sans intention” ?

Si on en croit les tenants de la non-dualité, méditer sans intention semble être la clé ultime de la méditation. Réfléchissons ensemble, librement (sans intention oserais-je dire ?), depuis l’expérience directe que chacun peut explorer pour soi-même.

Deux aspects de soi

Il semble qu’il y a deux aspects de soi :

  • le sujet de toute expérience, celui qui est conscient et témoin de ce qui survient dans le champs de la conscience
  • la personnalité, qu’on appelle généralement le “moi” ou l’ego, pour lequel nous nous prenons la plupart du temps

Quand je me dis “tiens si j’allais méditer un peu ?”, quand je ressens l’envie de m’asseoir un certain temps, dans une posture de détente alerte, une assise silencieuse (comme le zazen des japonais par exemple), j’ai bien une intention. C’est l’intention de l’ego qui s’apprête à méditer. Depuis cet aspect de soi, qu’on appelle l’ego, méditer sans intention, est un non-sens, une chose absurde. En effet, si on fait quelque chose, c’est toujours dans une intention, avec un objectif.

Cette intention peut prendre des formes diverses :

  • l’intention d’être présent,
  • d’ouvrir l’attention et la disponibilité à la Présence,
  • d’éprouver du bien-être,
  • d’écouter, observer, etc…

Voir même si on va dans l’intention de l’ego :

  • l’intention de “me” développer,
  • de” me” calmer, de “me” recentrer,
  • de respecter mes engagements, de tenir ma discipline, de construire ma trajectoire de méditant, et autres perspectives farfelues dont est souvent capable l’ego qui “fait de la spiritualité” 🙂

Méditer n’est pas une action que l’ego peut faire

Ce “je” qui a une intention, c’est l’ego, le personnage pour lequel on se prend  la plupart du temps. Celui-là ne peut pas méditer, et encore moins méditer sans intention (ce qui est presque un pléonasme, en fait), car la méditation n’est pas un “faire”. Méditer est autant un état qu’un processus, mais ce n’est pas une action que l’ego peut décider, déclencher, réaliser.

Il se trouve que celui qui médite, ce n’est pas l’ego, c’est l’autre aspect de soi…

Celui qui médite, c”est le processus et l’état que je suis tout à la fois, la conscience qui se déploie naturellement (sans intervention de l’ego) quand les conditions sont réunies pour cela. Au mieux, on peut réunir les conditions propices à ce déploiement, à cette émergence, cette révélation, cet éveil spirituel...

Mais quand je médite, en quelque sorte une fois que j’y suis installé dans cette posture, dans cette attention alerte, dans cette non-action, dans cette disponibilité sans objet…, à ce moment là, “je” n’ai en effet plus tellement d’intention, l’ego est calmé parce qu’il est vu par la conscience que je suis. Cette conscience n’a pas d’intention spécifique, puisqu’elle est la totalité, l’unité qui voit la danse de la dualité sans en être affectée, car elle la contient…Tout ce qui est vu est fait de la substance même de ce qui voit : de quoi est faite la conscience d’un objet si ce n’est de conscience ?

Le jeu de : “Je” et “Moi”

Pour autant, cette conscience dit “je” (elle aussi) en tant que sujet. Elle ne dit pas “moi”, par opposition à un “non-moi”, mais elle dit tout de même “je”, en tant que centralité de l’expérience.

Et, au début, ce “je” semble “nouveau” du point de vue du “moi-l’ego” (nouveau parce que “moi” découvre ce “je” qui jusqu’ici restait discrètement en arrière). Il semble nouveau, mais cependant ce “je” est bien en amont et bien au-delà de “moi”, qui n’est que superficiel et éphémère (artificiel et factice même dans une certaine mesure). Au sens propre, “moi” n’a pas d’existence réelle. En revanche,  le “je” de “je suis” , est depuis le début, avant même l’apparition d’un quelconque “moi”, avant l’émergence d’une identification restrictive. Contrairement aux apparences, “je” n’est donc pas nouveau, tandis que “moi” serait ancien. Toutefois, dans les textes traditionnels, on parle du “vieil homme” et de “l’homme nouveau”, précisément pour nommer ces instances :

  • le vieil homme, dans la Bible, c’est l’ego, c’est le “moi”. On l’appelle le vieil homme, parce qu’il n’est constitué que de mémoire, il n’est qu’un agrégat de souvenirs, déjà morts. Il désigne l’état de conscience ordinaire pour lequel on se prend tant qu’on n’est pas éveillé à la conscience de fond. On prend encore les ombres pour la réalité (voir à ce propos : “Le mythe de la caverne de Platon“)
  • L’homme nouveau (ou le vin nouveau, vous savez, celui qu’il ne faut pas mettre dans de “vieilles outres”…), c’est l’Esprit, toujours vivant, toujours neuf, toujours naissant. Autrement dit, c’est la conscience unité, qui embrasse la dualité.

L’unité, l’esprit et l’ego

En explorant à l’intérieur, il semble qu’il y ait trois plans de conscience superposés :

  • L’unité de la conscience, absolue et impersonnelle. Cette nature fondamentale et commune dit “Je suis”, “Je suis Tout”…Au centre de Soi, “je” ressens cette vérité qui s’impose.
  • L’individu, rayon individualisé de cette conscience, unité différenciée au sein de l’indifférenciable unité (ne cherchez pas à comprendre avec votre mental en tant qu’ego, cela n’est pas possible. Toutefois, si on saute cette étape, il manque une clé de transition entre l’unité et la dualité, entre l’absolu et l’ego limité. Cette clé, c’est un esprit individualisé qui ne se confond pas avec un ego). Cet individu dit aussi ‘Je suis”, “je suis esprit individualisé au sein du Tout indifférencié”. A ce titre ce “Je ” là participe des deux conditions, un peu illimité par l’Unité, et un peu limité par l’individualisation. C’est un absolu relatif au sein de l’Absolu absolu. Désolé, si ça vous fait un peu mal à la tête, mais cassez-vous un peu la boule, cela ne vous tuera pas. C’est même fortement recommandé par un grand maître de la Non dualité : Nisargadatta (voir citation plus bas dans cet article quand j’aurai le temps de la rechercher).
  • Et enfin, l’ego, ce que nous avons appelé, la personnalité (voire à ce sujet : “Démasquer l’imposture de la personnalité“). Certains psys l’appellent aussi “le faux self”.

La réalisation de l’instant présent s’inscrit dans le temps !

Il faut un certain temps pour réaliser sa vraie nature :

  • Après l’avoir aperçue du coin de l’oeil, il faut encore l’envisager en plénitude,
  • Et puis il faut que se dissolvent les mémoires de souffrance enkystées dans le corps.

Ainsi, si certaines expériences spirituelles sont parfois spectaculaires, par leur violence abrupte, il n’en reste pas moins qu’ensuite il faut les digérer, les intégrer, les assimiler. Et l’expérience de ce processus est progressive, elle s’inscrit dans une certaine durée.

A ce propos, il y a quelques années, j’avais parcouru un livre intéressant intitulé  “Après l’extase, la lessive” de Jack Kornfield. C’est un bon livre pour se déniaiser en balayant les idées préconçues qu’on se fait parfois à propos des expériences mystiques comme point culminant de la spiritualité. Cette lecture contribue à décomplexer et à désillusionner. C’est un peu acide, mais ça réveille.

Quand l’ego est éclairé par l’esprit…

Il y a une expérience saisissante, quand “moi” est découvert dans son processus d’imposture, et que l’individu intègre peu à peu qu’il n’est pas ce “moi”.

  • Alors, peu à peu, “moi” est délibérément et consciemment “reconditionné” à force d’être vu et de ne plus être confondu.
  • L’ego, devient de moins en moins opaque, de plus en plus transparent et aligné avec l’être profond, qui gouverne dorénavant sa barque.

Dès lors, oui, l’esprit va méditer sans intention, tout en laissant l’ego éventuellement se raconter des histoires d’ego à propos de la méditation. Et tandis que l’ego s’agite encore un peu avant de se calmer, comme un animal effrayé s’assagit en présence d’un maître plein d’amour, l’esprit que “je suis” se met à l’écoute de l’écoute, contemple, expérimente ce qui se présente, sans commentaires, sans défense et sans désir, mais en appréciant pleinement l’instant présent, le seul instant qui soit.

Dans cet extrait, Rupert Spira parle de l’expérience non-duelle d’une façon que je trouve inspirante. Que ressentez-vous dans cette écoute ? Vous entendez-vous entrain d’écouter ? Essayez, vous verrez, c’est une expérience intéressante…

Comme il le suggère très bien : nous croyons que les objets sont des données stables, tandis que la conscience que nous en avons est fluctuante. en fait c’est exactement l’inverse : les objets sont fluctuants, seule est invariable la conscience. C’est un complet changement de paradigme, dont on peut vivre simplement l’expérience si on prend juste le temps de s’en rendre compte ! A travers les objets dont on peut être conscient, on n’est finalement conscient que de la conscience, puisque notre seule expérience des objets est la conscience qu’on en a !!! Arrêtez-vous deux secondes pour réaliser cela, ça vaut quand même le coup d’oeil. Un petit coup d’oeil qui peut faire basculer votre vie, si vous êtes prêt…

Peu à peu, après s’être retiré de l’identification aux objets perçus par la conscience, l’esprit “s’incarne” sans réserve, il reconnaît qu’il est engagé dans chaque expérience, il reconnaît qu’il est la substance même de chaque expérience… Au lieu de se dés-identifier, il s’engage pleinement. Dans ce cas, vivre c’est méditer sans intention, en-deça du jeu fonctionnel des petits objectifs, des petits désirs résiduels, des petites peurs et aversions qui s’épuisent tranquillement, jour après jour, jusqu’à la pleine conscience probablement…

La liberté se dégage peu à peu de cet engagement intime avec l’expérience, pleinement acceptée (ou de moins en moins refusée). Vous vous contentez de faire de votre mieux, à chaque instant, sans vous raconter d’histoire, honorant votre vocation inspirée par votre signature énergétique profonde (voir à ce propos : “Vivre émotion, sans histoire”)

Etre conscient d’être conscient

méditer sans intention

On pourrait dire que méditer sans intention, consiste à être conscient d’être conscient. Il ne s’agit pas de “vouloir” être conscient de sa conscience, mais de se reposer dans la conscience d’être conscient. Dans cette “pratique”, ou cet état naturel, il n’y a pas de vouloir pratiquer ou de vouloir être naturel, il y a juste le fait (ou le processus) d’être, et d’être conscient d’être, ce qui revient à dire : être conscient d’être conscient.

Cesser de se laisser absorber par le contenu des expériences pour diriger l’attention vers ce qui est conscient des expériences. Etre attentif à ce qui perçoit (et n on plus seulement à ce qui est perçu), à ce qui est conscient, être attentif à soi en tant que sujet du processus de conscience des choses. Dans ce cas de figure unique, la conscience est à la fois ce qui perçoit et ce qui est perçu ! Je me repose dans l’essence même de ma nature nature profonde : la conscience. Et rien d’autre. Toute chose perçue ramène à la conscience qui la perçoit, si bien que chaque objet est un panneau indicateur qui pointe vers ce que je suis vraiment, et qui est le point commun de toutes les expériences : la conscience que j’en ai, la conscience que je suis…

Méditer sans intention, c’est cool 🙂

Cela dure le temps que cela dure, avant qu’une distraction ne nous remporte dans le flot du quotidien. Cela prend la forme que cela prend. Cela atteint la profondeur que cela atteint, mais il n’y a pas de contrôle ni d’intention dans cette manière de méditer sans intention.

C’est un grand repos de n’avoir aucune intention, de ne faire “rien”, juste “être”, être conscient d’être.

Méditer sans intention, c’est cool, tranquille. Rien à essayer, rien à réussir, pas d’effort, pas de mérite, pas non plus de sentiment de culpabilité, au prétexte qu’on n’aurait pas été à la hauteur (selon quels critères ?) ou pas tenu ses engagements (au nom de quelle fantaisie y aurait-il des engagements à tenir pour simplement être ce qu’on ne peut pas ne pas être ?)……

Une vie profonde et légère à la fois…

méditer sans intention