Comprendre est insuffisant pour se dégager de l’illusion et de la souffrance.

La douleur fait partie de la vie, au même titre que la naissance, la croissance, la réussite, mais aussi la vieillesse, la maladie, la perte  et la mort. En revanche la souffrance psychologique liée au refus de cette réalité (la diversité et le changement) et la tentative inconsciente de s’y soustraire, en voulant vainement fixer les expériences de plaisir pour ne vivre qu’elles, sont des options dont on pourrait faire l’économie.

Tant qu’il y a un ego qui a peur de disparaître, il y a forcément souffrance, car la souffrance est précisément la réaction émotionnelle de l’ego face à sa remise en question.

Pour se libérer de la souffrance inhérente à l’illusion de se prendre pour un « moi » séparé, plusieurs étapes sont nécessaires. Le seul fait de comprendre est insuffisant : découvrir que je ne suis pas ce « moi », mais que je suis la conscience vaste, qui connaît ce qui est expérimenté, est cependant « nécessaire mais pas suffisant » (comme on dit en mathématiques)…

Dans cet article, nous allons détailler un peu le processus de consciencialisation (comme nous avions déjà évoqué précédemment le chemin pour s’individualiser) pour y voir plus clair sur la route à suivre, quand on désire se dégager des conditionnements.

Découvrir que « je » ne suis pas « moi »

Vous avez bien lu : « je » ne suis pas « moi » ! Il ne s’agit pas de schizophrénie, mais d’honnêteté et de lucidité …

« Moi » est une restriction du sujet que je suis, c’est une représentation mentale caricaturale sensée résumer le regard porté de l’extérieur par les autres sur le complexe corps-personnage-social que je suis sensé être. En fait, ce « moi » ou « ego » n’est qu’une convention, une sorte de création mentale ou abstraction, n’ayant aucune réalité, aucune consistance vraie, ce n’est qu’une image. En revanche, ce qui a bel et bien une réalité c’est ce que je suis, au-delà de l’image qu’on s’en fait, et qui n’est pas définissable en tant qu’objet.

Douglas Harding propose cette simple expérience pour s’en convaincre (ou du moins, stimuler notre intuition et notre intelligence véritable):

Avec votre doigt, désignez maintenant un objet de votre environnement : que voyez-vous ? Vous voyez cet objet vers lequel pointe votre doigt.

Bien, maintenant pointez votre doigt, vers votre pied droit. Vous dirigez alors votre attention vers ce nouvel objet (votre pied droit).

Remontez ensuite votre doigt vers votre ventre, puis vers votre poitrine, vous voyez successivement un ventre, puis une poitrine vue du dessus.

Enfin, pointez votre index vers vos yeux : que voyez-vous ?

comprendre est insuffisant

Vous voyez votre doigt, évidemment, mais que pointe-t-il ? Etes-vous sûr qu’il pointe vers une tête ? Ne pointe-t-il pas plutôt vers un espace, l’espace que vous êtes… Si vous regardez dans une glace, vous verrez bien une tête au-dessus de vos épaules, mais vous ne verrez jamais directement votre « regard ». Autrement dit, le regard que vous êtes, est lui-même invisible pour lui-même. Vous êtes le sujet qui ne peut être un objet pour lui-même ! La connaissance que vous êtes prend la forme des objets de la connaissance, comme le regard épouse le contenu de ce qui est regardé, y compris quand vous regardez mentalement (sans les yeux physiques). La connaissance est sans forme, comme l’espace qui contient tous les objets, sans être affecté, ni déformé par eux. Si en tant que sujet, vous êtes d’abord et fondamentalement cet espace de conscience, vous n’êtes pas ce personnage dont vous vous êtes fait une représentation, et que par habitude vous désignez par votre corps.

Ceci est une découverte immense, si vous avez la grâce d’être mûr pour la reconnaître et y être sensible. Cette minuscule découverte est cependant immense, parce qu’elle peut absolument changer toute votre vie.

Deux étapes de cette découverte

Et quand on dit « découvrir », il y a déjà deux étapes. D’abord une intuition, puis l’expérience :

  • D’abord il s’agit de découvrir intellectuellement l’étrange idée, selon laquelle nous ne serions pas ce que nous croyons être (par exemple, quand vous lisez les 4 accords toltèques, ou quand vous entendez parler du mythe de la caverne de Platon), vous avez l’intuition que cette « idée » n’est peut être pas aussi stupide qu’elle n’y paraît à première vue. Je dis « l’étrange idée », parce c’est ce qu’elle semble être au premier abord ! Mais à y regarder de plus près, (d’assez près en fait : il faut vraiment creuser la question au lieu de juste la caresser distraitement et de s’empresser de l’oublier !), elle est beaucoup plus plausible qu’il n’y paraissait. Et à force d’y songer, elle semble de plus en plus pertinente. Elle semble même exercer une sorte d’attraction. C’est en quelque sorte le pouvoir de la vérité qui commence à s’éveiller en soi…(voir notre article : « L’éveil spirituel : une expérience naturelle« ). Parvenir dans une vie à cette intuition ou cette proposition prend déjà un certain temps : il faut dire qu’on n’expose pas cette hypothèse d’emblée aux nouveaux nés. Au contraire, tout conditionne d’abord les enfants à s’identifier à leur ego, et c’est sans doute très bien ainsi, en tant que première étape de construction de la psyché. Cette étape est tellement longue que la plupart des êtres ne se posent même jamais cette question et ne se confrontent jamais à cette éventuelle découverte qu’ils se trompent peut-être sur leur véritable nature.
  • Pour ceux qui en arrivent finalement à rencontrer ce questionnement profond de savoir ce qu’ils sont vraiment, il peut survenir parfois l’opportunité de faire l’expérience intime qu’ils ne sont pas ce qu’ils croyaient être. Cette expérience, ils sont même susceptibles de la vivre un certain nombre de fois si nécessaire, avant de se convaincre enfin qu’il y a bel et bien erreur sur notre vraie nature. Ainsi, entre la découverte intellectuelle et l’expérience vécue, il a pu déjà s’écouler un certain temps (souvent des années). Parce qu’il y a en nous des résistances : on se disperse, on n’est pas assez motivé pour être attentif suffisamment à la qualité d’être dans l’instant présent… Du coup, au lieu de se concentrer et de tracer une ligne droite, on papillonne, on discutaille, on argumente, on tente de rationnaliser pour se conforter dans nos précédentes certitudes, de telle manière que le temps passe tandis que nous ne changeons pas ! Toutefois, à force d’insister tout de même, les conditions se réunissent progressivement, et un jour, alors qu’on ne s’y attend pas, on vit une bribe d’expérience, qui nous met sur la piste de la suivante, et un processus s’amorce, qui conduit à reconnaître la valeur de l’expérience.

Des fois, cette bribe d’expérience est interprétée de façon erronée, des fois elle peut même faire peur et on revient vite en arrière, des fois elle fascine et on en fait tout un plat… Dans tous ce genre de cas, elle est finalement insuffisante pour nous mettre en chemin. Il faudra donc attendre encore une autre occurrence pour que le déclic soit suffisamment fort et que la motivation profonde se réveille.

Se mettre en chemin…

Cependant, un jour, quand l’être est enfin prêt, une détermination se révèle en soi qui peut faire dire :

« je ne suis pas là pour faire une carrière, fonder une famille, consommer des plaisirs dans la vie, accumuler des expériences et du savoir, ou pour faire quoi que ce soit d’autre que de découvrir profondément ce que je suis ! Je ne vivrai désormais plus que pour cela… tout en assumant tout le reste, qui fait d’ailleurs partie de l’expérience. Mais l’Essentiel sera désormais au centre de la vie, et le reste sera vu comme secondaire (alors qu’avant c’était exactement l’inverse : je m’occupais de l’essentiel, quand d’abord j’avais fait passer tout le reste d’abord…) ».

Ce moment de bascule est un moment d’éveil très important. C’est un premier pas de libération et de prise de responsabilité, un sursaut d’affirmation du « Soi ». Là, l’expérience prend tout son sens. Au point qu’on se demande parfois : « Pourquoi, moi ? Pourquoi maintenant ? Qu’ai-je fait pour mériter cette Grâce de me retrouver ainsi conscient de ce que je ne voyais pas précédemment, et que tant d’autres semblent également totalement ignorer ? Que vais-je faire différemment maintenant, fort de cette nouvelle passion, qui semble peu à peu « consumer » toutes les autres ? Qui suis-je entrain de devenir, puisque je ne pourrai plus jamais revenir en arrière, et me confondre avec cette pauvre caricature de l’être que je prenais pour « moi » ? Je ne pourrai plus jamais me résoudre à me compromettre dans l’endormissement d’une vie dépourvue de sens ? etc… »

C’est là la première expérience de Responsabilité authentique (et de Solitude face au grand miroir de notre Condition).

En tous cas, c’est à partir de cette conviction, qui finit par s’imposer à l’entendement comme une évidence, que le véritable travail sur le Sentier peut commencer !

Ceci est crucial, mais ce n’est que la première étape : celle de l’expérience après celle de la découverte.

Après, il reste tout la vie pour incarner cette prise de conscience, jusque dans l’expérience corporelle.

En chemin vers l’intégration

Ensuite il y a donc l’intégration, jusqu’à parfaite et totale appropriation, jusque dans les cellules du corps (et c’est là le travail laborieux que les Alchimistes qualifient de « travail au noir »… ceux qui ont lu des livres de symbolique feront le rapprochement (« il faut descendre pour monter, et mourir pour renaître », etc..)

Mais, il ne s’agit pas de « lire » de la symbolique en intellectuel ou en savant, ni non plus de la mettre en scène d’une manière cérémonielle et conventionnelle un peu comme des enfants qui ne chercheraient qu’à faire semblant, sans comprendre. Ce qu’il faut c’est vivre la symbolique dans sa vie de tous les jours, dans sa chair… L’initiation authentique est autre chose que les simagrées des groupes de bonne intention où on joue au mystère, au lieu de le vivre de façon directe. L’un n’empêche pas l’autre, me direz-vous peut-être ? Cependant que si vous en êtes à comprendre cela, vous saurez peut-être aussi que l’autre ne déclenche pas l’un… Alors, que fait-on encore dans ces rangs de brebis égarées qui cherchent leur chemin, si on l’a déjà trouvé ?… Ce qu’il faut c’est oser s’engager sur le Sentier, en solitaire, en étant soi-même, sans arrogance mais sans timidité (ça, ce sont les fameux « métaux », qui ne peuvent entrer dans le Temple, où pourtant les « marchands impénitents » ont établi leur fond de commerce et conversent doctement de tout cela, sans pour autant le mettre en pratique en dehors de la scène… quand ils ne parlent pas carrément de choses qui n’ont rien à voir avec la symbolique des origines, laquelle n’est sans doute plus pour eux qu’un folklore sympathique !)

Pourquoi comprendre est insuffisant ?

Comprendre est insuffisant pour se libérer des habitudes, parce que le corps et le mental ont été conditionnés pendant des années à se représenter les situations et à y réagir d’une certaine façon. Il y a donc une forme d’inertie résiduelle, qui fait que malgré l’authentique « contact » avec l’Unité de Soi (l’authentique expérience de « Je suis », l’authentique début de compréhension qui commence à soulever le voile), des habitudes continuent à se manifester, nous surprendre et entraîner malgré nous à des enchainements programmés, répétant les mécanismes de souffrance du passé.

  • Au début on ne le voit pas. Après on le voit, mais… après.
  • Ensuite, on le voit pendant, et même avant, mais on ne sait pas faire autrement. On ne peut que constater notre impuissance…

Il y a ainsi des pensées toutes faites, des émotions automatiques, des réactions physiologiques, des réflexes du corps même, qui sont engrammés dans la mémoire et qui prévalent encore, alors même qu’on a déjà compris, et qu’on a déjà commencé à transformer ses habitudes.

Par exemple, même une fois qu’on a compris qu’une relation ne peut remplir le vide intérieur, on continue de se comporter malgré soi (du moins un certain temps) comme si on attendait de l’autre qu’il nous rende heureux. Et des confusions continuent ainsi d’être mises en scène dans notre expérience de la relation, avec leur lot de frustrations et de tensions, indignes de l’idéal qui nous anime pourtant et de la compréhension réelle qu’on a déjà…

En effet, beaucoup parmi nous comprennent aisément en prenant un peu de recul que :

  1. « Je » ne suis pas vide, en fait. Il n’y a donc pas de vide intérieur à remplir avec des choses extérieures. ET il est inutile d’attendre d’être rempli par quoi que ce soit, puisqu’il est impossible de remplir ce qui est déjà plein…
  2. et même si c’était le cas, rien ne saurait suffire à combler ce vide. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on constate que toute expérience est plus ou moins frustrante, tant qu’on se croit dans le besoin, en attente d’être comblé par un objet (qu’il s’agisse d’une consommation, d’une relation, d’une situation, ou même d’un état intérieur), les éléments extérieurs ne comblent le pseudo vide que de façon passagère, et après la « digestion de l’aliment », de nouveau l’illusion du vide se présente, imposant l’urgence d’une nouvelle agitation. C’est sans fin, sauf à remettre en cause la croyance de départ qu’il y aurait un vide, laquelle n’est qu’une croyance et non pas une expérience…

Mais pour autant, le poids des habitudes est toujours là, jusqu’à ce que soit complètement détricotée la trame mentale qui nous maintient décorellé de la réalité immédiate. L’inertie du passé exerce sa tyrannie encore un certain temps, même si ses jours sont désormais comptés.

Ceux qui vous disent que l’éveil se fait en un instant ne parlent pas de la même chose :

  • Oui, en effet : un instant d’éveil se produit en un instant (On pourrait même pousser le bouchon jusqu’à dire que cet « éveil » n’est même pas un évènement et qu’il ne s’inscrit pas dans le temps, qu’il est hors temps ! Je ne deviens pas ce que je suis, je l’étais déjà avant même de m’en rendre compte. L’éveil n’est que l’instant de la reconnaissance de cet état de fait, lequel était latent même avant sa manifestation…).
  • Mais un instant d’éveil n’est pas la Réalisation ultime de notre nature profonde. Loin s’en faut. IL y a tout le jeu des habitudes qui doit se déliter, et puis la conscience qui aspire à s’approfondir, jusqu’à s’installer au coeur de l’expérience corporelle.

A ce propos, je me souviens d’avoir parcouru il y a quelques années un livre édifiant de Jack Kornfield intitulé « Après l’extase, la lessive », qui justement démythifie les grandes figures de proue de la spiritualité, en racontant des anecdotes savoureuses, sur le vécu de ces êtres en chemin, qui malgré leurs expériences numineuses, n’en étaient pas moins des êtres ordinaires, encore partiellement tributaires d’un passé et de mauvaises habitudes liées aux traces de l’ego encore actives… On peut  recommander ce livre pour se dégriser un bon coup des illusions qu’on entretient toujours plus ou moins à son insu à propos de la spiritualité : il aide à se remettre les yeux en face des trous !

Travail d’alignement

Travailler l’alignement en coaching : Après la compréhension authentique de notre vraie nature, ce qui prend déjà un certain temps pour se manifester en un instant comme nous venons de le rappeler, il y reste donc tout le travail de déconditionnement du corps et du mental, pour que ceux-ci ne soient plus un obstacle à la pleine incarnation de l’esprit que nous sommes.

Une expression que nous utilisons en coaching est tout-à-fait conforme à cette étape du travail sur soi : il s’agit du travail de réalignement. Une fois qu’une nouvelle décision est prise, il faut opérer des réglages dans l’ensemble du système pour s’assurer que la nouvelle résolution ne sera pas obérée par les résistances liée à la loi d’homéostasie (il fallait bien que sur la fin de cet article, je vous taquine un peu avec des gros mots… 🙂

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